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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115165

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115165

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantBATTOUE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2021, la SAS New Commercial Industries FRA, représentée par Me Battoue, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le maire de la commune de Boulogne-Billancourt lui a ordonné, au nom de l'Etat, d'interrompre les travaux réalisés sur les bâtiments situés 251 bis - 253 boulevard Jean Jaurès ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, la commune de Boulogne-Billancourt, représentée par Me Seban, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SAS New Commercial Industries FRA en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Un mémoire a été produit pour la commune de Boulogne-Billancourt le 18 octobre 2023, qui n'a pas été communiqué.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Saïh, rapporteure ;

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public ;

- les observations de Me Dumontel, substituant Me Battoue, pour la SAS New Commercial Industries ;

- les observations de Me Gautier, substituant Me Seban, pour la commune de Boulogne-Billancourt.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS New Commercial Industries FRA exploite des locaux au sein de deux immeubles situés au 251 bis - 253 boulevard Jean Jaurès à Boulogne-Billancourt. Le 9 juin 2021, ladite société a fait l'objet d'un procès-verbal de constat d'infraction pour réalisation sans permis de construire de travaux dans un local situé 251 bis - 253 boulevard Jean Jaurès à Boulogne-Billancourt, portant sur la modification de la façade rue et la transformation du local à usage commercial en local à usage d'artisanat ou d'industrie, par l'aménagement d'une vingtaine de laboratoires de cuisine professionnelle en violation de l'article R. 421-14, c) du code de l'urbanisme. A la suite de ce dernier procès-verbal, le maire de la commune de Boulogne-Billancourt, agissant en qualité d'autorité administrative de l'Etat, a, par un arrêté en date du 16 juillet 2021, mis en demeure la SAS New Commercial Industries FRA de cesser les travaux en cours. Par un courrier reçu le 4 août 2021, la société requérante a formé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté interruptif de travaux, lequel a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Par la présente requête, la SAS New Commercial Industries FRA demande l'annulation de l'arrêté du 16 juillet 2021 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " Les infractions aux dispositions des titres Ier, II, III, IV et VI du présent livre sont constatées par tous officiers ou agents de police judiciaire ainsi que par tous les fonctionnaires et agents de l'Etat et des collectivités publiques commissionnés à cet effet par le maire ou le ministre chargé de l'urbanisme suivant l'autorité dont ils relèvent et assermentés. Les procès-verbaux dressés par ces agents font foi jusqu'à preuve du contraire. /Les infractions mentionnées à l'article L. 480-4 peuvent être constatées par les agents commissionnés à cet effet par l'autorité administrative compétente et assermentés lorsqu'elles affectent des immeubles soumis aux dispositions législatives du code du patrimoine relatives aux monuments historiques, aux abords des monuments historiques ou aux sites patrimoniaux remarquables ou aux dispositions législatives du code de l'environnement relatives aux sites et qu'elles consistent soit dans le défaut de permis de construire, soit dans la non-conformité de la construction ou des travaux au permis de construire accordé. Il en est de même des infractions aux prescriptions établies en application des articles L. 522-1 à L. 522-4 du code du patrimoine. /Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal. /Copie du procès-verbal constatant une infraction est transmise sans délai au ministère public. (). ". Aux termes de l'article L. 480-2 du même code : " () Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ; copie de l'arrêté du maire est transmise sans délai au ministère public. Dans tous les cas où il n'y serait pas pourvu par le maire et après une mise en demeure adressée à celui-ci et restée sans résultat à l'expiration d'un délai de vingt-quatre heures, le représentant de l'Etat dans le département prescrira ces mesures et l'interruption des travaux par un arrêté dont copie sera transmise sans délai au ministère public. () ". Aux termes de l'article R. 421-14 du même code : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : () c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; () ".

3. Il ressort des dispositions de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme, que, dans le cas de construction sans permis de construire, de démolir ou déclaration préalable de travaux et lorsque l'infraction a été constatée par un procès-verbal dressé dans les conditions prévues à l'article L. 480-1, le maire est tenu de prescrire l'interruption des travaux. L'autorité administrative ne peut toutefois ordonner l'interruption de travaux achevés.

4. La SAS New Commercial Industries FRA soutient qu'à la date de l'arrêté attaqué, les travaux litigieux étaient achevés et que le maire de Boulogne-Billancourt ne pouvait, dès lors, pas prendre d'arrêté interruptif de travaux sur le fondement de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme.

5. En l'espèce, si le procès-verbal d'infraction dressé le 9 juin 2021 mentionne la réalisation de travaux sans permis de construire portant sur la modification de la façade des bâtiments situés 251 bis - 253 boulevard Jean Jaurès à Boulogne-Billancourt, s'accompagnant d'un changement de destination, il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'huissier du 7 juillet 2021, que ces travaux étaient achevés le 7 juillet 2021, ce qui faisait obstacle à ce que le maire prenne un arrêté interruptif de travaux. A cet égard, la circonstance que l'agent assermenté de la commune de Boulogne-Billancourt ait constaté, le 8 juillet 2021, la présence d'ouvriers effectuant des travaux dans la cour privative de l'immeuble situé au 253 boulevard Jean Jaurès, n'est pas de nature à remettre en cause les conclusions de ce constat, ces travaux n'étant pas visés par l'arrêté litigieux.

6. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté interruptif de travaux du 16 juillet 2021 doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, la décision implicite de rejet du recours gracieux reçu le 4 août 2021. Par application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le second moyen soulevé par la société requérante n'est pas susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation des décisions attaquées.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par l'ensemble des parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 juillet 2021 par lequel le maire de Boulogne-Billancourt a mis en demeure la SAS New Commercial Industries FRA d'interrompre ses travaux, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux, sont annulés.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Boulogne-Billancourt sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SAS New Commercial Industries FRA SAS, à la commune de Boulogne-Billancourt et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 3 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Amazouz, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

Z. Saïh

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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