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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114396

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114396

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114396
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantRAPOPORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 novembre 2021 et le 11 avril 2022, Mme C A, représentée par Me Rapoport, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement ainsi que la décision du 14 février 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour mention " étudiant " ou " travailleur temporaire " ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois, et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 21 octobre 2021 :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la gravité des conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle dispose d'un droit au séjour en qualité d'étudiante ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-1 du code de justice administrative ;

S'agissant de la décision du 14 février 2022 portant rejet de son recours gracieux quant à la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 février 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance en date du 13 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B, conseiller-rapporteur;

- et les observations de Me Rapoport, représentant Mme C A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, née le 27 janvier 1993 à Danli El Paraiso (Honduras), est entrée sur le territoire français le 12 octobre 2020 sous couvert d'un passeport muni d'un visa portant la mention " travailleur temporaire " valable du 27 septembre 2020 au 27 juillet 2021. Elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 21 octobre 2021, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par courrier du 7 juillet 2021, elle a formé un recours gracieux contre cet arrêté, rejeté par décision du 14 février 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté attaqué vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les conditions d'entrée et de séjour en France de la requérante ainsi que sa situation administrative, personnelle et familiale et précise les motifs pour lesquels le préfet lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. En outre, l'absence de mention de sa qualité de demandeuse d'emploi n'entache pas l'arrêté d'une insuffisance de motivation. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-10 devenu l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () Par dérogation aux dispositions de l'article L. 433-1, elle est prolongée d'un an si l'étranger se trouve involontairement privé d'emploi. Lors du renouvellement suivant, s'il est toujours privé d'emploi, il est statué sur son droit au séjour pour une durée équivalente à celle des droits qu'il a acquis à l'allocation d'assurance mentionnée à l'article L. 5422-1 du code du travail ".

5. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme C A au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre l'arrêté attaqué. En outre, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle est en possession d'une attestation d'ouverture de droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi dès lors que celle-ci lui a été délivrée le 27 octobre 2021, soit postérieurement à la décision litigieuse. Ainsi, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée doit être écarté.

6. En troisième lieu, si Mme C A entend se prévaloir de son parcours professionnel en France, de la perte de ses droits au bénéfice de l'allocation de retour à l'emploi et de son projet d'études, de telles circonstances ne sont pas de nature à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, dès lors que l'exercice du recours gracieux ne peut avoir pour objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile doit être regardé comme étant dirigé contre la décision initiale du 21 octobre 2021. Toutefois, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision litigieuse méconnait les dispositions précitées dès lors qu'elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

9. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an.

En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme C A est inscrite à l'Université Paris Nanterre pour l'année universitaire 2021-2022 afin de préparer un diplôme d'université " français langue étrangère niveau C1 ". En outre, par la production de l'attestation d'allocation d'aide au retour à l'emploi, elle établit bénéficier de moyens d'existence suffisants. Enfin, si l'intéressée n'est pas en possession d'un visa long séjour comme le prévoit les dispositions de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant qu'elle est entrée et à séjourner régulièrement sur le territoire français sous couvert d'un visa portant la mention " travailleur temporaire ". Les dispositions de l'article L. 422-1 précitées font obstacle à ce que l'intéressée puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement alors même qu'elle n'aurait pas sollicité la délivrance d'un titre étudiant, dès lors qu'elle remplit les conditions pour en bénéficier.

11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision, l'arrêté du préfet du Val d'Oise du 21 octobre 2021 doit être annulé en tant qu'il oblige Mme C A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi que par voie de conséquence, en tant qu'il fixe le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement qu'une carte de séjour temporaire soit délivrée à Mme C A. En revanche, elle implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'une autorisation provisoire de séjour lui soit délivrée jusqu'à ce que l'administration ait à nouveau statué sur son cas. Il est enjoint au préfet compétent de prendre ces mesures dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante pour l'essentiel, la somme demandée par Mme C A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 octobre 2021 en tant que le préfet du Val-d'Oise a obligé Mme C A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet compétent de délivrer à Mme C A une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il soit à nouveau statué sur sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Bellity, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

assistés de Mme Pradel, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

T. B

La présidente,

signé

H. LE GRIEL

La greffière,

signé

E. PRADEL

La République mande et ordonne au Préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

N°2114396

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