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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114013

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114013

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantPAULHAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 10 novembre 2021 et les 14 février et 16 mars 2022, Mme B, représentée par Me Paulhac, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et dans cette attente de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant a` travailler ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois a` compter de la notification du jugement a` intervenir, et dans cette attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant a` travailler et à défaut, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile " procédure normale ", dans le délai de trois jours ouvrés a` compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 15 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Paulhac de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, ou, en cas de refus d'accorder l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée de vices de procédure, dès lors que, le préfet n'a pas produit l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) afin de justifier de la régularité de cet avis et dès lors que le collège de médecins de l'OFII ne s'est pas prononcé sur la " durée prévisible du traitement " ; qu'il n'est pas démontré que cet avis a été rendu de manière collégiale, hors la présence du médecin rapporteur, ni l'authenticité de la signature des médecins ayant siégé ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle remplit les conditions pour se voir délivrer de plein droit la carte de résident " re´sidence de longue dure´e-UE " en application de l'article L. 314-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont sont entachées les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de son renvoi ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles du dossier en sa possession.

Par ordonnance en date du 24 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Le Griel, présidente-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante congolaise (République du Congo) née le 12 mai 1989, est entrée en France le 13 janvier 2014 munie d'un visa C. Elle s'est vu délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé valable à compter du 8 septembre 2017, lequel a été renouvelé en dernier lieu du 25 septembre 2020 au 24 novembre 2020. Par l'arrêté du 5 octobre 2021 attaqué, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

3. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont il est originaire, eu égard à son offre de soins et aux caractéristiques de son système de santé. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'effectivité du bénéfice d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme B estimant que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, vers lequel elle pouvait voyager sans risque, s'appropriant ainsi la teneur de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII du 11 mars 2021. Il ressort des pièces du dossier que la requérante, qui souffre de la maladie de Bouveret avec échec d'ablation par radiofréquence depuis 2014 est traitée par anti arythmiques (Flécaine et Bisoprolol). Elle soutient que ce traitement n'est pas disponible en République du Congo. D'une part, elle produit, au soutien de ses affirmations, un certificat médical du 7 décembre 2020 établi par l'un des praticiens cardiologues du centre hospitalier des Quatre Villes de Saint-Cloud, attestant que l'intéressée est traitée par anti arythmiques et que son état de santé nécessite un suivi " à vie au minimum tous les six mois (), que le défaut de soin pourrait entrainer des conséquences graves, ce qui est impossible dans son pays ". D'autre part, il résulte de l'examen de la liste nationale des médicaments essentiels, 6ème édition, de mars 2013, produit au dossier par la requérante et dont il n'est pas soutenu en défense qu'elle ne serait plus applicable, que n'y figurent pas les médicaments Bisoprolol et Flecaine. En outre, Mme B produit également la copie d'un échange par voie électronique intervenu avec la société SOFIP pour le compte de Biogaran daté du 21 février 2022, qui indique, en ce qui la concerne, ne pas commercialiser le médicament Bisoprolol en République du Congo. Le préfet des Hauts-de-Seine ne fait valoir quant à lui aucun élément en défense tendant à remettre en cause la teneur des documents produits par la requérante quant à l'indisponibilité de son traitement en République du Congo. Dans ces conditions, Mme B démontre que le traitement nécessaire à son état de santé n'est pas disponible en République du Congo et est par suite fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 précité.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel elle pourra être éloignée et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Le présent jugement implique nécessairement, sous réserve de changements dans la situation de droit ou de fait de la requérante, que le préfet des Hauts-de-Seine délivre à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de prescrire une injonction en ce sens et d'impartir à l'administration, pour ce faire, un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 5 octobre 2021 est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme B, sous réserve de changements dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Gae¨lle B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Bellity, premier conseiller,

Mme Debourg, conseillère,

assistés de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

L'assesseur le plus ancien,

signé

C. BELLITY

La présidente-rapporteure,

signé

H. LE GRIELLa greffière,

signé

D. BONFANTI

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

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