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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115740

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115740

vendredi 7 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantTALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 décembre 2021, 6 janvier, 11 février et 23 juillet 2022, Mme E C, représentée par Me Tall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 1er septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre suivant.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Probert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante haïtienne née le 5 février 1963, est entrée en France le 11 février 2015. Elle a sollicité le 21 juillet 2021 son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 13 décembre 2021, dont Mme C demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté préfectoral du 21 octobre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, pour signer notamment les décisions relatives à la délivrance des titres de séjour, les décisions d'obligation de quitter le territoire assorties ou non d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, directeur des migrations et de l'intégration. Il n'est pas établi que ce dernier n'aurait pas été absent ou empêchée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait état de la situation privée et familiale de l'intéressée et indique qu'elle ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 423-23 de ce même code. Il mentionne également que la requérante ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre sa régularisation au titre de la vie privée et familiale et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l'intéressée. L'arrêté en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé.

4. En dernier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Mme C fait valoir qu'elle vit, depuis son entrée en France en 2015, chez un de ses fils de nationalité française aux côtés de ses trois petits-enfants, de même nationalité, qu'une de ses sœurs réside également en France et que ses parents sont décédés. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les trois autres fils de l'intéressée ne séjournent pas en France. Si l'intéressée allègue que ces derniers résident hors de son pays d'origine, il ressort du même dossier que les deux documents de séjour chiliens périmés aux noms de deux de ces enfants ne permettent pas d'établir que ces derniers résidaient toujours hors d'Haïti à la date de l'arrêté en litige et alors que l'intéressée ne produit aucun élément quant au lieu de résidence de son dernier enfant. Il n'est dès lors pas établi que Mme C, qui a vécu jusqu'à l'âge de quarante-deux ans en Haïti, y serait dépourvue de toute attache privée et familiale. De plus, la requérante ne soutient pas être à la charge de son enfant résidant en France. Dans ces conditions, les liens de l'intéressée en France ne sont pas tels que le refus de séjour porterait au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En troisième lieu, pour les motifs indiqués au point 6, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que l'autorité préfectorale a estimé que la requérante ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre la régularisation de sa situation au titre de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision sur la situation de l'intéressée doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de l'illégalité de la décision d'éloignement du fait de l'illégalité du refus de séjour doit être écarté.

12. En deuxième lieu, pour les motifs indiqués au point 6, la décision d'éloignement ne porte pas une atteinte excessive au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En troisième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions contestées sur la situation de l'intéressée doit être écarté.

14. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont inopérants, doivent être écartés.

15. Il résulte des points 2 à 4 et 11 à 14 que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de l'illégalité de la décision du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement doit être écarté.

17. En deuxième lieu, pour les motifs indiqués au point 6 et 7, la décision d'éloignement ne porte pas une atteinte excessive au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En troisième lieu, Mme C, dont le préfet indique sans être contesté que sa demande d'asile a été rejetée, n'a produit aucun élément de nature à établir que sa vie serait menacée dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

19. En dernier lieu, il résulte des points 17 et 18 que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions contestées sur la situation de l'intéressée doit être écarté.

20. Pour les motifs indiqués aux points 2 à 4 et 16 à 19, les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

21. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président,

M. Probert, premier conseiller,

Mme L'Hermine, conseillère,

Assistés de Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

L. Probert Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2115740

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