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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113846

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113846

mardi 4 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113846
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLASBEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 novembre 2021, Mme A, représentée par Me Lasbeur, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite, et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'une année ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai qu'il plaira au tribunal de fixer, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'avis de la commission du titre de séjour n'ayant pas été sollicité ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui a pas été communiqué ;

- il méconnaît l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine produit des pièces et conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Louvel, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, née le 22 août 1952, est entrée en France le 8 février 2020 sous couvert d'un visa C de 90 jours " ascendant non à charge " prolongé jusqu'au 17 février 2021. Le préfet des Hauts-de-Seine a, par l'arrêté attaqué du 6 octobre 2021, rejeté sa demande de titre de séjour pour soins sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'une année. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Alors que l'arrêté attaqué fait état de la prise en considération d'éléments propres à la situation de Mme A, notamment qu'elle est mère de cinq enfants dont deux de nationalité française, aucun élément du dossier ne permet d'établir que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de la requérante.

3. Il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que le préfet des Hauts-de-Seine aurait dû procéder à la communication à la requérante de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 21 septembre 2021. En tout état de cause, le préfet, en versant aux débats cet avis médical, justifie de son existence. Dès lors, le moyen tiré de ce que cet avis ne lui a pas été communiqué doit être écarté.

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent (). Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité d'un bénéfice effectif d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Pour refuser d'accorder à la requérante le bénéfice des stipulations précitées de l'accord franco-algérien, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé, notamment, sur l'avis émis le 21 septembre 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Aux termes de cet avis, si l'état de santé de Mme A " nécessite une prise en charge médicale ", le défaut de prise en charge médicale " ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité ".

7. Pour en contester le contenu, Mme A fait valoir qu'elle a été hospitalisée au mois de juin 2021 pour la mise en place d'une prothèse du genou gauche, intervention qui implique une rééducation en centre. Elle produit des certificats médicaux établis le 25 juin et le 18 octobre 2021 par le chirurgien du service de chirurgie orthopédique et traumatologie de l'hôpital privé de Versailles qui l'a opérée, dont il ressort notamment que son état de santé " nécessitera la même prise en charge dans quelques mois " pour soigner son genou droit. Toutefois, ni ces certificats médicaux, ni les autres documents médicaux versés au dossier ne sont de nature à remettre utilement en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon laquelle le défaut de prise en charge médicale ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, Mme A n'ayant pas confirmé au demeurant que l'intervention pour la mise en place d'une prothèse du genou droit, prévue au mois de novembre 2021 selon le certificat susmentionné du 18 octobre 2021, a bien été réalisée. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, méconnu les stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

8. Aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 432-14 : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 312-2 du même code, devenu l'article L. 432-13 : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ". Ces dispositions de procédure s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme les dispositions de portée équivalente de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " aux étrangers malades.

9. Le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. Il résulte du point 7 que Mme A n'avait pas droit au certificat de résidence sollicité. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui totalise moins de deux ans de présence en France à la date de l'arrêté attaqué, conserve des attaches familiales fortes en Algérie où résident notamment trois de ses enfants et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 68 ans. Au vu de ces circonstances, et alors même que la requérante, veuve, peut se prévaloir de la présence en France de deux de ses enfants de nationalité française, dont une fille qui l'héberge, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a, en refusant de délivrer à l'intéressée un titre de séjour, et en l'obligeant à quitter le territoire français, entaché son appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle de la requérante d'une erreur manifeste.

11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

12. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

13. Pour fonder sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année le préfet des Hauts-de-Seine a relevé que Mme A est veuve, mère de cinq enfants dont deux de nationalité française, et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables, compte tenu notamment du fait qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 68 ans et que sa fraterie et trois de ses cinq enfants y résident. Toutefois, compte tenu de la présence sur le territoire national de ses deux enfants de nationalité française et de ses petits-enfants, Mme A justifie d'attaches familiales fortes en France. En outre, elle n'a fait l'objet d'aucune précédente obligation de quitter le territoire français et le préfet des Hauts-de-Seine n'allègue pas que sa présence constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Au regard des attaches familiales de Mme A en France, mentionnées plus haut, le préfet a également, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année, porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive et ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 6 octobre 2021 doit être annulé en tant seulement qu'il édicte à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. La seule annulation de la décision interdisant le retour sur le territoire français à Mme A n'implique en aucun cas que le préfet des Hauts-de-Seine lui délivre un titre de séjour. Les conclusions de Mme A à fin d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, l'Etat n'étant pas la partie essentiellement perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 6 octobre 2021 du préfet des Hauts-de-Seine interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'une année de Mme A est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Louvel, premier conseiller,

M. Baude, premier conseiller,

Assistés de Mme Le Gueux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

T. Louvel

Le président,

signé

P. ThierryLa greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2113846

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