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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114651

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114651

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantCABINET LUCQUIN-ZOGHAIB

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2021, M. A, représenté par Me Lucquin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du préfet du Val-d'Oise la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard de son admission exceptionnelle au séjour au titre de la " vie privée et familiale " ;

- il est entaché d'une erreur de fait et méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention franco-tunisienne dès lors qu'il a transmis l'ensemble des pièces demandées par la DRIEETS dans le cadre de l'instruction de son dossier ;

- il peut prétendre à un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " en vertu des dispositions de l'article L. 313-14 [devenu L. 435-1] du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance en date du 24 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Le Griel, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 14 mars 1987, est entré en France le 16 janvier 2020 muni d'un visa " travailleur temporaire ". Le 5 janvier 2021, il a sollicité son changement de statut sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien. Par l'arrêté du 27 octobre 2021 attaqué, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, par l'arrêté n° 21-038 du 21 octobre 2021 publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département du Val-d'Oise le même jour, le préfet de ce département a donné délégation à Mme E, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration, " tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour notifié aux ressortissants étrangers ", " toute obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire " ainsi que " toute décision fixant le pays de destination ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise n'était pas absent ou empêché lorsque l'arrêté litigieux a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, en vertu de son article L. 110-1, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'applique sous réserve " des conventions internationales ". Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 susvisé : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ".

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par le requérant sur le fondement de ces stipulations, le préfet du Val-d'Oise a notamment relevé l'avis défavorable de la DRIEETS au motif que l'intéressé n'avait pas répondu à la demande, en date du 19 mars 2021, de pièces complémentaires nécessaires à l'instruction de son dossier et ce malgré des relances les 7 mai et 30 juin 2021. Si M. A fait valoir qu'il a adressé l'ensemble des pièces demandées à savoir copie des diplômes, certificats d'expérience professionnelle, copie de la précédente autorisation de travail et de son dernier bulletin de paie délivré par la société Net A Com qui l'emploie, pour autant, et alors que le préfet conteste avoir reçu tout complément de pièces, il n'apporte aucun début de preuve à l'appui de ses allégations. Dans ces conditions, le requérant ne démontre pas qu'il remplit les conditions exigées par les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien qui subordonnent la délivrance d'un titre de séjour à la présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes. Par suite, le préfet du Val-d'Oise n'a pas, en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", entaché sa décision d'une erreur de fait ni méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention franco-tunisienne.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code précité : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une stipulations de l'accord franco-marocain, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions ou stipulations expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, ou stipulation de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il ne ressort d'aucun des éléments du dossier que M. A aurait saisi le préfet du Val-d'Oise d'une demande de délivrance de titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que le préfet aurait examiné d'office sa situation au regard de ces dispositions. L'intéressé ne peut, dès lors, utilement invoquer à l'encontre de la décision en litige le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ni que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard de ces dispositions.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. M. A soutient qu'il est intégré à la société française et se prévaut de la présence de son oncle ainsi que de ses cousins, toutefois il ne démontre pas l'existence de ses liens privés et familiaux en France. En outre, l'intéressé, célibataire et sans charge de famille en France, n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas avoir tissé en France des liens professionnels d'une particulière intensité par la seule production d'une attestation d'emploi indiquant qu'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 2 janvier 2021 pour exercer l'activité de technicien. Par suite, le préfet du Val-d'Oise, en prenant l'arrêté attaqué, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. A à fin d'octroi d'une somme au titre des frais liés à l'instance et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Bellity, premier conseiller,

Mme Debourg, conseillère,

assistés de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

L'assesseur le plus ancien,

signé

C. BELLITY

La présidente-rapporteure,

signé

H. DLa greffière,

signé

D. BONFANTI

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

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