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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115472

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115472

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantEMESSIENE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2021 et 24 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Emessiene, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 5 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avec effet rétroactif à la date de leur suspension ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant bangladais né le 2 mai 1993, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 6 novembre 2019 par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Par une décision du 23 juin 2020, la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter en préfecture les 23 décembre et 30 décembre 2019. A la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale le 2 juin 2021, l'intéressé a sollicité le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 13 septembre 2021. A l'appui de sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 5 octobre 2021 par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII a rejeté sa demande.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, d'une part, la décision attaquée, qui vise l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision du Conseil d'Etat n° 428530 du 31 juillet 2019, mentionne que les motifs invoqués par M. C ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il a consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Elle énonce également qu'après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale effectuée le 17 septembre 2021, sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil est rejetée. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. D'autre part, la circonstance que la décision attaquée comporterait une mention insuffisamment précise des voies et délais de recours est sans incidence au regard des exigences de motivation et n'affecte pas sa régularité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. C, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité. En particulier, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été reçu en entretien par un agent de l'OFII le 6 novembre 2019, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, et le 17 septembre 2021, après sa demande tendant au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant dès lors que la décision attaquée portant refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil n'a pas été prise sur le fondement de ces dispositions.

6. En quatrième lieu, en vertu de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile il est possible à l'OFII, après examen de la situation personnelle du demandeur, par une décision motivée et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. En outre, si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'OFII qui doit apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

7. En l'espèce, la circonstance que la demande d'asile de M. C a été enregistrée en procédure normale le 2 juin 2021 n'imposait pas à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En outre, le requérant, qui était âgé de vingt-huit ans à la date de la décision attaquée, ne produit aucun élément de nature à attester d'une vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil, l'intéressé ayant déclaré être hébergé par un ami lors de son entretien avec un agent de l'OFII le 17 septembre 2021. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'il n'a pas pu se présenter aux rendez-vous prévus en préfecture les 23 décembre et 30 décembre 2019 en raison d'une grève des transports publics, un tel motif ne constitue pas le fondement de la décision attaquée mais celui de la décision du 23 juin 2020 lui suspendant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En tout état de cause, le requérant, qui était alors domicilié dans la commune de Nanterre, n'établit qu'il était dans l'impossibilité de se présenter à ces rendez-vous prévus à la préfecture de Nanterre pour le motif invoqué. Enfin, le requérant ne fournit aucune précision sur sa situation et ses conditions de vie entre la date de suspension de ses conditions matérielles d'accueil et celle de l'enregistrement de sa demande d'asile en " procédure normale " et sur les raisons pour lesquelles il ne s'est pas manifesté auprès des autorités pendant cette période de plus d'une année, au cours de laquelle il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 8 avril 2020 et 2 juin 2021. Par suite, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de rétablir ses conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'OFII aurait en tout état de cause méconnu les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. B et M. D, premiers conseillers, assistés de Mme Khalfaoui, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

S. BLe président,

signé

R. FÉRALLa greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

Le Greffier

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