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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113565

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113565

mardi 11 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Cergy-Pontoise a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 au profit de son conseil ou à lui-même dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles L. 551-9 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles D. 551-16 et R. 551-23 du même code, dès lors qu'il n'a pas été informé dans une langue qu'il comprend des modalités de refus ou de retrait des conditions matérielles d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 522-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute d'entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité ;

- elle méconnaît également les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter préalablement à son intervention ses observations écrites dans un délai de quinze jours ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, d'une part, qu'il s'est présenté à l'ensemble de ses convocations et, d'autre part, qu'il ne pouvait faire l'objet que d'une décision de refus et non de cessation des conditions matérielles d'accueil lesquelles ont été suspendues de plein droit du fait de son transfert en Autriche.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête, comme mal fondée.

Par une ordonnance du 7 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 mars 2024.

Des pièces ont été produites le 29 avril 2024 par le directeur général de l'OFII, en réponse à une mesure d'instruction diligentée par le tribunal en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Par une décision du 27 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 13 mars 1996, est entré sur le territoire français de manière irrégulière. Le 1er décembre 2020, il a présenté une demande d'asile enregistrée en procédure dite " Dublin " et a bénéficié à cette date des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 12 janvier 2021, le préfet de police de Paris a décidé de son transfert vers l'Autriche, État responsable de l'instruction de sa demande d'asile et, en août 2021, ce transfert a été exécuté. Le 3 septembre 2021, M. A s'est présenté au guichet unique des demandeurs d'asile, et, après que sa demande a été de nouveau enregistrée en procédure dite " Dublin ", M. A, après évaluation de sa situation, a derechef bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Parallèlement, l'OFII a informé l'intéressé de son intention d'y mettre fin. A la suite des observations présentées par M. A, l'office a prononcé cette cessation par une décision en date du 15 octobre 2021, dont, par la présente requête, l'intéressé demande l'annulation.

Sur la demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 27 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. La demande du requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est ainsi devenue sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les autres conclusions de la requête :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-10 de ce code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article D. 551-16 de ce code : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23. ".

4. Il ressort de l'offre de prise en charge signée le 3 septembre 2021 par M. A que ce dernier a été informé dans une langue qu'il comprend notamment des conditions et modalités de cessation des conditions matérielles d'accueil. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées manque donc en fait.

5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier () ".

6. Si ces dispositions font obligation à l'OFII de procéder, à la suite d'un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil, elles n'imposent pas la tenue d'un nouvel entretien préalablement à la décision portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 3 septembre 2021, l'administration n'était pas tenue de lui accorder un nouvel entretien avant l'intervention de la décision mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction application à l'espèce : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret (). ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours () ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 3 septembre 2021, remis en mains propres à l'intéressé le même jour, l'OFII a avisé M. A de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil et l'a informé qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter ses observations, ce qu'il a d'ailleurs fait par une lettre datée du 13 septembre 2021. Par suite, le moyen tiré de ce que le requérant aurait été privé de la procédure contradictoire prévue par les dispositions des articles L. 511-16 et D. 511-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile manque en fait.

9. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 1, M. A a bénéficié des conditions matérielles d'accueil lors du dépôt de sa nouvelle demande d'asile en France le 3 septembre 2021. Il n'est donc pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une décision de cessation dès lors que l'exécution de la décision de transfert vers l'Autriche avait mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait antérieurement.

10. Enfin, lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

11. En l'espèce, M. A a méconnu son obligation de respecter les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France - laquelle a été enregistrée en procédure dite " Dublin " - après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs pas allégué que M. A aurait été empêché d'introduire sa demande d'asile en Autriche ou de faire valoir devant les autorités de ce pays ses craintes de persécution en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et alors même que le requérant aurait respecté ses autres obligations, en mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'a pas méconnu les dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du directeur territorial de l'OFII de Cergy-Pontoise du 15 octobre 2021. Par voie de conséquences, ses conclusions aux fins d'injonction et d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent également qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Jaslet, conseil de M. A, et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

Mme Richard, première conseillère,

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.

L'assesseure la plus ancienne

signé

A. RICHARD

Le président

signé

C. HUONLa greffière

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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