Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114782

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114782
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKWEMO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B A, ressortissant somalien, qui contestait le refus implicite de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal a jugé que le moyen tiré du défaut de motivation était inopérant faute de demande de communication des motifs, que celui fondé sur l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile était inopérant car la décision contestée était un refus de rétablissement et non un refus initial, et que le moyen d’erreur manifeste d’appréciation de la vulnérabilité n’était pas assorti de précisions suffisantes. La requête a été rejetée sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 30 novembre et 2 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Kwemo, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a implicitement refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant somalien né le 1er octobre 1992, a présenté une demande d'asile en France qui a été enregistrée le 25 juillet 2018. Par un courrier du 8 juillet 2021, il a sollicité auprès du directeur territorial de l'OFII le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle l'OFFI a implicitement rejeté sa demande.

Sur l'objet du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des pièces produites par l'OFII en défense, et il n'est d'ailleurs pas contesté, que M. A a bénéficié des conditions matérielles d'accueil dès l'enregistrement de sa demande d'asile, durant les mois de juillet et août 2018, et qu'il a cessé d'en bénéficier ensuite. Dès lors, son courrier du 8 juillet 2021 doit être regardé comme une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil et la décision implicite qu'il conteste, comme portant refus de cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé () ".

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de communication des motifs dans le délai d'un mois consécutif à une demande en ce sens, une décision implicite se trouve entachée d'illégalité. Toutefois, en l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait sollicité les motifs de refus de la décision implicite de rejet dont il demande l'annulation dans la présente instance. Par suite, il ne saurait utilement se plaindre de l'absence de motivation de cette décision.

6. En deuxième lieu, si M. A soutient que la décision attaquée méconnait l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce moyen ne saurait être utilement soulevé qu'à l'encontre d'une décision portant refus initial des conditions matérielles d'accueil, alors que, ainsi qu'il a été dit au point 2, la décision contestée en l'espèce est une décision portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen en cause est inopérant.

7. En troisième lieu, en se bornant à faire état que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa vulnérabilité, sans faire état d'aucun élément concret, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que sa vulnérabilité a été évaluée par les services de l'OFII à 1 sur une échelle de 0 à 3, M. A n'assortit son moyen ni de précisions suffisantes ni de faits susceptibles de venir à son soutien.

8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il y a lieu d'admettre l'intéressé - qui, de surcroît n'établit pas avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle - au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, que la requête présentée par M. A ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions, sur le fondement du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au directeur général de l'OFII.

Fait à Cergy-Pontoise, le 25 octobre 2024.

Le président de la 2ème chambre,

signé

C. Huon

La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.