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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116034

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116034

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116034
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

F une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés le 23 décembre 2021, le 2 septembre 2022, le 15 février 2023 et le 9 mars 2023, M. E B, représenté F Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2021 F lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination ou il pourra être reconduit d'office, lui a fixé un délai de trente jours pour quitter le territoire et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros F jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'annuler l'obligation de quitter le territoire français et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros F jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

s'agissant de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour :

- la décision est entachée de vices de procédure ;

- la décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire dès lors que les éléments sur lesquels s'est fondé l'OFII pour rendre son avis du 1er octobre 2021 ne lui ont pas été communiqués ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il risque bien de subir des conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de défaut de soin et qu'il n'existe pas de prise en charge appropriée au Sénégal ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle.

s'agissant de la décision d'éloignement :

- la décision est illégale F voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales .

s'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire:

- la décision est illégale F voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- la décision est entachée d'une erreur de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, eu égard à ses conséquences sur sa situation personnelle.

s'agissant de la décision d'interdiction de retour :

- la décision est illégale F voie de conséquence de l'illégalité des décisions de refus de séjour et d'éloignement ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

F un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

F une ordonnance du 24 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 avril 2022.

Vu :

- la décision F laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Bourragué, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 26 septembre 1979, est entré en France le 3 décembre 2017. Le 29 juin 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. F un arrêté du 16 novembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit d'y retourner pour une durée d'un an et a fixé le pays d'éloignement. M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit F le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit F la juridiction compétente ou son président ".

3. F la présente requête, M. B sollicite le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu de faire droit à cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement d'un titre de séjour :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise F l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies F décret en Conseil d'Etat. (). ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis F un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées F arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi F un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Enfin l'article R. 425-13 du même code dispose que : " Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée F décision du directeur général de l'office. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ".

5. L'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice F les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de leurs missions prévoit que : " L'avis du collège de médecin de l'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré F un médecin de l'office () ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées () en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de l'affection en cause. L'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié (). " Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège des médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé F chacun des trois médecins membres du collège. ".

6. En premier lieu, et d'une part, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose à l'autorité préfectorale de joindre à une décision de refus de titre de séjour sollicité en qualité d'étranger malade l'avis émis F le collège de médecins. D'autre part, il ressort des termes de l'avis du collège des médecins de l'OFII produit en défense qu'il comporte les mentions prévues F l'arrêté du 27 décembre 2016 visé ci-dessus. Il ressort des mentions portées sur cet avis du collège des médecins qu'il a été précédé d'un rapport établi F un médecin rapporteur, Mme A, que cette dernière ne fait pas partie des trois praticiens qui ont rendu l'avis. La mention portée sur l'avis du 1er octobre 2021 selon laquelle le collège de médecins de l'OFII a émis cet avis " après en avoir délibéré " faisant foi jusqu'à preuve du contraire, il n'y a pas lieu pour le préfet, contrairement à ce que soutient le requérant, de produire les " extraits " de l'application informatique " Themis " retraçant les différentes démarches effectuées F les agents de l'OFII dans l'instruction des dossiers de demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Enfin, si le requérant conteste également, sans précision, la régularité de la désignation des médecins formant ce collège, il ressort de la décision du directeur général de l'OFII INTV2108145 du 1er mai 2021 régulièrement mise en ligne et accessible sur le site de l'OFII, que les docteurs L., O. et D.R., composant le collège des médecins, ont été régulièrement désignés pour siéger en son sein, et que le requérant n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la procédure de désignation des médecins du collège médical. F suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la régularité de l'avis rendu F le collège de médecins de l'OFII ne serait pas établie. Ainsi, le moyen tiré de ce que la procédure est entachée de vices de procédure doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet s'est cru lié F l'avis du collège des médecins de l'OFII sur la situation de M. B.

8. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées au point 4. qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des stipulations précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis F le médecin mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont il a la nationalité.

9. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

10. Il ressort de l'avis du collège de médecins, produit F le préfet des Hauts-de-Seine en défense, que l'état de santé du requérant nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été diagnostiqué à l'âge de sept ans comme étant affecté F les séquelles d'une atteinte poliomyélitique touchant les quatre membres avec une monoplégie quasi complète du membre inférieur gauche. Il a été pris en charge initialement dans son pays d'origine et s'est vu poser une orthèse cruro-pédieuse à l'articulation fémoro-tibiale vers l'âge de huit ans. Il est arrivé en France en 2017 à l'âge de trente-sept ans, et il n'y a été suivi médicalement qu'à partir de l'année 2021. Si le requérant soutient qu'il doit effectuer son suivi médical en France en raison des conséquences graves que le défaut de soin pourrait entrainer pour lui, il ne produit que des certificats médicaux dont les termes généraux ne permettent pas de remettre en cause la teneur de l'avis de l'OFII quant au risque pour sa santé en cas de défaut de soin. Au demeurant, ces certificats médicaux indiquent F plusieurs mentions la bonne santé du requérant et sa capacité à marcher et réaliser tous les actes de la vie quotidienne en autonomie. F ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, que les actes et interventions médicaux qu'il indique devoir subir ne soit pas réalisables au Sénégal, est sans incidence sur la légalité du refus de séjour, dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur cette disponibilité pour lui refuser le titre de séjour sollicité. Le préfet a donc pu estimer, sans erreur d'appréciation, que le requérant ne remplissait plus les conditions en vue de la délivrance d'un nouveau titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

12. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2017 et y travaille depuis 2020. Toutefois, il est constant que le requérant était célibataire et sans enfants à la date de la décision attaquée. Arrivé du Sénégal à l'âge de trente-sept ans, il ne justifie d'aucune attache familiale forte en France. F ailleurs, l'intégration dont il se prévaut se borne à la participation à un club de basket handisport associatif, à des périodes de travail de quelques mois en 2020 et à une formation professionnelle d'un mois en 2021. F suite, dans les circonstances de l'espèce, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, F suite, être écarté.

13. En dernier lieu, si le requérant se prévaut de son état de santé et de sa situation personnelle pour soutenir que la décision de refus de séjour emporte à son égard des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il y a lieu d'écarter ce moyen pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 10 et 12 du présent jugement.

En ce qui concerne la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision de refus de renouvellement de titre de séjour n'est entachée d'aucune illégalité, de sorte que le requérant n'est pas fondé à demander sur ce fondement l'annulation F voie de conséquence de la décision d'éloignement.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

16. Il résulte des motifs énoncés au point 10 que c'est sans méconnaître les dispositions précitées que le préfet des Hauts-de-Seine a assorti le refus de renouvellement de titre de séjour opposé à M. B d'une mesure d'éloignement du territoire français.

17. En troisième lieu, comme cela a été énoncé au point 12, il est constant que M. B, célibataire et sans enfants à la date de la décision attaquée, et ne conteste pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. F suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

18. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 10 et 12 du présent jugement, si le requérant se prévaut de son état de santé et de sa situation personnelle pour soutenir que la décision d'éloignement emporte à son égard des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il y a toutefois lieu d'écarter ce moyen.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant un délai de départ volontaire :

19. En premier lieu, la décision obligeant à quitter le territoire n'est entachée d'aucune illégalité, de sorte que le requérant n'est pas fondé à demander sur ce fondement l'annulation F voie de conséquence de la décision fixant un délai de départ volontaire.

20. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".

21. Dès lors que le délai de trente jours accordé à un étranger pour exécuter une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de départ volontaire de droit commun, l'absence de prolongation de ce délai n'a pas à faire l'objet d'une motivation spécifique, à moins que l'étranger ait expressément demandé le bénéfice d'une telle prolongation ou qu'il ait fait valoir des éléments justifiant que ce délai soit prolongé. En l'espèce, n'alléguant pas avoir formulé une telle demande ou avoir fait valoir de tels éléments, M. B ne peut utilement soutenir que la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours est insuffisamment motivée. Le moyen sera écarté.

22. En troisième lieu, la seule circonstance que le préfet des Hauts-de-Seine n'ait pas estimé nécessaire de prolonger, de sa propre initiative, au-delà de trente jours le délai de départ volontaire de M. B n'est pas de nature à révéler qu'il s'est estimé en situation de compétence liée vis à vis de ce délai de principe. Il en résulte que le moyen tiré de ce que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu l'étendue de sa compétence doit être écarté.

23. En dernier lieu, si M. B soutient qu'en ne prenant pas en compte son état de santé pour lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, un tel moyen ne peut qu'être écarté pour les motifs énoncés au point 10 du présent jugement.

En ce qui concerne la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire :

24. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. " L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 (). ". Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit F ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

25. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il n'est F ailleurs ni établi, ni même soutenu, que sa présence sur le territoire français représenterait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que l'interdiction de retour litigieuse est entachée d'erreur d'appréciation et, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à son encontre, à en obtenir l'annulation.

26. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

27. Le présent jugement n'implique aucune des mesures d'exécution sollicitées. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées F la requérante.

Sur les frais liés au litige :

28. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. B à l'aide juridictionnelle. F suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Rochiccioli, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rochiccioli de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B F le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

F ces motifs, le Tribunal décide :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du préfet des Hauts-de-Seine du 8 décembre 2021 faisant à M. B interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Rochiccioli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Rochiccioli, avocat de M. B, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B F le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Rochiccioli et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

M. D et M. C, premiers conseillers,

assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public F mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

S. C La présidente,

signé

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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