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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114117

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114117

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantBOLZAN

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était aide-soignant au sein de l'hôpital Corentin Celton depuis le 3 juillet 2012. A compter du 29 juillet 2021, l'intéressé s'est trouvé en situation d'absences injustifiées. Par un arrêté du 10 septembre 2021, le directeur général de l'AP-HP a prononcé sa radiation des cadres pour abandon de poste. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision et la condamnation de l'AP-HP à réparer les préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Une mesure de radiation des cadres pour abandon de poste ne peut être régulièrement prononcée que si l'agent concerné a, préalablement à cette décision, été mis en demeure de rejoindre son poste ou de reprendre son service dans un délai approprié qu'il appartient à l'administration de fixer. Une telle mise en demeure doit prendre la forme d'un document écrit, notifié à l'intéressé, l'informant du risque qu'il encourt d'une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Cette mise en demeure doit ainsi comporter l'information selon laquelle la radiation peut être mise en œuvre sans que l'intéressé bénéficie des garanties de la procédure disciplinaire.

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. En l'espèce, s'il est constant que M. A a cessé de se présenter à son poste à compter du 29 juillet 2021, sans justifier son absence, il soutient ne pas avoir reçu de mise en demeure de reprendre ses fonctions sous peine de radiation des cadres pour abandon de poste. Or, en se bornant à faire valoir qu'elle a adressé la mise en demeure à l'agent, à la dernière adresse connue par les services, et ce, sans produire l'accusé de réception de ce courrier, l'AP-HP n'établit pas avoir régulièrement notifié la mise en demeure à M. A avant de prononcer sa radiation des cadres pour abandon de poste. Par suite, la décision attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, qui l'a privé d'une garantie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 10 septembre 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions indemnitaires et la fin de non-recevoir opposée en défense :

6. Le requérant n'établit pas qu'il a, préalablement à la saisine du juge, adressé une réclamation préalable tendant au versement de la somme qu'il réclame au titre de la réparation des préjudices résultant de l'illégalité fautive de la décision attaquée. Ainsi, faute d'avoir lié le contentieux, M. A n'est pas recevable à demander la condamnation de l'AP-HP en réparation des préjudices ainsi invoqués. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée à ce titre en défense doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

8. Compte tenu du motif énoncé au point 4, l'annulation de l'arrêté du 10 septembre 2021 implique nécessairement la réintégration juridique et la reconstitution de la carrière de M. A à compter du 10 septembre 2021, date d'effet de la mesure de radiation des cadres illégale. Il y a lieu d'enjoindre à l'AP-HP d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du directeur général de l'AP-HP du 10 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à l'AP-HP de procéder à la réintégration juridique et la reconstitution de la carrière de M. A à compter du 10 septembre 2021, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'AP-HP versera à M. A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Assistance publique- Hôpitaux de Paris.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Beaufaÿs, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

Le président,

signé

F. Beaufaÿs

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2114117

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