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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114280

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114280

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantDE CAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 novembre 2021, 17 février et le 21 mars 2022, M. A B, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " en date du 13 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et la décision de rejet de son recours ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 5 février 2019, 21 juin 2019, 2 juillet 2019, 5 juillet 2019, 17 novembre 2019, 28 novembre 2019, 5 avril 2020, 8 mai 2020, 7 juillet 2020, 15 mai 2020, 4 août 2020, 9 septembre 2020 et 8 octobre 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points sur son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

5°) de rejeter la demande de l'Etat présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points ;

- il n'a, préalablement à la notification de la décision " 48SI ", jamais été informé des retraits de points.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un courrier du 5 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tenant à l'annulation de la décision de retrait de points suite à l'infraction commise le 5 juillet 2019 dès lors que le point en litige a été restitué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Drevon-Coblence a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur a, par décision " 48SI " du 13 septembre 2021, prononcé l'invalidation de ce permis et ordonné à M. B de restituer son titre de conduite. M. B demande l'annulation des retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 5 février 2019, 21 juin 2019, 2 juillet 2019, 5 juillet 2019, 17 novembre 2019, 28 novembre 2019, 5 avril 2020, 8 mai 2020, 7 juillet 2020, 15 mai 2020, 4 août 2020, 9 septembre 2020 et le 8 octobre 2020 et de la décision du 13 septembre 2021 susmentionnée.

Sur la recevabilité :

2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que le point retiré à la suite de l'infraction constatée le 5 juillet 2019 a été restitué en application de l'article L. 223-6 du code de la route, postérieurement au paiement, par le requérant, de l'amende forfaitaire majorée, comme en atteste l'attestation de paiement du 13 janvier 2022 émise par la direction générale des finances publiques. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision de retrait de point consécutive à cette infraction sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions successives de retrait de points :

S'agissant du moyen tiré de la notification des décisions successives de retraits de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

5. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public.

Quant à l'infraction commise le 5 février 2019 (3 points) :

6. Il résulte de l'instruction, notamment des écritures du ministre de l'intérieur et des outre-mer et du relevé d'information intégral versé à l'instance, que l'infraction commise par M. B le 5 février 2019 a donné lieu au paiement d'une amende forfaitaire. Si l'administration ne produit, s'agissant de cette infraction, ni le procès-verbal électronique ni l'attestation de paiement établie par la comptable public, l'indication du paiement de l'amende forfaitaire sur le relevé intégral de M. B, formalisé pour cet infraction par la mention " AF amende forfaitaire ", suffit à établir que l'intéressé a nécessairement été mis en possession d'un avis de contravention et d'une carte de paiement, dont la détention est indispensable pour payer les amendes forfaitaires. Par suite, alors que M. B n'apporte aucun élément tendant à démontrer, que les documents qui lui ont été envoyés seraient inexacts ou incomplets au regard des dispositions précitées des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve que les informations pertinentes lui ont été délivrées. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable ne peut être qu'écarté.

Quant aux infractions commises les 21 juin 2019 (1 point) et le 2 juillet 2019 (1 point) :

7. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Lorsque le contrevenant soutient que le paiement est intervenu par la voie du recouvrement forcé et n'est, par suite, pas de nature à apporter la preuve de la réception des avis, il lui appartient d'apporter la preuve, devant le juge du fond, de ce que l'amende a effectivement fait l'objet d'un recouvrement forcé.

8. Il résulte de l'instruction et notamment du relevé d'information intégral produit en défense par le ministre de l'intérieur, que l'infraction commise par M. B a été constatée à l'aide d'un système de contrôle automatisé. Si le ministre produit des attestations de paiement de la direction générale des finances publiques du 13 janvier 2022 pour ces deux infractions indiquant que les amendes forfaitaires majorées correspondantes ont été recouvrées, le requérant établit, par la production du bordereau de situation des amendes et condamnation pécuniaires établi le 16 mars 2022 que ce recouvrement a été exécuté par un avis de saisie à tiers détenteur en date du 26 août 2020 et que ces amendes forfaitaires majorées ont dès lors fait l'objet d'un recouvrement forcé. Ce seul paiement n'est pas, par suite, de nature à établir que l'intéressé aurait reçu les avis d'amende et d'amende forfaitaire majorée permettant de prouver qu'il a effectivement été informé de la perte de points encourue en raison des infractions commises. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur n'établit pas que le requérant aurait été destinataire d'un document écrit reprenant l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M. B est, dès lors, fondé à soutenir que les retraits de points afférents à ces infractions doivent être annulés.

Quant aux infractions commises les 17 novembre 2019 (1 point), 28 novembre 2019 (1 point), 5 avril 2020 (1 point), 8 mai 2020 (3 points), 7 juillet 2020 (1 point), 15 mai 2020 (1 point), 4 août 2020 (1 point), 9 septembre 2020 (1 point) et 8 octobre 2020 (1 point) :

9. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre que les infractions commises par M. B les 17 novembre 2019, 28 novembre 2019, 5 avril 2020, 8 mai 2020, 7 juillet 2020, 15 mai 2020, 4 août 2020, 9 septembre 2020 et le 8 octobre 2020 ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, dont il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé l'aurait réglé après avoir reçu les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, il résulte du relevé d'information intégral en cause que M. B a bénéficié, à l'occasion d'une précédente infraction similaire commise le 5 juillet 2019, qui a donné lieu au paiement de l'amende forfaitaire majoré, comme en atteste l'attestation de paiement du 13 janvier 2022 émise par la direction générale des finances publiques, de l'ensemble des informations légalement exigées. Dès lors, à supposer même qu'il n'ait pas reçu les informations lors de la constatation des infractions des 17 novembre 2019, 28 novembre 2019, 5 avril 2020, 8 mai 2020, 7 juillet 2020, 15 mai 2020, 4 août 2020, 9 septembre 2020 et 8 octobre 2020, M. B n'a pas été privé d'une garantie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions ayant retiré des points de son permis de conduire à la suite des infractions en cause sont intervenues à la suite d'une procédure irrégulière. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit donc être écarté.

En ce concerne la légalité de la décision " 48 SI " en date du 13 septembre 2021 en tant qu'elle constate la perte de validité du permis de conduire :

10. La décision du ministre constatant l'invalidation du permis de conduire de M. B récapitule les décisions de retrait de points annulées par le présent jugement. Or, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Dès lors que, par le présent jugement, il est procédé à l'annulation des décisions de retrait de deux points, le solde de points rattaché au permis de conduire de M. B est resté nul. Ainsi l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision du 13 septembre 2021 doit aussi être annulée.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises le 21 juin 2019 et le 2 juillet 2019.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'annulation des décisions de retrait de points mentionnées au point 8 n'a pas eu pour effet de rétablir un solde positif sur le capital de points du permis de conduire de l'intéressé. Dès lors, il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'administration de reconnaître à M. B le bénéfice des deux points irrégulièrement retirés.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de M. B présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital du permis de conduire de M. B à la suite des infractions commises les 21 juin 2019 et 2 juillet 2019 sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.

La vice-présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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