jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2114227 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DOUCERAIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 novembre 2021 et le 22 février 2023, la société SAS WD Bâtiment, représentée par Me Doucerain, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2021 par laquelle l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la somme de 7 300 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail ainsi qu'une somme de 2 124 euros au titre la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- l'infraction n'est pas caractérisée, en l'absence d'élément intentionnel ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit ;
- la contribution forfaitaire est disproportionnée.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 27 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Lors d'un contrôle effectué le 15 mars 2021 sur un chantier de construction à Franconville dans le Val-d'Oise, les services de police ont constaté la présence en situation de travail d'un ressortissant égyptien, M. E, employé et déclaré par la société SAS WD Bâtiment, dépourvu de titre l'autorisant à travailler en France. Le 29 juin 2021, le directeur de l'OFII a invité la société BP BAT SASU à présenter ses observations. Le 7 septembre 2021, le directeur de l'OFII a mis à la charge de la société la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 7 300 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros. La société demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est revêtue de la signature " Pour le directeur général et par délégation " de Mme C A " cheffe du service juridique et contentieux " de l'OFII. En vertu de la décision du directeur général de l'OFII du 19 décembre 2019 portant délégation de signature, publiée sur le site internet de l'OFII, Mme A avait qualité pour signer " l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire et aux créances salariales, y compris les remises et admissions en non-valeur. ". Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit donc être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 2° Infligent une sanction () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. La décision contestée de mise en œuvre des contributions spéciale et forfaitaire se réfère expressément aux textes applicables et au procès-verbal établi à la suite du contrôle effectué le 15 mars 2021 au cours duquel ont été relevées des infractions aux articles L. 8251-1 du code du travail et L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions complètes sont rappelées en annexe. Cette décision précise également la nature des sanctions infligées à la société SAS WD Bâtiment pour l'emploi irrégulier d'un travailleur démuni de titres l'autorisant à travailler, ainsi que le montant des sommes dues au titre des contributions spéciale et forfaitaire, à savoir les sommes de 7 300 euros et de 2 124 euros. Le nom du salarié à l'origine de l'application de ces sanctions est en outre mentionné en annexe. Ainsi, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond aux exigences de motivation posées par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". L'article L. 8253-1 du même code dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. ". En outre, aux termes de l'article L. 5221-8 du code du travail : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ".
6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
7. La sanction en litige est fondée sur l'existence d'une situation d'emploi de M. E, ressortissant égyptien dépourvu de titres l'autorisant à exercer une activité salariée en France. La matérialité des faits résulte des constatations mentionnées dans le procès-verbal établi le 15 mars 2021 par les services de police, qui font foi jusqu'à preuve du contraire. La société SAS WD Bâtiment fait valoir que M. E était titulaire d'une carte d'identité italienne, qu'il était déclaré aux différentes administrations concernées, et qu'elle est de bonne foi quant à l'ignorance de sa situation au regard des textes précités. Il résulte de l'instruction que M. E a été engagé par son propre père et son frère, tous deux de nationalité égyptienne. Ces derniers ne pouvaient ignorer ni la véritable nationalité ni la situation de ce membre de leur famille. Dans ces conditions, la société ne peut utilement invoquer ni l'absence d'élément intentionnel du manquement qui lui est reproché, ni sa bonne foi pour ce qui concerne l'embauche de M. E. Le moyen tiré de l'absence d'élément intentionnel pour caractériser l'infraction doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionnés à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux (). ". L'article R. 8253-2 du même code prévoit que : " I. Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II. Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7 (). ".
9. Il appartient au juge administratif saisi d'un recours de pleine juridiction contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale, d'apprécier, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, la proportionnalité de cette sanction au regard notamment de la gravité de l'infraction et de la situation du requérant.
10. La société requérante conteste la fixation du montant de la contribution spéciale à 2 000 fois le taux horaire minimum garanti au motif que sa situation relèverait des dispositions du II de l'article R. 8253-2 du code du travail. Toutefois, la société n'établit pas qu'elle se serait effectivement acquittée du versement des sommes, ni des autres indemnités déterminées par le 2° de l'article L. 8252-2 du code du travail, notamment l'indemnité de rupture de la relation de travail, ni qu'elle aurait établi un certificat de travail et un solde de tout compte, comme le prévoit l'article R. 8252-6 du code du travail. Il s'ensuit que la société SAS WD Bâtiment ne remplit pas les conditions fixées à l'article R. 8253-2 du code, lui permettant de bénéficier d'une minoration du montant de la contribution spéciale en litige. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 822-2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. ". Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution forfaitaire prévue par ces dispositions, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, de la maintenir ou en décharger l'employeur. Les dispositions de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'autorisent ni l'administration ni, par suite, le juge, fût-il de plein contentieux, à moduler le montant de l'amende qu'elles déterminent.
12. La sanction de la mise à la charge de la contribution forfaitaire en litige est fondée sur l'existence d'une situation d'emploi d'un salarié dépourvu de titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France et dépourvu de titre l'autorisant à séjourner sur le territoire français. La matérialité des faits est établie ainsi qu'il résulte de l'analyse précédemment exposée au point 7. La société SAS WD Bâtiment se borne à invoquer une disproportion de la contribution forfaitaire, compte tenu de sa bonne foi, de l'absence d'infraction antérieure et de la rupture du contrat dès qu'elle a eu connaissance des résultats du contrôle de police. Toutefois, il est manifeste que la société avait parfaitement connaissance de la situation de son salarié. La circonstance que l'embauche n'ait été que ponctuelle et que le contrat ait pris fin à l'issue des opérations n'est pas de nature à remettre en cause la sanction prononcée. Le moyen tiré de la disproportion de la sanction doit, par suite, être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société SAS WD Bâtiment tendant à l'annulation du courrier du 7 septembre 2021 ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de la société SAS WD Bâtiment est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SAS WD Bâtiment et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient
Mme Van Muylder, présidente,
Mme D et M. B, premiers conseillers,
assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
S. BLa présidente,
signé
C. Van Muylder
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026