Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115045

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantAERIGE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté comme irrecevable la requête de M. B, salarié protégé de La Poste, qui contestait la décision de l'inspection du travail du 23 octobre 2018 autorisant son licenciement pour faute. Le tribunal a jugé que, bien que la notification de cette décision n'ait pas comporté les mentions obligatoires, M. B en avait eu connaissance au plus tard le 13 novembre 2018, date de réception de son licenciement. En application du principe de sécurité juridique, le recours contentieux, introduit plus de trois ans après cette date, excédait le délai raisonnable d'un an, et le recours hiérarchique tardif n'avait pu interrompre ce délai. La requête a donc été rejetée sur le fondement de l'article R. 421-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,

- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique,

- et les observations de Me Roux, représentant La Poste.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par la société La Poste en qualité d'opérateur colis affecté à l'agence de Créteil dans le cadre d'un contrat à durée déterminée à compter du 2 novembre 2012, puis d'un contrat à durée indéterminée à compter du 13 janvier 2014. Il bénéficie de la qualité de salarié protégé au titre de son mandat de membre désigné du CHSCT. Le 23 août 2018, la société a saisi l'inspection du travail d'une demande d'autorisation de licencier M. B pour motif disciplinaire. Par une décision du 23 octobre 2018, l'inspection du travail a autorisé la société à prononcer son licenciement pour faute. Par un courrier du 9 août 2021, M. B a formé un recours hiérarchique à l'encontre de cette décision, rejeté le 22 septembre 2021 en raison de son irrecevabilité pour tardiveté. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction alors en vigueur : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Lorsque la notification ne comporte pas les mentions requises, ce délai n'est pas opposable.

3. Toutefois, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

4. En l'espèce, ni la société, ni l'administration n'établissent la date à laquelle la décision du 23 octobre 2018 par laquelle l'inspection du travail a autorisé la Poste à procéder à son licenciement pour faute lui a été notifiée par la seule présentation d'un accusé de réception comportant la mention " pli avisé et non réclamé " qui ne mentionne ni la date de première présentation de ce pli, ni les modalités permettant de le retirer. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B avait été associé à l'instruction de la décision litigieuse prise par l'inspection du travail dès lors qu'elle a été prise à l'issue d'une procédure contradictoire et qu'il en a nécessairement eu connaissance dans la décision prononçant son licenciement qui mentionnait l'existence de la décision de l'inspection du travail, qu'il indique lui-même avoir reçu le 13 novembre 2018. En outre, le recours hiérarchique formulé par l'intéressé le 9 août 2021 n'a pas eu pour effet d'interrompre le délai de recours à l'encontre de la décision de l'inspection du travail dès lors qu'il n'a, lui-même, pas été formulé dans un délai raisonnable d'un an. Si M. B mentionne la crise sanitaire liée au covid-19 à partir de mars 2020, une telle circonstance, largement postérieure à la date à laquelle il a eu connaissance de la décision litigieuse, ne saurait justifier que son recours ait été présenté plus de trois ans après la date à laquelle il a eu connaissance de la décision en litige. En application du principe rappelé au point précédent, la présente demande est, par suite, irrecevable.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée comme étant irrecevable. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société La Poste sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la société La Poste présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à la société La Poste et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Debourg, conseillère ;

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2115045