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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114584

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114584

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114584
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPOULLIEUX - DELCOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2021, Mme B, représentée par Me Delcour, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et l'a obligée à remettre son passeport aux autorités.

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Le refus de titre de séjour :

- émane d'une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, elle aurait dû être entendue avant la décision ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- émane d'une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, elle aurait dû être entendue avant la décision ;

Les autres décisions de l'arrêté en litige : doivent être annulées par voie de conséquence de l'illégalité des autres décisions ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et produit toutes les pièces utiles au dossier.

Par une ordonnance du 19 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Thierry, président-rapporteur ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante sénégalaise, née le 18 décembre 1986, expose qu'elle est entrée en France en 2003, à l'âge de 17 ans, avec un passeport d'emprunt et qu'elle y séjourne depuis lors sans discontinuer. Par un arrêté du 27 octobre 2021 dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour à titre exceptionnel présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de l'éloignement du territoire français ;

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit besoin d'examiner l'ensemble des moyens :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1-Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

3. Il n'est pas contesté par le préfet du Val-d'Oise que Mme B est arrivée à l'âge de 17 ans en France, en 2003, pour s'y faire soigner et qu'elle y a été accueillie par sœur. Il ressort des pièces du dossier que, bien que sans enfant, elle y dispose d'attaches familiales intenses liées à la présence de cette sœur, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2028, à celle des enfants, français, de cette dernière qui attestent des liens affectifs forts que Mme B a noué avec eux dès leur jeune âge. Elle produit également plusieurs attestations permettant d'établir son intégration sociale et amicale en France. Il ressort par ailleurs de ces mêmes pièces que Mme B bénéficie d'une promesse d'embauche et que l'entreprise qui la lui a délivrée a formé pour elle une demande d'autorisation de travail. Si le préfet indique qu'il n'a pas pu vérifier l'authenticité de cette promesse d'embauche, il ressort du courrier produit par ce dernier, que sa demande d'authentification a été adressée à une autre entreprise que celle figurant sur la promesse d'embauche et la demande d'autorisation de travail. Enfin, Mme B expose, certes sans en justifier autrement que par des déclarations de revenu à partir de 2016, qu'elle a travaillé comme garde d'enfant pour une amie. Dans ces conditions, eu égard à la longue durée du séjour de Mme B qui a vécu la majeure partie de sa vie en France, où elle est entrée avant l'âge adulte, à ses liens familiaux, et à ses perspectives d'intégration professionnelle, celle-ci est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle est fondée par suite à demander l'annulation de cette décision.

4. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.

5. L'annulation de la décision de refus de titre de séjour emporte par voie de conséquence également l'annulation des décisions d'obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et l'obligeant à remettre son passeport aux autorités.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

7. Les motifs d'annulation de l'arrêté en litige impliquent nécessairement que le préfet du Val-d'Oise délivre à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prescrire au préfet l'exécution de cette mesure dans les deux mois suivants la notification du présent jugement. Dans ces mêmes circonstances, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros qu'il paiera à Mme B, au titre des frais non compris dans les dépens que cette dernière a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 octobre 2021 du préfet du Val-d'Oise est annulé.

Article 2 :Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 :L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros à Mme B en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guerin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le président,

P. Thierry L'assesseur le plus ancien,

F.-E. Baude

La greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21145842

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