jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2114797 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | JACQUOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2021, l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " (CCDH), représentée par Me Jacquot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'établissement public de santé (EPS) Erasme d'Antony a rejeté sa demande de communication du registre de contention et d'isolement de cet établissement établi du 1er janvier au 31 décembre 2019, comprenant pour chaque mesure d'isolement l'identifiant anonymisé du patient, le service dont il dépend, sa date et son heure de début et de fin, sa durée en heure décimale ainsi que le rapport annuel établi pour l'année 2019 ;
2°) d'enjoindre à l'EPS Erasme d'Antony de lui communiquer la copie des documents demandés sans occultation de l'identifiant anonymisé des patients, des mentions quant au début, à la fin et à la durée des mesures d'isolement et de contention, mais sans les mentions permettant d'identifier les professionnels de santé, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est recevable ;
- la décision méconnait l'obligation faite à l'EPS Erasme d'Anthony de communiquer ses documents administratifs ;
- elle renonce à se voir communiquer le registre de contention et d'isolement du groupement hospitalier comportant des mentions permettant d'identifier le personnel de santé de cet établissement ;
- l'identifiant anonymisé garantit la protection de la vie privée du patient, qu'il garantit l'objectif de traçabilité des mesures d'isolement et que son occultation contreviendrait au droit d'accès aux documents administratifs ;
- le refus d'accès aux documents porte une atteinte grave à la liberté d'association et à la liberté d'expression de la requérante.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, l'EPS Erasme, représenté par Me Beaulac, conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à la communication du rapport annuel établi pour l'année 2019 et demande au tribunal :
1°) de rejeter la requête ou, à titre subsidiaire d'enjoindre la seule communication d'une une copie du registre des mesures d'isolement et de contention établi pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2019 en occultant tout élément nominatif comme non nominatifs permettant d'identifier les patients ainsi que les médecins et autres personnes de santé concernés ;
2°) mettre à la charge de l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " (CCDH) la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les conclusions relatives à la communication du rapport annuel établi pour l'année 2019 sont devenues sans objet dès lors que ces données ont été publiées dans le rapport de visite du contrôleur général des lieux de privation et libertés ;
- la demande de l'association CCDH relative à la communication d'une copie du registre de contention et d'isolement de l'EPS Erasme établi du 1er janvier au 31 décembre 2019, sans occultation de l'identification anonymisé des patients est infondée ;
- les informations des documents administratifs sollicités seront altérées, dénaturées et non sourcées ;
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Buisson, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Buisson, magistrat désigné ;
- les conclusions de M. Gabarda, rapporteur public ;
- et les observations de Me Beaulac, avocat de l'établissement public de santé (EPS) Erasme.
Considérant ce qui suit :
1. Par courriel du 21 décembre 2020, l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'Homme " (CCDH) a saisi l'établissement public de santé (EPS) Erasme d'Antony d'une demande tendant à la communication de la copie du registre de contention et d'isolement de cet établissement établi du 1er janvier au 31 décembre 2019, ainsi que du rapport annuel établi pour l'année 2019 par l'établissement rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention, la politique définie pour limiter le recours à ces pratiques et l'évaluation de sa mise en œuvre. A la suite du rejet implicite né du silence gardé par l'administration sur cette demande, l'association CCDH a saisi, le 25 février 2021, la commission d'accès aux documents administratif (CADA), qui a rendu un avis favorable le 15 avril 2021 à la communication de ces documents après occultation des mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée de personnes physiques ou qui feraient apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. Dans le dernier état de ses écritures, l'association CCDH demande l'annulation de la décision de l'EPS Erasme d'Antony en tant qu'il a rejeté sa demande de communication du registre de contention et d'isolement de cet établissement établi du 1er janvier au 31 décembre 2019, comprenant pour chaque mesure d'isolement l'identifiant anonymisé du patient, le service dont il dépend, sa date et son heure de début et de fin, sa durée en heure décimale ainsi que le rapport annuel établi pour l'année 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ". Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical () / 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice ". Enfin, aux termes de l'article L. 311-7 de ce code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions ".
3. Par ailleurs, l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique dispose que : " L'isolement et la contention sont des pratiques de dernier recours et ne peuvent concerner que des patients en hospitalisation complète sans consentement. Il ne peut y être procédé que pour prévenir un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, sur décision motivée d'un psychiatre et uniquement de manière adaptée, nécessaire et proportionnée au risque après évaluation du patient. Leur mise en œuvre doit faire l'objet d'une surveillance stricte, somatique et psychiatrique, confiée par l'établissement à des professionnels de santé désignés à cette fin et tracée dans le dossier médical. () / Un registre est tenu dans chaque établissement de santé autorisé en psychiatrie et désigné par le directeur général de l'agence régionale de santé pour assurer des soins psychiatriques sans consentement en application du I de l'article L. 3222-1. Pour chaque mesure d'isolement ou de contention, ce registre mentionne le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, un identifiant du patient concerné ainsi que son âge, son mode d'hospitalisation, la date et l'heure de début de la mesure, sa durée et le nom des professionnels de santé l'ayant surveillée. Le registre, établi sous forme numérique, doit être présenté, sur leur demande, à la commission départementale des soins psychiatriques, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou à ses délégués et aux parlementaires. / L'établissement établit annuellement un rapport rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention, la politique définie pour limiter le recours à ces pratiques et l'évaluation de sa mise en œuvre. Ce rapport est transmis pour avis à la commission des usagers prévue à l'article L. 1112-3 et au conseil de surveillance prévu à l'article L. 6143-1 ".
