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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115111

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115111

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCHERGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées le 7 décembre 2021 et le 14 mars 2022, la société MAISON EPI D'OR, représentée par Me Chergui, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 54 750 euros et la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 6 372 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les salariés avaient présenté des pièces d'identité françaises lors de leur embauche, et en ce que l'un des salariés n'était pas en position de travail lors du contrôle.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 avril 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué,

- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 27 juillet 2021, les services de police ont constaté par procès-verbal que MM. A F, E D et Awled Mohamed B travaillaient au sein d'une boulangerie située à Bois-Colombes, exploitée par la société MAISON D'EPI D'OR, sans être en possession de titres de séjour les autorisant à travailler ou à séjourner en France. Après transmission des procès-verbaux au directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), celui-ci a invité par un courrier du 12 août 2021 la société requérante à présenter ses observations. Le 7 octobre 2021, l'OFII a informé la société qu'il avait été décidé de lui appliquer la contribution spéciale prévue à l'article L. 8353-1 du code du travail à hauteur de 54 750 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à hauteur de 6 372 euros. Par la présente requête, la société MAISON D'EPI D'OR demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions à caractère de sanction " ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ". L'article L. 211-2 du même code prévoit que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction. ".

3. La décision du 7 octobre 2021 vise les dispositions du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables et fait état des circonstances de fait qui la fondent. Elle mentionne le procès-verbal d'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail établi à l'encontre de la société le 27 juillet 2021 ainsi que le courrier du 12 août 2021 par lequel le directeur général de l'OFII indiquait à la société requérante que les faits qui lui étaient reprochés étaient susceptibles de donner lieu au paiement de la contribution spéciale et de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement et précisait les éléments de calcul de ces contributions. Elle comporte également au verso la reproduction des textes applicables et en annexe un document précisant les noms et prénoms des salariés concernés et la circonstance qu'ils étaient démunis de titre autorisant le travail et de titre autorisant le séjour. Les éléments de droit et de fait qui fondent cette décision étant mentionnés, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". L'article L. 8253-1 du même code dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. ".

5. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité. En outre, lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.

6. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Par ailleurs, pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.

7. La sanction en litige est fondée sur l'existence d'une situation de travail de MM. F, D et B, ressortissants tunisiens, tous trois dépourvus de titre les autorisant à exercer une activité salariée en France et à séjourner sur le territoire français. La matérialité des faits résulte des constatations mentionnées dans le procès-verbal établi le 27 juillet 2021 par les services de police, qui font foi jusqu'à preuve du contraire. La société requérante fait valoir qu'elle est de bonne foi, qu'elle avait procédé aux vérifications nécessaires et que les documents présentés à l'embauche par les salariés ne permettaient pas de soupçonner qu'ils étaient frauduleux, et qu'ainsi aucune autorisation de travail n'était requise. La société indique également que M. B ne travaillait pas dans la boulangerie le jour du contrôle.

8. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A F, qui est le frère du gérant de la société MAISON EPI D'OR, M. C F, a reconnu lors de son audition avoir été embauché sur la base de son passeport tunisien, et qu'au demeurant son frère ne pouvait ignorer sa situation administrative. M. D E a été embauché sur présentation d'une photocopie de carte d'identité française, et déclare être associé avec le gérant de la société, lequel connaissait donc également sa situation administrative. Enfin, M. B, qui a nécessité l'assistance d'un interprète en langue arabe lors de son audition par les services de police, déclare venir du même village que le gérant et avoir été embauché à l'été 2021 sans aucun document d'identité. La société MAISON EPI D'OR ne produit aucune pièce de nature à contredire ces constatations et ne fait état d'aucune précision susceptible de démontrer qu'elle aurait été victime d'une fraude. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le directeur de l'OFII doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société MAISON EPI D'OR tendant à l'annulation de la décision du 7 octobre 2021 ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La requête de la société MAISON EPI D'OR est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société MAISON EPI D'OR et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le rapporteur,

signé

S. BourraguéLa présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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