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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113745

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113745

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSKANDER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2021, Mme B C, représentée par Me Skander, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a considéré que les locaux aménagés au niveau inférieur de la construction située au 8, avenue de la division Leclerc à Garges-lès-Gonesse et appartenant à Mme C domiciliée à la même adresse, présentaient un caractère impropre à l'habitation du fait de leur nature et de leur configuration, les a déclarés insalubres et a demandé à la propriétaire de mettre fin à leur mise à disposition à des fins d'habitation et de procéder au relogement des occupants dans un délai de deux mois ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 668€ en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

3°) de mettre à la charge du préfet du Val-d'Oise la somme de 1 500 € euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les locaux en litige ne peuvent pas être déclarés insalubres dès lors que :

- ils ne peuvent pas être qualifiés de sous-sol;

- l'éclairement naturel permet l'exercice d'une activité normale sans lumière artificielle ;

- la hauteur sous plafond est de 2,2 mètres même si elle ne peut pas l'établir en raison des mauvaises relations entretenues avec la locataire ;

- sa locataire l'a empêchée de faire effectuer les travaux de ventilation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice de Mme C sont irrecevables en l'absence de liaison du contentieux ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 ;

- l'arrêté préfectoral portant règlement sanitaire départemental du Val-d'Oise ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,

- et les observations de Mme A représentant le préfet du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est propriétaire d'une maison, située 8, avenue de la division Leclerc à Garges les Gonesse, dont elle loue le niveau inférieur. À la suite d'un signalement de la locataire, une visite des locaux a été organisée par l'inspectrice de salubrité au service communal d'hygiène et santé de Garges-lès-Gonesse le 23 juin 2021, qui a donné lieu à la rédaction d'un rapport en date du 30 juin 2021 constatant une situation d'insalubrité des locaux impropres à l'habitation. Par un courrier du 12 juillet 2021, le préfet du Val-d'Oise a informé Mme C du lancement d'une procédure de traitement de l'insalubrité et l'a invitée à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. Par un arrêté du 15 septembre 2021, il a déclaré l'insalubrité des locaux impropres à l'habitation du fait de leur nature et de leur configuration, a demandé à la propriétaire de mettre fin à leur mise à disposition à des fins d'habitation et de procéder au relogement des occupants dans un délai de deux mois. La requérante demande au tribunal d'annuler l'arrêté précité du 15 septembre 2021 et d'indemniser son préjudice.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique : " Tout local, installation, bien immeuble ou groupe de locaux, d'installations ou de biens immeubles, vacant ou non, qui constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé, exploité ou utilisé, un danger ou risque pour la santé ou la sécurité physique des personnes est insalubre. () Les décrets pris en application de l'article L. 1311-1 et, le cas échéant, les arrêtés pris en application de l'article L. 1311-2 précisent la définition des situations d'insalubrité. L'article L. 1331-23 du même code précise : Ne peuvent être mis à disposition aux fins d'habitation, à titre gratuit ou onéreux, les locaux insalubres dont la définition est précisée conformément aux dispositions de l'article L. 1331-22, que constituent les caves, sous-sols, combles, pièces dont la hauteur sous plafond est insuffisante, pièces de vie dépourvues d'ouverture sur l'extérieur ou dépourvues d'éclairement naturel suffisant ou de configuration exiguë, et autres locaux par nature impropres à l'habitation, ni des locaux utilisés dans des conditions qui conduisent manifestement à leur sur-occupation. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de la construction et de l'habitation " La police de la sécurité et de la salubrité des immeubles, locaux et installations est exercée dans les conditions fixées par le présent chapitre et précisées par décret en Conseil d'État ". L'article L. 511-2du même code précise " La police mentionnée à l'article L. 511-1 a pour objet de protéger la sécurité et la santé des personnes en remédiant aux situations suivantes: () 4o L'insalubrité, telle qu'elle est définie aux articles L. 1331-22 et L. 1331-23 du code de la santé publique. " L'article 40-1 du règlement sanitaire départemental dispose que " Les pièces principales et les chambres isolées doivent être munies d'ouvertures donnant à l'air libre et présentant une section ouvrante permettant une aération satisfaisante. Les cuisines et les pièces de service (salles d'eau, cabinets d'aisances) lorsqu'elles sont ventilées séparément, doivent comporter les aménagements suivants en fonction de leur destination : a) pièce de service possédant un ouvrant donnant sur l'extérieur ; ces pièces doivent être équipées d'un orifice d'évacuation d'air vicié en partie haute. En sus, les cuisines doivent posséder une amenée d'air frais en partie basse. () L'évacuation de l'air vicié doit s'effectuer en partie haute, soit par gaine verticale, soit par gaine horizontale à extraction mécanique conforme à la réglementation en vigueur. Aux termes de l'article 40-2 de ce règlement : L'éclairement naturel au centre des pièces principales des cuisines, et des chambres isolées, doit être suffisant pour permettre, par temps clair, l'exercice des activités normales de l'habitation sans le recours à des lumières artificielles. L'article 40.4 de ce même règlement prévoit que " La hauteur sous plafond ne doit pas être inférieure à 2,20 m ".

