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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116058

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116058

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116058
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSIDI-AISSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 décembre 2021, Mme A D, épouse C, représentée par Me Sidi-Aïssa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 16 novembre 2021 en tant que, par cet arrêté, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou à toute autorité territorialement compétente, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement, sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en l'absence de production par le préfet de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), il n'est pas possible de s'assurer de sa régularité ;

- le préfet s'est cru à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour en France pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-8 et

L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 février 2022, le préfet des Hauts-de-Seine déclare n'avoir aucune observation à formuler et communique l'ensemble des pièces relatives au dossier.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, épouse C, ressortissante algérienne, est entrée en France le 9 septembre 2018 munie d'un visa de court séjour multi-entrées de 90 jours portant la mention " ascendant non à charge " valable jusqu'au 25 avril 2019. Elle a sollicité, le 24 juin 2021, la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'un an sur le fondement de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un arrêté du 16 novembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an. Par la présence requête, Mme D, épouse C, demande au tribunal l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour en France pour une durée d'un an.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, il ressort des mentions de la décision de refus de titre de séjour contestée que le préfet des Hauts-de-Seine a visé les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme D, épouse C, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de l'intéressée, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'elle sollicitait. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation personnelle. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si la requérante soutient que la décision du préfet est illégale faute pour l'administration d'avoir produit l'avis du collège de médecins en date du 30 septembre 2021 auquel elle se réfère, le préfet des Hauts-de-Seine a toutefois produit en cours d'instance une copie de cet avis. En outre, à supposer que Mme D, épouse C, ait entendu remettre en cause la régularité de cet avis, elle n'apporte pas, au soutien de ce moyen, de précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et, en particulier de la motivation de la décision contestée, que le préfet des Hauts-de-Seine a procédé à un examen suffisant de la situation de Mme D, épouse C, au regard notamment de son état de santé avant de prendre la décision de refus de titre de séjour contestée, et qu'il ne s'est pas estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 30 septembre 2021.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé, seul applicable aux ressortissants algériens : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 7. au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

7. En l'espèce, il est constant que l'état de santé de Mme D, épouse C, qui fait valoir qu'elle souffre d'importants problèmes cardiaques, nécessite une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, pour refuser de délivrer un titre de séjour à l'intéressée, le préfet a considéré, au regard, en particulier, des mentions de l'avis émis le 30 septembre 2021 par le collège de médecins du service médical de l'OFII, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Algérie, Mme D, épouse C, pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Si l'intéressée fait valoir qu'elle ne pourra pas bénéficier dans ce pays des soins et du suivi nécessaires à la prise en charge de sa maladie, elle ne l'établit pas par la seule production d'un certificat médical et d'une ordonnance établis par un médecin généraliste qui se bornent à énoncer que " son état de santé nécessite un suivi régulier avec un traitement chronique, un suivi quotidien par une infirmière à domicile " et que " la présence d'un tiers (sa fille) est indispensable pour le déroulement des soins et du traitement. " Il s'ensuit que Mme D, épouse C, n'est pas fondée à soutenir que la décision de refus de titre de séjour litigieuse a été prise en méconnaissance des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'établit pas que la décision de refus de titre de séjour est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

9. En second lieu, Mme D, épouse C, ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet ni pour effet de contraindre l'intéressée à retourner dans son pays d'origine.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

11. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, Mme D, épouse C, disposait d'attaches importantes sur le territoire français où résidaient deux de ses filles, de nationalité française, ainsi que ses petits-enfants. En outre, alors qu'elle vivait en France depuis trois ans, le préfet n'allègue pas que sa présence constituerait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, en prononçant à l'encontre de l'intéressée une interdiction de retour sur le territoire français aux motifs qu'elle avait déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que ses liens avec la France n'étaient pas intenses, a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D est seulement fondée à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. L'annulation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de Mme D, épouse C, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais du litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, pour l'essentiel, la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme D, épouse C, au titre des frais exposés par elle.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 16 novembre 2021 est annulé en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, épouse C, et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente ;

Mme Zaccaron Guérin, conseillère ;

M. Rossi, conseiller ;

Assistés de Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure

Signé

C. Zaccaron Guérin

La présidente,

Signé

V. Poupineau

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La Greffière

N°2116058

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