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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114990

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114990

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114990
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMAIRESSE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête enregistrée le 24 novembre 2021 sous le n° 2114990, et un mémoire enregistré le 17 décembre 2021, M. B, représenté par Me Mairesse, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 30 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points sur ce permis à la suite des infractions commises le 10 avril 2011 (1 point), le 9 octobre 2013 (3 points), le 4 décembre 2013 (1 point), le 14 février 2016 (1 point), le 23 mai 2018 (4 points), le 15 janvier 2019 (3 points), le 12 octobre 2019 (1 point), le 3 août 2019 (3 points), le 18 janvier 2020 (4 points) et le 26 février 2020 (3 points), ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours gracieux dirigé contre cette décision ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de reconstituer de 4 points le capital affecté à son permis de conduire à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi les 3 et 4 septembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire en reconstituant son capital de points, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner l'Etat aux dépens de l'instance ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- les décisions portant retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- il était éligible à l'ajout de 4 points sur son permis de conduire dès lors qu'il a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 12 octobre 2019 et 26 février 2020, d'une part, et au refus d'ajout de points à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière suivi par à M. B les 3 et 4 septembre 2021, d'autre part, ainsi qu'au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir qu'à concurrence de ce surplus, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II- Par une requête enregistrée le 5 septembre 2022 sous le n° 2212382, M. B, représenté par Me Mairesse, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 7 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points sur ce permis à la suite des infractions commises le 8 avril 2008 (1 point), le 22 avril 2009 (1 point), le 10 avril 2011 (1 point), le 8 avril 2013 (1 point), le 9 octobre 2013 (3 points), le 4 décembre 2013 (1 point), le 14 février 2016 (1 point), le 23 mai 2018 (4 points), le 15 janvier 2019 (3 points), le 12 octobre 2019 (1 point), le 3 août 2019 (3 points), le 28 janvier 2021 (3 points) et le 3 mars 2021 (4 points), ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté son recours gracieux dirigé contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire en restituant son capital de points, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat aux dépens de l'instance ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- les décisions portant retrait de points ne lui ont pas été notifiées ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au non-lieu à statuer sur la décision portant retrait de points consécutive à l'infraction commise le 12 octobre 2019, ainsi qu'au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir qu'à concurrence de ce surplus, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par décisions " 48 SI " des 30 janvier 2021 et 7 septembre 2021, le ministre de l'intérieur, prenant acte des retraits de points opérés sur le permis de conduire de M. B, a prononcé l'invalidation de ce permis pour solde de points nul. Par les présentes requêtes, M. B demande au tribunal l'annulation des différents retraits de points opérés sur son permis de conduire et des décisions " 48 SI " des 30 janvier 2021 et 7 septembre 2021 dont il a subséquemment fait l'objet, ensemble les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté ses recours gracieux dirigés contre ces décisions. Il demande également au tribunal d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de reconstituer de 4 points le capital affecté à son permis de conduire à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi les 3 et 4 septembre 2021.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 3' Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; / 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ; / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; / () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.() ".

Sur la jonction :

3. Les requêtes n°s 2114990 et 2212382 présentées par M. B portent sur l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.

Sur l'étendue du litige :

4. Il ressort du relevé d'information intégral daté du 24 octobre 2022 produit en dernier lieu en défense par le ministre de l'intérieur que les points retirés à la suite des infractions commises par M. B le 8 avril 2008, le 22 avril 2009, le 10 avril 2011, le 8 avril 2013, le 4 décembre 2013, le 14 février 2016 et le 12 octobre 2019 lui ont été restitués les 8 avril 2018, 22 avril 2019, 22 décembre 2011, 17 novembre 2013, 18 novembre 2016, 24 avril 2014 et 11 août 2020. Par ailleurs, la décision portant retrait de point à la suite de l'infraction commise le 18 janvier 2020, qui ne figure plus ni sur la décision " 48 SI " du 7 septembre 2021 ni sur le relevé d'information intégral du 24 octobre 2022, doit être regardée comme ayant été retirée en cours d'instance. Enfin, il ressort de ce même document que M. B a bénéficié d'un ajout de 4 points sur son permis de conduire, le 5 septembre 2021, à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi les deux jours précédents. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 8 avril 2008, 22 avril 2009, 10 avril 2011, 8 avril 2013, 4 décembre 2013, 14 février 2016, 12 octobre 2019 et 18 janvier 2020, ni sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte correspondantes, ni sur la décision par laquelle le ministre a refusé de créditer le capital de points affecté à son permis de conduire à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi les 3 et 4 septembre 2021.

