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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114653

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114653

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCABINET IVALDI & DE GUEROULT D'AUBLAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 29 janvier et 17 avril 2022, M. C D A, représenté par Me Lendrevie, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures : 1°) d'annuler les arrêtés du 28 janvier 2022 par lesquels le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ; 2°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; 3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ; 4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire : - elles sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen particulier ; - elles violent son droit à être entendu ; - elles sont entachées d'erreurs de fait dès lors qu'il dispose d'un passeport en cours de validité et justifie d'une résidence effective et permanente ; - elles méconnaissent le principe du contradictoire ; - elles violent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle. En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français : - elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier ; - elle est entachée d'un vice de procédure, résultant de la violation de son droit à être entendu ; - elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la durée de son séjour en France et ses liens personnels et familiaux ; - elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 mars et 27 avril 2022, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code des relations entre le public et l'administration ; - le code de justice administrative. Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. B ; - et les observations de Me Lendrevie pour M. A. Considérant ce qui suit : 1. M. A, ressortissant égyptien né le 4 avril 1994, demande l'annulation des arrêtés du 28 janvier 2022 par lesquels le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. I. Sur les conclusions à fin d'annulation : En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire : S'agissant des moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation : 2. Aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, (). ". L'article L. 613-1 du même code dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ". Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". 3. L'arrêté attaqué qui vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 611-1 3°, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique, en particulier, que M. A, qui a fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire en date du 10 février 2017, se maintient depuis cette date sur le territoire en situation irrégulière. En outre, le préfet précise que la mesure d'éloignement prononcée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé qui est célibataire et sans charge de famille. Le préfet souligne également que M. A a fait l'objet le 31 janvier 2018 d'une mesure d'éloignement à laquelle il s'est soustrait, qu'il a déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et ne peut ni présenter de document d'identité ou de voyage en cours de validité, ni justifier d'une résidence effective et permanente. Par suite, le requérant n'est ni fondé à soutenir que le préfet de police a insuffisamment motivé les décisions en litige, ni qu'il a entaché ses décisions d'un défaut d'examen particulier de sa situation. Dès lors, les moyens ne peuvent qu'être écartés. S'agissant des moyens tirés de la violation du droit d'être entendu et de la méconnaissance du principe du contradictoire : 4. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si l'article 41 de la charte s'adresse non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense. 5. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un départ volontaire, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur les mesures envisagées avant qu'elles n'interviennent. 6. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du procès-verbal d'audition établi le 28 janvier 2022, signé par l'intéressé, que M. A a été interrogé par les services de la préfecture de police et qu'il a ainsi pu faire valoir ses observations sur sa situation avant l'adoption et la notification de l'arrêté contesté. Au demeurant, le requérant ne démontre pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été susceptibles de faire obstacle aux décisions lui faisant obligation de quitter le territoire et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire doivent être écartés. S'agissant du moyen tiré des erreurs de fait commises par le préfet : 7. La seule circonstance que M. A dispose d'un passeport en cours de validité, justifie d'une résidence effective et permanente et que le préfet n'établisse pas lui avoir notifié une précédente mesure d'éloignement est sans incidence sur la légalité des décisions en litige. En tout état de cause, il ressort des arrêtés portant obligation de quitter le territoire français en date, des 31 janvier 2018, 29 janvier et 11 avril 2019, produits par le préfet, en défense, et signés par l'intéressé, que les précédentes mesures d'éloignement lui ont été notifiées. Dès lors, le moyen tiré des erreurs de fait doit être écarté. S'agissant des moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions litigieuses sur sa situation personnelle : 8. Aux termes de l'article 8 de cette convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". 9. M. A, qui déclare être entré en France en 2011, soutient y résider de manière habituelle depuis cette date. Toutefois ce séjour continu ne ressort pas des pièces qu'il verse à l'instance, notamment pour les années 2011 à 2013. Par ailleurs le requérant qui ne justifie d'aucune activité entre 2018 et 2020 et ne démontre avoir travaillé en 2021 que pendant six mois, ne saurait, dans ces conditions, soutenir qu'il est inséré professionnellement à la société française. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, M. A, célibataire et sans enfant qui ne justifie pas, contrairement à ce qu'il soutient, disposer d'attaches privées fortes sur le territoire français, n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions contestées sur sa situation personnelle doit également être écarté. En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français : S'agissant du moyen tiré de la violation du droit d'être entendu : 10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le présent moyen doit être écarté. S'agissant du moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation : 11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté. S'agissant du moyen tiré de l'insuffisance de motivation : 12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l' obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". 13. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. 14. La décision attaquée vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. A est célibataire et sans charge de famille que ses attaches sur le territoire français ne sont pas intenses et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, en date du 31 janvier 2018. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait. En conséquence, le moyen doit être écarté. S'agissant de l'erreur dans l'appréciation de sa situation : 15. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué et il n'est pas sérieusement contesté que M. A a fait l'objet de quatre précédentes obligations de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutées. Il résulte de ce qui a été exposé au point 9 que la situation personnelle du requérant, alors même qu'il a bénéficié d'un titre de séjour, mention vie privée et familiale, valable du 13 juin 2014 au 12 juin 2015, ne fait pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, quand bien même l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ne fait valoir aucune circonstance humanitaire. Dès lors, c'est à bon droit que le préfet de police a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A d'une telle interdiction, dont la durée d'un an n'est pas excessive eu égard à la durée de sa présence sur le territoire et à la nature de ses liens avec la France. Dans ces conditions, le préfet de police n'a pas entaché sa décision d'une erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant. S'agissant du moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : 16. Eu égard aux éléments de sa situation personnelle rappelés au point 9, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porte, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen ne peut qu'être écarté. 17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. II. Sur les conclusions accessoires : 18. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code justice administrative doivent être rejetées.Par ces motifs, le tribunal décide :Article 1er : La requête de M. A est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A et au préfet de police.Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :M. Rousset, président,Mme Fléjou, première conseillère,et M. Goupillier, conseiller, assistés de Mme Charleston, greffière.Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.Le président-rapporteur,signéO. B L'assesseure la plus ancienne,signéV. FléjouLe président-rapporteur,O. B L'assesseur le plus ancien,G. RaimbaultLa greffière,signéD. Charleston La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.- 2 -No 2201211

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