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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115818

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115818

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantVERMOREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt 21VE02583 du 16 décembre 2021, la Cour administrative d'appel de Versailles a annulé l'ordonnance n° 2011994 du 6 septembre 2021 par laquelle le président de la 1ère chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a constaté le désistement par Mme B de sa requête n° 2011994 et a renvoyé l'affaire devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par la requête initialement enregistrée sous le n°2011994, le 22 novembre 2020 et désormais enregistrée sous le n° 2115818, complétée par un mémoire, enregistré le 2 décembre 2020, Mme B, représentée par Me Vermorel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 23 septembre 2020 par laquelle le président de l'université Paris-Ouest Nanterre la Défense a refusé de lui accorder la mention " dispensée " pour deux matières du second semestre (droit pénal spécial et droit de la protection sociale) ;

2°) subsidiairement, de lui donner la possibilité de passer ces examens dans les mêmes conditions que les autres étudiants (au " rattrapage ") ;

3°) d'enjoindre à l'université Paris Nanterre de régulariser sa situation et rouvrir ses droits ;

4°) de mettre à la charge de l'université Paris Nanterre la somme de 2340 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'incompétence ; son auteur n'est pas connu ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise au terme d'une procédure discriminatoire au vu de la situation comparable de l'ensemble des étudiants de sa promotion et de l'université ;

- elle aurait dû avoir la mention ABI (absence injustifiée) et non ABJ (absence justifiée) qui équivaut à un 0/20 aux deux matières en cause, l'université ne pouvant ignorer son absence aux travaux dirigés et méconnaissant ainsi ses propre règles ; la décision litigieuse est dépourvue de base légale ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle la prive de manière discriminatoire du bénéfice de garder une moyenne lui permettant de candidater à un master 2 ;

- elle devait obtenir la mention " dispensée " dans les deux matières en cause ;

- la décision litigieuse est entachée d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023 l'université Paris Nanterre représentée par Me Riquier conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de Mme B la somme de 1000 euros au titre des frais non compris dans les dépens ;

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir de Mme B ;

- subsidiairement, les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions subsidiaires de la requête tendant à ce qu'il soit donné " la possibilité de passer ces examens dans les mêmes conditions que les autres étudiants (au "rattrapage") "

Par ordonnance du 16 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 avril 2023.

Un mémoire présenté pour Mme B par Me Vermorel a été enregistré le 24 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Etudiante en troisième année de double licence de droit français et droit italien, au cours de l'année 2019-2020, Mme B expose qu'au second semestre elle a été absente à plusieurs séances de travaux dirigés en droit de la protection sociale et en droit pénal spécial. En dépit des notes de 0/20 qui lui ont été attribuées dans ces deux matières, Mme B a été déclarée admise à ce second semestre. Sa demande d'être autorisée à en passer les épreuves de rattrapage, ayant été implicitement rejetée, Mme B a mis en demeure le 23 juillet 2020 l'université Paris Nanterre de la considérer comme dispensée de ces deux matières. Le silence gardé par l'université Paris Nanterre sur cette demande a fait naitre une décision implicite de rejet dont Mme B demande l'annulation.

Sur la recevabilité des conclusions subsidiaires :

2. Mme B demande à titre subsidiaire que soit enjoint à l'université Paris Nanterre de lui donner la possibilité de passer ces examens dans les mêmes conditions que les autres étudiants (au " rattrapage "). Il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir d'adresser des injonctions à titre principal à une administration en dehors de toute annulation. Ces conclusions de Mme B sont par suite irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sans qu'il soit nécessaire d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par l'université Paris Nanterre :

3. En premier lieu, la décision implicite de rejet litigieuse doit être regardée comme ayant été prise par le président de l'université Paris Nanterre qui était compétent pour rejeter la demande de Mme B.

4. En deuxième lieu aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. ". Mme B ne soutient pas avoir demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet dont elle demande l'annulation. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette dernière doit dès lors être écarté.

5. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que la décision litigieuse a été prise au terme d'une procédure discriminatoire, au vu de la situation comparable de l'ensemble des étudiants de sa promotion et de l'université sans indiquer ni à quel stade de la procédure d'élaboration de la décision litigieuse, ni en vertu de quelle règle de procédure, elle a fait l'objet d'un traitement discriminatoire, Mme B n'assortit pas son moyen des précisions nécessaires à l'appréciation de son bien-fondé. Il ne peut dès lors qu'être écarté.

6. En quatrième lieu à supposer même que Mme B pût prétendre à la mention ABI dans les deux matières litigieuses, elle ne précise pas en vertu de quel texte ou de quel principe l'obtention de cette mention lui aurait donné droit à la dispense que l'administration lui a refusée par la décision litigieuse. Mme B n'assortit pas, ainsi, le moyen tiré de l'erreur de droit entachant la décision de l'université Paris Nanterre de ne pas lui attribuer la mention ABI, des précisions nécessaires à l'appréciation de son bien-fondé. Il ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, pour les mêmes raisons, les moyens tirés de ce que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et la prive de manière discriminatoire du bénéfice d'une moyenne lui permettant de candidater à un master doivent être écartés.

8. En dernier lieu, la seule circonstance que l'université Paris Nanterre a refusé de faire droit à sa demande, n'est pas de nature à établir qu'elle a ainsi poursuivi un but contraire à l'intérêt général, ni, par suite, que la décision litigieuse est entachée d'un détournement de pouvoir.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les conclusions à fin d'annulation de Mme B devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.

10. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par l'université Paris Nanterre en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais non compris dans les dépens qu'elle a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 :Les conclusions de l'université Paris Nanterre relatives aux frais non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à Mme B et à l'université Paris Nanterre.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude, premier conseiller,

M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le président,

signé

P. Thierry L'assesseur le plus ancien,

signé

F.-E. Baude

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 21158182

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