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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113566

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113566

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 octobre 2021 et 7 décembre 2021, M. D C, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Cergy a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile, à titre rétroactif à compter de la décision de cessation, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, s'il n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle de lui verser cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, qu'elle n'a pas été précédée d'un entretien sur sa vulnérabilité et, d'autre part, qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant son édiction ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi qu'il n'ait pas respecté l'ensemble des exigences des autorités chargées de l'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

La requête a été communiquée au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a pas produit d'observations.

Par une décision du 27 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- l'ordonnance n° 2113569 du 22 novembre 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant afghan, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 4 février 2019 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture du Val-d'Oise. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Par une décision du 31 août 2021, le directeur territorial de l'OFII de Cergy a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil aux motifs qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en s'abstenant de se rendre aux entretiens prévus par les services préfectoraux, et qu'il n'a pas présenté d'attestation de demande d'asile pour la période du 4 juillet 2019 au 25 juillet 2021. M. C demande, par la présente requête, l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 27 juin 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 511-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur () / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a produit aucune observation en défense, aurait régulièrement mis en mesure M. C de présenter ses observations, dans les conditions prévues par les dispositions précitées, avant d'édicter la mesure de cessation litigieuse. Par conséquent, l'intéressé est fondé à soutenir que cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière et, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'en demander l'annulation pour ce motif.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " ; Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".

6. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement n'implique pas, comme se borne à le demander M. C, que le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration rétablisse à son profit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Les conclusions tendant au prononcé d'une telle injonction ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme que demande M. C sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy du 31 août 2021 est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

Mme B et M. A, premiers conseillers,

Assistés de Mme Tainsa, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. B

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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