4. Si le registre et le rapport dont l'établissement est prévu par l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique constituent des documents administratifs régis par les dispositions du livre III du code des relations entre le public et l'administration, les articles L. 311-6 et L. 311-7 de ce code subordonnent leur communication aux tiers à la condition que soient occultées ou disjointes les mentions permettant d'identifier les patients dont la communication porterait atteinte à la vie privée ou au secret médical de ces derniers, comme doivent également l'être celles permettant d'identifier les soignants, afin d'éviter que la divulgation d'informations les concernant puisse leur porter préjudice.
5. Dans le cas où l'identité des patients a fait l'objet d'une pseudonymisation, laquelle ne permet l'identification des personnes en cause qu'après recoupement d'informations, il appartient au juge administratif d'apprécier si, eu égard à la sensibilité des données en cause et aux efforts nécessaires pour identifier les personnes concernées, leur communication est susceptible de porter atteinte à la protection de la vie privée et au secret médical. En l'espèce, compte tenu de la nature des informations en cause, qui touchent à la santé mentale des patients, et du nombre restreint de personnes pouvant faire l'objet d'une mesure de contention et d'isolement, facilitant ainsi leur identification, alors qu'au demeurant les autorités énumérées à l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique peuvent accéder à l'ensemble des informations figurant sur les registres et contrôler l'activité des établissements concernés, l'identifiant dit " anonymisé " figurant dans ces registres, qu'il s'agisse, selon la pratique du centre hospitalier, de " l'identifiant permanent du patient " ou d'un identifiant spécialement défini, doit être regardé comme une information dont la communication est susceptible de porter atteinte à la protection de la vie privée et au secret médical. Cet identifiant n'est donc communicable qu'au seul intéressé en vertu des dispositions de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration.
6. En revanche, les mentions des dates, heures et durées des mesures d'isolement et de contention ne sont pas au nombre de celles dont, par application de l'article L. 311-7 du code des relations entre le public et l'administration, les articles L. 311-5 et L. 311-6 de ce code permettent l'occultation ou la disjonction.
7. En l'espèce, ainsi que l'a d'ailleurs relevé la CADA dans son avis du 15 avril 2021, le registre des mesures d'isolement et de contention ainsi que le rapport annuel rendant compte de ces pratiques, détenus par l'établissement public de santé dans le cadre de sa mission de service public, constituent des documents administratifs au sens des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration. La communication de ces documents doit, toutefois, être précédée de l'occultation préalable de toute autre donnée susceptible de porter atteinte à la protection de la vie privée des patients et des personnels de santé, notamment le nom du psychiatre, et au secret médical. Dès lors, en refusant de communiquer à l'association CCDH le registre des mesures d'isolement et de contention ainsi que le rapport annuel rendant compte de ces pratiques établis en 2019, l'EPS Erasme a méconnu les dispositions de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
8. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite du 25 avril 2021 par laquelle l'établissement public de santé a refusé de communiquer à l'association requérante la copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement établi du 1er janvier au 31 décembre 2019 en application de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique et la copie du rapport annuel établi pour l'année 2019 par l'établissement rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à l'EPS Erasme la communication à la CCDH de la copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement, établi du 1er janvier au 31 décembre 2019, ainsi que la copie du rapport annuel établi pour l'année 2019 par l'établissement rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention, et ce après occultation préalable de toute autre donnée susceptible de porter atteinte à la protection de la vie privée des patients et des personnels de santé et au secret médical, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EPS Erasme la somme demandée par l'association CCDH au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de refus de l'EPS Erasme d'Antony est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à l'EPS Erasme d'Antony de communiquer à l'association " Commission des citoyens des droits de l'Homme " la copie du rapport annuel établi pour l'année 2019 par l'établissement rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention, et la copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement établi du 1er janvier au 31 décembre 2019, et ce après occultation de toutes autres données susceptibles de porter atteinte à la protection de la vie privée des patients et de personnels de santé et au secret médical, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " et à l'établissement public de santé Erasme d'Antony.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le magistrat désigné,
signé
L. Buisson
La greffière,
signé
C. Duroux
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2114797
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026