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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116042

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116042

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116042
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10ème Chambre
Avocat requérantROSIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2021, Mme C D, représentée par Me Rosin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut de réexaminer sa situation et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :

- elles sont illégales en ce qu'elles sont fondées sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elles est illégale en ce qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante arménienne née le 9 mars 1988, est entrée en France le 19 août 2017 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 1er avril 2021, elle a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 novembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté cette demande et l'a en outre obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdite de retour pendant une durée d'un an. Mme D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour refuser à Mme D l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre de séjour " salarié ", le préfet s'est fondé sur deux motifs, tirés, d'une part, de ce qu'elle ne justifiait pas d'un emploi à plein temps et que son salaire mensuel était inférieur au SMIC, et, d'autre part, de ce qu'elle ne justifiait pas d'une expérience professionnelle suffisante pour le métier qu'elle entend exercer.

3. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des bulletins de salaires de Mme D, qu'elle travaille depuis le 1er septembre 2018 en qualité d'auxiliaire de vie pour le même employeur, qu'elle exerce cet emploi à plein temps depuis le 1er novembre 2020, ainsi qu'à raison de 12 heures par semaine pour un second employeur depuis le 1er juin 2020, qu'elle a en outre été employée en qualité de garde d'enfants à raison de 30 heures par semaine de février 2019 à juillet 2020, et que ses revenus pour l'année 2020 s'élevaient à 19 425 euros, soit un montant supérieur au SMIC. Par suite, Mme D est fondée à soutenir que les deux motifs qui fondent la décision attaquée sont entachés d'erreurs de fait et que le préfet a entaché sa décision d'un défaut d'examen.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à soutenir que la décision du 18 novembre 2021 portant refus de titre de séjour est illégale et doit être annulée. Il y a lieu d'annuler également, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de Mme D. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente de ce réexamen, de délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour à Mme D.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme D.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 novembre 2021 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la demande de Mme D dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Poyet, premier conseiller,

Mme Charlery, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

L'assesseur le plus ancien,

signé

M. ALa présidente,

signé

C. B

La greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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