Sur la recevabilité du surplus des conclusions :

5. Il ne ressort ni des décisions " 48 SI " attaquées, ni du dernier relevé d'information intégral de M. B, qu'un retrait de point aurait été effectué sur son permis de conduire à la suite d'une infraction commise le 26 février 2020. Les conclusions de M. B dirigées contre cette décision, inexistante, sont donc manifestement irrecevables. Elles doivent donc être rejetées sur le fondement des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le moyen tiré d'un défaut de notification des décisions " 48 " :

6. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention des décisions constatant la perte de validité de son permis de conduire.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

7. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant de l'infraction commise le 9 octobre 2013 :

8. Il résulte du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale qu'en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Conformément aux dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, ce titre exécutoire est adressé au contrevenant sous forme d'avis d'amende forfaitaire majorée qui contient une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

9. Il ressort du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B établi le 24 octobre 2022 que l'infraction commise le 9 octobre 2013 a été relevée par radar automatique, ainsi que l'atteste la mention " CNT-CSA ", avec envoi d'un avis de contravention au domicile du titulaire de la carte crise du véhicule flashé. Le ministre de l'intérieur produit l'attestation du trésorier principal du contrôle automatisé relative à l'encaissement du montant de l'amende forfaitaire majorée afférente à cette contravention. Ce paiement permet d'établir que M. B a reçu l'avis d'amende forfaitaire dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le contrevenant n'établit pas que l'avis reçu n'aurait pas comporté cette information. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté comme manifestement infondé.

S'agissant des infractions commises les 23 mai 2018, 15 janvier 2019, 3 août 2019, 28 janvier 2021 et 3 mars 2021 :

10. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

11. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces produites en défense par le ministre de l'intérieur, que les infractions commises par M. B les 23 mai 2018, 15 janvier 2019, 3 août 2019, 28 janvier 2021 et 3 mars 2021 ont été constatées au moyen de procès-verbaux électroniques, puis à l'émission d'amendes forfaitaires majorées. La signature de M. B sur les procès-verbaux électroniques dressés à la suite des infractions commises les 23 mai 2018, 3 août 2019 et 28 janvier 2021 établit que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route lui ont été délivrées. De même, la mention " refus de signer " apportée par l'agent de police judiciaire sur les procès-verbaux électroniques dressés à la suite des infractions commises les 15 janvier 2019 et 3 mars 2021 établit que les informations pertinentes ont été délivrées à M. B. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure s'agissant de ces infractions, qui manque en fait, doit être écarté comme étant manifestement infondé.

12. La requête de M. B ne comporte que des moyens inopérants et manifestement infondés. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux ou dans le mémoire complémentaire de M. B, il y a lieu de rejeter le surplus de ses conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur les dépens de l'instance :

13. M. B n'établit pas avoir engagé de dépens dans la présente instance. Sa demande tendant à ce qu'ils soient mis à la charge de l'Etat ne peut donc, en tout état de cause, qu'être rejetée.

Sur les frais liés à l'instance :

14. L'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 8 avril 2008, 22 avril 2009, 10 avril 2011, 8 avril 2013, 4 décembre 2013, 14 février 2016, 12 octobre 2019 et 18 janvier 2020, ni sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte correspondantes, ni sur la décision par laquelle le ministre a refusé de créditer le capital de points affecté à son permis de conduire à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi les 3 et 4 septembre 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Cergy, le 19 janvier 2023.

La présidente de la 3ème chambre,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2114990 - 221238

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