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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2115893

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2115893

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2115893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021, Mme A, représentée par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 23 novembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise :

- à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

- à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans le même délai ;

- de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale, dès lors que la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour est illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise, née le 1er janvier 1990, est entrée en France le 2 octobre 2018 sous couvert d'un visa long séjour étudiant. Elle a bénéficié d'un titre de séjour étudiant renouvelé jusqu'au 7 juin 2021. Le préfet du Val-d'Oise a, par l'arrêté attaqué du 23 novembre 2021, rejeté sa demande de changement de statut tendant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée régulièrement sur le territoire français en 2018 pour y suivre des études, qu'elle vit en concubinage avec un compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2028 et que le couple, dont le mariage coutumier a été célébré le 27 février 2020, a deux enfants nés prématurés le 30 novembre 2020 à Eaubonne. Il ressort également des pièces du dossier que le concubin de la requérante a été victime au travail d'un accident vasculaire cérébral le 29 mars 2021, justifiant son hospitalisation du 21 septembre 2021 au 12 octobre 2021 et rendant nécessaire la présence de Mme A à ses côtés. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, en dépit du caractère récent de son séjour en France et de la vie commune avec le père de ses enfants, l'arrêté contesté a porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive et, ainsi, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Au vu des circonstances mentionnées au point 3, et dès lors notamment que son concubin a vocation à demeurer en France, Mme A est fondée à soutenir que la décision litigieuse a pour effet de séparer ses enfants de l'un des deux parents pour une durée indéterminée et qu'elle porte ainsi atteinte à leur intérêt supérieur en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant. Elle est par suite fondée à en demander l'annulation également pour ce motif.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 23 novembre 2021 doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, que le préfet du Val-d'Oise délivre à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de fixer au préfet du Val-d'Oise, un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à la délivrance de ce titre.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1200 (mille deux cents) euros à verser à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 23 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme A une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. C et M. B, premiers conseillers,

Assistés de M. Lux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

T. C

Le président,

signé

P. ThierryLe greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2115893

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