mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2114574 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | NSALOU NKOUA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 novembre 2021, et un mémoire enregistré le 8 décembre 2021 Mme D, représentée par Me Nsalou Nkoua, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination d'une éventuelle reconduite d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délais de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'arrêté en litige:
- est entaché d'incompétence de son signataire ;
- est insuffisamment motivé ;
- a été pris sans examen particulier de sa situation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022 préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur
- et les observations de Me Nsalou Nkoua, représentant Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante congolaise née en 1983 expose être entrée en France le 6 août 2019 munie d'un visa valable du 31 juillet au 12 août 2019 pour y rejoindre sa fille. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 29 octobre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, formée le 6 avril 2021 sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme A C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux des étrangers, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n°21-038 du 21 octobre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme D. Ces indications qui constituent le fondement des décisions litigieuses permettent à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, alors que l'arrêté comporte, comme il vient d'être dit, l'indication d'éléments propres à la situation personnelle de Mme D, il ne ressort ni des termes de celui-ci ni des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation. Le moyen tiré de ce défaut d'examen particulier doit donc être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D ne séjournait en France, à la date de la décision attaquée, que depuis moins de deux ans et trois mois après avoir vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans dans son pays d'origine. Elle y a certes rejoint sa fille française, née le 13 novembre 2002, mais celle-ci est majeure et il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que sa situation requière la présence de sa mère à ses côtés ou, à l'inverse, que sa mère a elle-même besoin de son assistance. Enfin Mme D ne fait état d'aucun autre élément de son intégration que sa maîtrise de la langue française. Dans ces circonstances, Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et en l'obligeant à quitter le territoire français le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
8. Mme D indique que le Congo est le théâtre d'arrestations et de violences " à l'encontre des opposants au président actuel ", mais ne produit aucune pièce susceptible d'établir qu'elle y sera personnellement exposée au risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme D doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
10. Les conclusions à fin d'annulation de Mme D devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à Mme B, E D et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023 à laquelle siégeaient :
M. Thierry, président,
M. Baude, premier conseiller,
Mme Zaccaron Guerin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
Le président,
P. Thierry L'assesseur le plus ancien,
F.-E. Baude
La greffière,
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 21145742
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