mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2114048 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 11ème Chambre |
| Avocat requérant | EMBE NKULUFA IRÈNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2021, M. A C, représenté par Me Embe, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant du refus de séjour :
- la décision est entachée d'un vice de procédure faute d'avoir été précédée d'un avis régulier du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- le préfet s'est cru à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de santé ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur de fait quant à la disponibilité des soins dans son pays d'origine ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet s'est cru à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de santé ;
- elle est entachée d'erreur de fait quant à la disponibilité des soins dans son pays d'origine ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de cette convention.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête n'appelle aucune observation de sa part.
Par une ordonnance du 3 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Probert, premier conseiller,
- et les observations de Me Embe Nkulufa, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant de la République démocratique du Congo (RDC) né le 9 novembre 1972, est entré en France le 23 septembre 2017, selon ses déclarations. Il s'est vu délivrer le 26 février 2020 un titre de séjour d'un an en qualité d'étranger malade, dont il a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 6 octobre 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur le refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État ".
3. D'une part, il ressort de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 9 septembre 2021 que ce collège a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait des soins dont le défaut était susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'avis serait entaché d'irrégularité faute de préciser le degré de gravité de son état de santé. D'autre part, ni les dispositions citées au point 2 ni aucune autre disposition légale ou réglementaire ne font obligation au collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration d'indiquer la nature du traitement suivi par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que l'autorité préfectorale se serait crue à tort liée par l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Le moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
6. Pour refuser à M. C le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur l'avis du 19 juillet 2021 rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il pouvait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et y voyager sans risques. Pour établir qu'il ne peut bénéficier de soins appropriés pour sa pathologie en RDC, l'intéressé, qui souffre d'un diabète de type 2 nécessitant un suivi ainsi qu'un traitement médicamenteux, produit un article du journal " Jeune B " de novembre 2019 consacré au système de santé en RDC et le décrivant comme étant " à bout de souffle ", et renvoie à un article publié sur le site d'une organisation non gouvernementale qui ferait état d'un accès difficile à l'insuline et à un manque de formation du personnel médical dans ce pays. Toutefois, ces éléments, insuffisamment circonstanciés, ne permettent pas d'établir que l'intéressé ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en RDC. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant à l'état de santé de l'intéressé, ainsi que le moyen tiré de l'erreur de fait, doivent être écartés.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. D'une part, si l'épouse du requérant est présente en France, celle-ci, dont la demande d'asile a également été rejetée, ne dispose pas d'un titre de séjour, et il n'est pas établi que le requérant ne pourrait retourner à ses côtés dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de quarante-six ans et où résident ses parents et sa fratrie. Compte tenu de ces éléments, et en dépit de l'implication bénévole du requérant dans une association depuis le 8 février 2019, de son expérience professionnelle d'un an en France ainsi que de l'obtention d'un certificat de qualification professionnelle pour les métiers de la gestion et maintenance des installations bancaires, M. C ne justifie pas d'attaches privées et familiales d'une intensité telle que le refus de séjour porterait à sa vie privée et familiale une atteinte excessive au regard des buts qu'il poursuit. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, la décision attaquée, qui fait suite à un refus de séjour qui est suffisamment motivé, n'avait pas à comporter de motivation distincte de cette décision. L'arrêté en litige indique que compte tenu de ses liens personnels et familiaux en France, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de l'intéressé. Elle indique également qu'elle ne contrevient pas aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, elle est suffisamment motivée.
10. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 4, il n'est pas établi que le préfet se serait cru à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration.
11. En troisième lieu, il résulte des points 6 et 7 que les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation quant à l'état de santé de l'intéressé et de l'erreur de fait, doivent être rejetés.
12. En quatrième lieu, il résulte du point 8 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. En dernier lieu, d'une part, il résulte de ce qui vient d'être dit qu'il n'est pas établi que la mesure d'éloignement contestée exposerait M. C à un risque de traitements inhumains ou dégradants au regard de son état de santé. D'autre part, si l'intéressé indique qu'il serait exposé à des risques en raison de ses prises de positions politiques dans son pays d'origine et de son implication dans une organisation non gouvernementale, le requérant, qui a été débouté de sa demande d'asile, ne produit aucun nouvel élément permettant d'établir les risques qu'il allègue. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Mégret, présidente,
M. Probert, premier conseiller,
M. Weiswald, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
Le rapporteur,
signé
L. Probert
La présidente,
signé
S. MégretLe greffier,
signé
V. Guillaume
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026