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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113564

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113564

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTIGOKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2021, M. D E A, représenté par Me Tigoki, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Montrouge a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir ses droits aux conditions matérielles d'accueil sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens de l'instance.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors que la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge s'est estimée en situation de compétence liée pour refuser de rétablir son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII s'est prononcé sur sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil d'abord au regard des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil puis au regard de sa vulnérabilité ;

- ladite décision n'a pas tenu compte de sa vulnérabilité ;

- les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elles ne prévoient pas d'autres sanctions que la cessation des conditions matérielles d'accueil, méconnaissent les objectifs de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au directeur général de l'OFII qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 30 mai 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 7 octobre 1992, a présenté une demande d'asile en France. Le 12 janvier 2020, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Le 6 janvier 2021, le directeur territorial de l'OFII à Cergy a prononcé la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une demande du 29 septembre 2021, l'intéressé en a sollicité le rétablissement M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge a rejeté sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 30 mai 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil () prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que les conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A ont été suspendues au motif que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile et relève qu'il n'a pas justifié des raisons pour lesquelles il s'est soustrait à ses obligations. Elle ajoute qu'un examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale effectué les 4 et 15 octobre 2021 n'a pas fait apparaître de motifs de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes de cette décision que l'administration d'une part, s'est livrée à un examen particulier de sa situation, notamment quant à sa vulnérabilité, et d'autre part, ne s'est pas crue, à tort, en situation de compétence liée pour rejeter sa demande.

6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil () sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ".

7. D'une part, le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article L. 551-16 permettant le retrait des conditions matérielles d'accueil seraient incompatibles avec les objectifs du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive du 26 juin 2013 est inopérant à l'encontre de la décision attaquée qui ne constitue pas un retrait des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, et en tout état de cause, dès lors qu'elles précisent être mis fin " totalement ou partiellement " aux conditions matérielles d'accueil et qu'elles prévoient la possibilité de leur rétablissement en tenant compte de la situation particulière du demandeur, ces dispositions sont conformes à l'exigence de proportionnalité posée par la directive.

8. En dernier lieu, en se bornant à soutenir qu'il est demandeur d'asile et à exciper de sa situation, M. A, âgé de vingt-neuf ans à la date de la décision attaquée, n'apporte aucune précision sur cette situation et en particulier sur ses conditions d'existence et ne produit aucun élément de nature à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de rétablir à son profit les conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, de même que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et tendant à la condamnation aux dépens, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

Mme C et M. B, premiers conseillers,

Assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. C

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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