3. Le recours dont dispose le propriétaire d'un logement contre la décision par laquelle l'autorité préfectorale déclare un logement insalubre et prescrit les mesures nécessitées par les circonstances est un recours de plein contentieux. Il appartient au juge administratif de se prononcer d'après l'ensemble des circonstances de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue.

4. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'inspection du 30 juin 2021 du service communal d'hygiène de Garges-lès-Gonesse que les locaux aménagés au niveau inférieur de la construction située au 8, avenue de la division Leclerc à Garges-lès-Gonesse et appartenant à Mme C, dont l'entrée se fait en contrebas de la descente du garage, sont enterrés à 85% et 86 % de leur hauteur, pour deux des pièces sur les trois que comporte le logement pour des hauteurs sous-plafond de ces pièces de 2,08 mètres et de 2,26 mètres. Il ressort en outre des différentes photographies de ce rapport d'inspection que du fait de cette situation les ouvertures de la cuisine, de la chambre parentale et de la chambre des enfants sont situées dans la partie supérieure des murs, non enterré et que l'éclairement naturel du séjour et des chambres est insuffisant pour permettre, par temps clair, l'exercice des activités normales de l'habitation sans le secours de la lumière artificielle, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 40-2 du règlement sanitaire départemental du Val-d'Oise. En se bornant à soutenir que le salon dispose d'une baie vitrée et les deux chambres chacune d'une fenêtre, la requérante ne conteste pas sérieusement l'insuffisance d'éclairage naturel dans ces trois pièces et l'impossibilité, dans les pièces enterrées, d'augmenter les surfaces vitrées, en raison même de la hauteur naturelle du sol. Le rapport d'inspection du 30 juin 2021 relève par ailleurs que le dispositif de ventilation du logement n'est pas suffisant compte tenu de l'absence d'amenée d'air provenant de l'extérieur dans le logement et l'absence d'extraction d'air dans la cuisine, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article 40-1 du règlement sanitaire départemental du Val-d'Oise. Mme C ne remet pas en cause ces constatations en se bornant à soutenir que l'évacuation de l'air vicié est suffisante et qu'elle n'a pas pu procéder à l'installation d'une ventilation satisfaisante en raison des mauvaises relations entretenues avec sa locataire, sans établir qu'il pourrait être pallié à l'absence de ventilations appropriées de ces locaux. Enfin, il ressort de ce même rapport que la hauteur sous plafond du séjour et de la chambre des parents de ces locaux, comprise entre 2,08 et 2,11 mètres, est inférieure à 2,20 mètres et méconnaît ainsi les dispositions précitées de l'article 40-4 du règlement sanitaire départemental du Val d'Oise. Or, si la requérante soutient que le volume habitable de l'appartement demeure supérieur à 20 mètres cubes, conformément à l'article 4 du décret du 30 janvier 2002 visé ci-dessus, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté dès lors que ces dispositions, qui fixent les critères de détermination d'un logement décent et sont distinctes des prescriptions relatives à l'habitat indigne, ne sont invocables que dans le cadre des relations de droit privé entre les propriétaires bailleurs et les locataires. Par ailleurs, si l'intéressé soutient que la seule méconnaissance des règles de hauteur sous plafond prévues par les dispositions du règlement sanitaire départemental du Val-d'Oise est insuffisante pour considérer qu'un logement est " par nature impropre à l'habitation ", il résulte de l'instruction que le préfet du Val d'Oise ne s'est pas fondé sur ce seul élément pour prendre l'arrêté en litige, mais a tenu compte de cet écart par rapport aux normes de référence pour retenir, après une appréciation globale du logement, l'existence d'une situation d'insalubrité au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 1331-22 du code de la santé publique.

5. Dans ces conditions, en dépit de la circonstance que les locaux en litige aient fait l'objet d'une remise en conformité des normes électriques et disposent d'une ouverture vers l'extérieur, le préfet du Val-d'Oise a pu légalement, sans commettre d'erreur d'appréciation, les regarder, eu égard à l'ensemble de leurs caractéristiques et en l'absence de tout élément établissant le caractère remédiable des désordres et manquements relevés par les services communaux d'hygiène, comme présentant le caractère de sous-sols impropres à l'habitation et mettre en demeure Mme C, en sa qualité de propriétaire, de faire cesser leur mise à disposition aux fins d'habitation.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 septembre 2021 du préfet du Val d'Oise.

Sur les conclusions indemnitaires :

7. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".

8. Le préfet du Val-d'Oise oppose, à titre principal, une fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires pour défaut de liaison du contentieux. Dès lors que Mme C ne justifie pas avoir adressé une demande indemnitaire préalable au préfet du Val d'Oise, le contentieux n'est pas lié. En tout état de cause, il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 15 septembre 2021 du préfet du Val-d'Oise n'étant pas entaché d'illégalité, aucune faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à l'égard de Mme C n'est établie. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par la requérante ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761- du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme C au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Feral, président,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère et M. Amazouz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

La rapporteure,

signé

S. CUISINIER-HEISSLERLe président,

signé

R. FERAL

La greffière,

signé

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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