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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114109

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114109

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantHAGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 novembre 2021, 23 février 2022, 28 mars 2022 et 26 décembre 2022, Mme A D, représentée par Me Hage, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine lui a retiré son agrément d'assistante maternelle ;

2°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de lui restituer son agrément dans un délai de 7 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le courrier du 21 juillet 2021 de convocation à la commission consultative paritaire départementale a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure lié à l'absence de précision du rôle par des personnes n'appartenant pas à la commission consultative paritaire départementale, mais présentes lors de la réunion du 15 septembre 2021 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure lié au défaut de respect du principe du contradictoire et des droits de la défense ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-14 du code de l'action sociale et des familles et de l'article 5 du décret du 23 octobre 2018,

- elle méconnaît les dispositions de l'annexe 4-8 du code de l'action sociale et des familles ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en l'absence de manquements aux règles d'accueil et de sécurité des enfants confiés ;

- elle est entachée d'une erreur de fait au regard du caractère disproportionné de la mesure de retrait d'agrément ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 février 2022, 14 décembre 2022 et 13 janvier 2023, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme. Mettetal-Maxant ;

- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;

- et les observations de Me Hage, représentant Mme D et de Mme C pour le département des Hauts-de-Seine.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D a bénéficié d'un agrément pour l'exercice de la profession d'assistante maternelle depuis le 20 août 2018. A la suite de deux examens d'évaluation de ses acquis au terme d'une première formation de 80 heures, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a, par une décision du 30 septembre 2021, retiré l'agrément de Mme D à compter du 1er novembre 2021. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel () est délivré par le président du département où le demandeur réside. () L'agrément est accordé () si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs () accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. () ". L'article L. 421-6 du même code, dans sa rédaction applicable au présent litige, dispose : " () Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, modifier le contenu de l'agrément ou procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément ou de modification de son contenu doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président du conseil départemental de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis et de procéder au retrait de l'agrément si ces conditions ne sont plus remplies.

3. En premier lieu, si Mme D soutient que le courrier du 21 juillet 2021 l'informant de la réunion de la commission consultative paritaire départementale ayant été signé par une autorité incompétente, la décision de retrait de son agrément est entachée d'illégalité, il ne résulte d'aucun texte que la convocation de l'assistante maternelle à une séance de la commission consultative paritaire départementale devrait être signée par le président du conseil départemental. Il s'ensuit que ce moyen doit être écarté.

4. En second lieu, la décision du 30 septembre 2021 vise les dispositions des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles sur le fondement desquelles elle a été prise et mentionne notamment qu'au terme d'une première formation de 80 heures, Mme D a fait l'objet d'une première évaluation des acquis puis, à la suite de son recours gracieux du 12 avril 2021, d'une deuxième, qui se sont toutes deux soldées par une notation inférieure à dix aux épreuves écrites et orales conformément aux procès-verbaux du jury d'évaluation des 25 mars 2011 et 7 juin 2021. Ainsi, la décision attaquée de retrait d'agrément comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En troisième lieu, la requérante soutient que la procédure suivie devant la commission consultative paritaire départementale est irrégulière en l'absence de précision sur le rôle exercé par Mmes B, Mahaut et Nojaroff, agents du département, non membres de la commission consultative paritaire départementale, mais présentes lors de la réunion du 15 septembre 2021. Il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal de la réunion et de la feuille d'émargement correspondante que, si Mmes B, Mahaut et Nojaroff étaient présentes à la réunion de la commission paritaire, en qualité de coordonnatrices des services des modes d'accueil individuel, notamment pour présenter le dossier de l'intéressée aux membres de la commission, aucune des trois n'a pas pris part au vote. Par suite, le moyen tiré du vide de procédure doit être écarté.

6. En quatrième lieu, la requérante soutient que la décision contestée a été prise en violation des droits de la défense et du principe du contradictoire en ce qu'elle n'aurait pas pu assister à la lecture du rapport sur sa situation, ni présenter ses observations devant la commission consultative paritaire départementale et aurait eu des échanges expéditifs avec ses membres. Il ressort des pièces du dossier et notamment du compte-rendu versé au débat que Mme D était présente à la réunion de la commission du 15 septembre 2021, où elle a pu se faire accompagner par un ancien employeur, présenter ses observations et s'expliquer sur l'ensemble des griefs formulés à son encontre. Par suite, le moyen tiré d'un vice de procédure entachant d'illégalité la décision attaquée doit être écarté.

7. En cinquième lieu, si Mme D prétend que le président du conseil départemental ne pouvait, sans méconnaître les dispositions de l'article L. 421-14, de l'annexe 4-8 du code de l'action sociale et des familles et de l'article 5 du décret du 23 octobre 2018, lui retirer son agrément en raison de son échec à l'épreuve d'évaluation des acquis des connaissances, il résulte des termes des articles L. 421-3 et L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles précités que celui-ci délivre l'agrément si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs accueillis et peut procéder à son retrait, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies. Il ressort des pièces versées au dossier, et notamment des relevés de notes et des questionnaires renseignés par la requérante lors de ses évaluations, qu'ont pu être caractérisées de graves lacunes, concernant, en particulier, le couchage d'un bébé, les modalités de reconstitution d'un biberon de lait en poudre, les mesures de conservation du lait et les quantités alimentaires à donner à chaque âge pour un régime équilibré, qui ne permettaient plus de garantir la sécurité des enfants accueillis. Dans ces conditions, les circonstances que les faits qui sont reprochés à la requérante sont isolés, qu'aucun comportement fautif n'a été relevé depuis qu'elle exerce les fonctions d'assistante maternelle et que des parents lui ayant confié leurs enfants ont fait état de ses compétences professionnelles et de ses qualités humaines, sont sans influence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a pu prononcer le retrait de l'agrément de Mme D pour l'exercice de la profession d'assistante maternelle, sans entacher sa décision d'erreur de droit, ni d'erreur de fait. Pour les mêmes motifs la décision attaquée qui n'est pas disproportionnée n'est pas davantage entachée d'erreur d'appréciation.

8 Il résulte de tout ce qui précède, que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du président du département des Hauts-de-Seine en date du 30 septembre 2021.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au département des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Buisson, président ;

- Mme Mettetal-Maxant, première conseillère ;

- M. Ausseil, conseiller ;

assistés de Mme Pradeau, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le rapporteure,

signé

Mme Mettetal-Maxant

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

A. Pradeau

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2114109

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