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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115281

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115281

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " en date du 24 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 27 août 2020 à 15 heures 31 et 15 heures 30, 2 avril 2019, 11 février 2019, 17 novembre 2017, 20 septembre 2017, 5 septembre 2017 et 23 novembre 2015 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points sur son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R.223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 février 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- les points retirés à la suite des infractions constatées les 2 avril 2019, 11 février 2019 et 17 novembre 2017 ont été restitués ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un courrier du 1er février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tenant à l'annulation des décisions de retrait de points suite aux infractions commises les 17 novembre 2017, 11 février 2019 et 2 avril 2019 dès lors que les points en litige ont été restitués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Drevon-Coblence a été entendu au cours de l'audience publique .

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur a, par décision " 48 SI " du 24 juillet 2021, prononcé l'invalidation de ce permis et ordonné à M. B de restituer son titre de conduite. M. B demande l'annulation des retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 27 août 2020 à 15 heures 31 et 15 heures 30, 2 avril 2019, 11 février 2019, 17 novembre 2017, 20 septembre 2017, 5 septembre 2017 et 23 novembre 2015 et de la décision du 24 juillet 2021 susmentionnée.

Sur la recevabilité :

2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que les points retirés à la suite des infractions constatées les 17 novembre 2017, 11 février 2019 et 2 avril 2019 ont été restitués en application de l'article L 223-6 du code de la route. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives à ces infractions sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions successives de retrait de points :

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

4. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public.

Quant aux infractions commises le 27 août 2020 à 15 heures 30 (3 points) et à 15 heures 31 (3 points) :

5. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

6. Le ministre de l'intérieur produit les procès-verbaux électroniques établis le 27 août 2020 à l'occasion des deux infractions en litige, portant la mention " refus de signer " par le conducteur, qui revêt la même force probante que la signature de ce dernier. Il suit de là que la preuve de la délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est rapportée par le ministre s'agissant de ces deux infractions.

Quant à l'infraction commise le 23 novembre 2015 (3 points) :

7. L'omission de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal, qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance, et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester.

8. Il résulte de l'instruction que, s'agissant de l'infraction constatée le 23 novembre 2015, M. B a fait l'objet d'une ordonnance pénale prononcée le 14 juin 2016 par la juridiction de proximité de Paris, portant sur le retrait de trois points du capital de son permis de conduire, en raison de l'arrêt ou du stationnement d'un véhicule à moteur de nuit sans éclairage ni signalisation sur une chaussée dépourvue d'éclairage public. M. B n'établit ni même n'allègue avoir contesté cette ordonnance, qui est donc devenue définitive. Dans ces conditions, le ministre doit être regardé comme apportant la preuve de ce que les informations requises ont été délivrées au contrevenant.

Quant à l'infraction commise le 5 septembre 2017 (3 points) :

9. Il résulte des pièces produites et notamment des mentions du relevé d'information intégral que l'infraction commise le 5 septembre 2017 a été constatée par l'intermédiaire d'un procès-verbal électronique n° 6016919931, également produit par le ministre en défense. Sur cette base, l'agent verbalisateur a constaté les infractions sur un outil dédié, avant de télétransmettre les données y afférentes au centre national de traitement du contrôle sanction automatisé (CNT-CSA). Il résulte de l'instruction, et notamment du bordereau de transmission qui porte le même numéro que le procès-verbal électronique, que le CNT-CSA a envoyé automatiquement au domicile de M. B un avis de contravention, lequel n'a pas été retourné avec la mention " n'habite pas à l'adresse indiquée " et est réputé comporter l'ensemble des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, alors que M. B n'établit ni même n'allègue que l'avis de contravention qu'il a reçu serait incomplet ou inexact, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme ayant dispensé l'information préalable requise par les dispositions susmentionnées. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant retrait de trois points consécutive à l'infraction du 5 septembre 2017 a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

Quant à l'infraction commise le 20 septembre 2017 (4 points) :

10. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que cette infraction a été relevée par radar automatique. Il résulte également des mentions de ce relevé que cette infraction a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que M. B a payé l'avis d'amende forfaitaire majorée relatif à cette infraction. Dans ces conditions, le ministre n'établit pas la preuve qui lui incombe que le contrevenant aurait reçu l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. M. B est, dès lors, fondé à soutenir que les retraits de points afférents à cette infraction doivent être annulés.

S'agissant du moyen tiré de ce que la réalité de l'infraction ne serait pas établie :

11. Il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

12. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que les infractions constatées les 27 août 2020 à 15 heures 31 et 15 heures 30, 2 avril 2019, 11 février 2019, 17 novembre 2017, 20 septembre 2017, 5 septembre 2017 et 23 novembre 2015, cette dernière infraction ayant également été constatée par une ordonnance pénale devenue définitive, ont donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée. La réalité des infractions est ainsi établie, en application des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route.

En ce concerne la légalité de la décision " 48 SI " en date du 24 juillet 2021 en tant qu'elle constate la perte de validité du permis de conduire :

13. La décision du ministre constatant l'invalidation du permis de conduire de M. B récapitule les décisions de retrait de points annulées par le présent jugement. Or, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Dès lors que, par le présent jugement, il est procédé à l'annulation de la seule décision de retrait de quatre points afférente à l'infraction commise le 20 septembre 2017, compte tenu des autres décisions de retrait de points confirmées, le solde de points rattaché au permis de conduire de M. B est resté nul. Ainsi l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision du 24 juillet 2021 doit aussi être annulée.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points afférente à l'infraction commise le 20 septembre 2017.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. L'annulation de la décision de retrait de points mentionnée au point 10 n'a pas eu pour effet de rétablir un solde positif sur le capital de points du permis de conduire de l'intéressé. Dès lors, il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'administration de reconnaître à M. B le bénéfice des quatre points irrégulièrement retirés.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décisions référencée " 48 " par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré quatre points du permis de conduire de M. B à la suite de l'infraction commise le 20 septembre 2017 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

La vice-présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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