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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115558

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115558

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115558
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 décembre 2021 et le 6 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Traoré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil.

Il soutient que :

- la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le paragraphe 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 février 2006 et l'avenant à cet accord du 25 février 2008 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal signé à Dakar le 23 septembre 2006 et l'avenant à cet accord signé à Dakar le 25 février 2008 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Feral, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 17 décembre 1983 est entré en France le 14 mai 2019 sous visa court séjour. Le 13 avril 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article 4 paragraphe 42 de l'accord franco-sénégalais susvisé. Par un arrêté du 5 novembre 2021, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre demandé et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. "

3. D'une part, le préfet du Val-d'Oise vise les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais susvisé sur le fondement desquelles a été prise la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour opposée à M. A et fait référence aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne également l'état-civil du requérant ainsi que les raisons du refus du titre de séjour qui lui ont été opposées, à savoir notamment que la demande présentée par l'intéressé et tendant à l'exercice du métier de métallier-serrurier ne fait pas partie de la liste des métiers annexés à l'accord précité, qu'il ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre la régularisation de sa situation au titre de sa qualité de salarié, qu'il ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale suffisamment ancienne, stable et intense sur le territoire français et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il mentionne en outre qu'il n'est pas démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident notamment sa fille mineure, sa mère, une partie de sa fratrie et où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour, qui n'a pas à reprendre l'ensemble des éléments propres à la situation de M. A énonce les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui permettent notamment à l'intéressé de connaître et de comprendre la base légale et les motifs du refus qui lui a été opposé. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit être écarté.

4. D'autre part, l'arrêté contesté vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel a été prise la décision obligeant M. A à quitter le territoire français. Cette décision n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte dès lors qu'il ressort de ce qui est énoncé au point précédent que la décision portant refus de titre de séjour est elle-même motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a obligé le requérant à quitter le territoire français doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

6. M. A soutient qu'il justifie en France d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable et qu'il est intégré sur le plan professionnel. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa présence en France, de deux ans et six mois, est récente à la date de la décision attaquée et l'intéressé ne justifie d'aucune insertion sociale en France autre que l'insertion professionnelle dont il se prévaut. En outre, M. A ne justifie pas de la réalité, de l'ancienneté et de la stabilité de la relation qu'il entretiendrait avec Mme B en se bornant à produire trois attestations d'hébergement établies par cette dernière. S'il fait également valoir qu'un de ses cousins réside régulièrement en France, il ne justifie pas de la réalité et de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ce dernier. Par ailleurs, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a toujours résidé avant son arrivée en France. Enfin, les éléments produits par M. A concernant son emploi, à savoir un contrat de travail à durée déterminée de six mois en tant que métallier serrurier, daté du 6 juillet 2021, ainsi que les bulletins de salaire associés, ne sont pas de nature à établir une intégration professionnelle ancienne et stable. Dans ces conditions, la décision de refus de lui délivrer un titre de séjour n'a pas porté au droit de ce dernier au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et, par suite, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008 : " () Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention " salarié " s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention " vie privée et familiale " s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels. () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à ''article L. 412-1 () ".

9. Les stipulations du paragraphe 42 précité renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code. Toutefois, pour l'examen des demandes déposées par des ressortissants sénégalais en qualité de salarié, l'autorité administrative doit également prendre en compte la liste des métiers figurant en annexe IV de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006.

10. M. A produit une autorisation de travail ainsi qu'un contrat à durée déterminée de six mois en qualité de métallier-serrurier au sein de la SARL " Acser Concept ", qui se présente comme une société de bâtiments et de travaux publics. Toutefois, à supposer même que, comme le soutient le requérant, le métier auquel il postule soit assimilable aux métiers de monteur structure métalliques, de technicien de fabrication de la construction mécanique et du travail des métaux ou de soudeur, métiers figurant sur la liste portée à l'annexe IV de l'accord franco-sénégalais, il ne ressort pas des éléments de la situation de M. A exposés au point 6 du présent jugement que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. A n'est pas illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'encontre de celles l'obligeant à quitter le territoire français.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 novembre 2021 par laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 1er juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, Mme Lorin, première conseillère et M. Amazouz, premier conseiller,

assistés de Mme Khalfaoui , greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le président,

R. FéralL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. Lorin

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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