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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115171

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115171

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115171
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème Chambre
Avocat requérantTAVARES DE PINHO

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 décembre 2021 et 26 mars 2022, M. C B, représenté par Me Tavares De Pinho, demande au tribunal : 1°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2020 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un certificat de résidence pour raison de santé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ; 2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous la même astreinte, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ; 3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. M. B soutient que : S'agissant du refus de séjour : - la décision est insuffisamment motivée ; - le préfet a cru à tort qu'il ne pouvait faire usage de son pouvoir d'admission au séjour discrétionnaire ; - la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les dispositions de la circulaire NOR/INT/D/05/00094/C du 27 octobre 2005 relative au droit au séjour des étrangers relevant des régimes spéciaux ; - elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles 4 et 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; elle méconnaît les dispositions des articles R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ; - elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7 du même accord ; - elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français : - elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ; - le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ; - elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire : - elle est illégale du fait des décision de refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ; - elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; S'agissant de la décision fixant le pays de destination : - elle est illégale du fait des décision de refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il soutient que : - le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant ; - aucun des autres moyens de la requête n'est fondé. Par une ordonnance du 1er mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 avril 2022. Par une décision du 27 septembre 2021, M. B s'est vu attribuer le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ; - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative. La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le rapport de M. Probert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique. Considérant ce qui suit : 1. M. C B, ressortissant algérien né le 19 octobre 1986, est entré en France le 30 juillet 2017, selon ses déclarations. Il a sollicité son admission au séjour en qualité de malade. Par un arrêté du 31 juillet 2020, dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le certificat de résidence sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Sur la légalité du refus de séjour : 2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Il indique que l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins en Algérie, il peut y bénéficier d'un traitement approprié. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé. 3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". 4. Il ne résulte d'aucune disposition, ni d'aucun principe, que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration devrait comporter la mention du nom du médecin qui a établi le rapport médical, prévu par l'article R. 313-22, cité ci-dessus, qui est transmis au collège de médecins. En revanche, ces dispositions prévoient que le médecin rapporteur ne siège pas au sein de ce collège. En cas de contestation devant le juge administratif portant sur ce point, il appartient à l'autorité administrative d'apporter les éléments qui permettent l'identification du médecin qui a rédigé le rapport et, par suite, le contrôle de la régularité de la composition du collège de médecins. 5. D'une part, l'identité du médecin rapporteur figure sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration produit par le préfet des Hauts-de-Seine. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce médecin aurait pris part aux délibérations du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. D'autre part, il n'est pas établi que l'avis rendu par le collège serait intervenu plus de trois mois à compter de la transmission du certificat médical par le médecin instructeur. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est entaché d'irrégularité. 6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'avait pas à examiner d'office si la situation de l'intéressé justifiait de l'admettre au séjour à titre dérogatoire, aurait cru à tort qu'il ne disposait pas de cette faculté. Le moyen doit donc être écarté. 7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé: " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ". 8. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un accès effectif à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dont il peut effectivement bénéficier dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile. 9. Pour refuser à M. B la délivrance du titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, le préfet des Hauts-de-Seine, au vu notamment de l'avis du 4 juin 2020 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais que les soins et les traitements nécessaires étaient disponibles en Algérie. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'un emphysème, qui a nécessité une intervention chirurgicale en France et pour laquelle l'intéressé fait l'objet d'un traitement médicamenteux ainsi que d'un suivi régulier. Pour établir que le traitement n'est pas effectivement disponible en Algérie, l'intéressé produit des attestations d'un médecin du centre de maladies infectieuses du centre d'accueil et de soins hospitaliers de Nanterre. Toutefois, de telles attestations, insuffisamment circonstanciées, ne permettent pas d'établir l'inexistence de soins appropriés en Algérie. Si le requérant fait, en outre, valoir que compte tenu de sa situation personnelle, il ne pourra bénéficier du régime algérien de sécurité sociale, et que la maladie dont il souffre ne fait pas partie de la liste des maladies intégralement prises en charge en Algérie, ce dernier n'établit pas, ni même n'allègue, que ses revenus ou son patrimoine ne lui permettraient pas de bénéficier des soins et traitement requis par sa pathologie dans son pays d'origine. Enfin, les éléments produits par l'intéressé relatifs aux insuffisances du système de santé algérien sont insuffisamment circonstanciés. Par suite, il n'est pas établi, en l'état des pièces du dossier, que M. B ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, doit donc être écarté. 10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 432-14 : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 312-2 du même code, devenu l'article L. 432-13 : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ". Ces dispositions de procédure s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié par l'avenant du 11 juillet 2001 et régissant, comme celles, de portée équivalente, du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " aux étrangers malades. 11. Le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. Il résulte du point 5 que M. B n'avait pas droit au certificat de résidence sollicité. Par suite, le moyen doit être écarté. 12. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du l'article 6-5 de l'accord franco-algérien susvisé, qui est inopérant, doit donc être écarté. 13. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". 14. Si M. B se prévaut de sa vie commune avec une ressortissante française, ce dernier ne justifie pas d'une vie commune trop récente à la date de l'arrêté en litige, et ne peut utilement se prévaloir de son mariage avec celle-ci, lequel est intervenu postérieurement à la date d'édiction de la décision attaquée. De plus, l'intéressé n'établit, ni même n'allègue être dépourvu de toutes attaches privées et familiales en Algérie, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Compte tenu de ces éléments, la décision en litige ne porte pas à la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte excessive au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen doit être écarté. 15. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté. 16. Il résulte des points 2 à 15 que les conclusions dirigées contre la décision de refus de séjour doivent être rejetées. Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français : 17. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté. 18. En deuxième lieu, il ne ressort pas de la décision en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru à tort tenu d'édicter la décision contestée. 19. En troisième lieu, pour les motifs indiqués au point 14, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. 20. En dernier lieu, pour les motifs indiqués au point 15, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. 21. Il résulte des points 17 à 20 que les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Sur la décision fixant le délai de départ volontaire : 22. Il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de l'illégalité de la décision du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement doit être écarté. Sur la décision fixant le pays de renvoi : 23. Il résulte du point 21 que le moyen tiré de l'illégalité de la décision du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement doit être écarté. 24. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. D É C I D E :Article 1er : La requête de M. B est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet des Hauts-de-Seine. Délibéré après l'audience du 1er juillet 2022, à laquelle siégeaient :Mme Mégret, présidente,M. Probert, premier conseiller,M. Weiswald, premier conseiller.Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.Le rapporteur,signéL. Probert La présidente,signéS. MégretLa greffière,signéM. A La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.- 2 -No 2115171

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