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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116060

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116060

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantAMSELLEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête enregistrée le 26 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Ansellem, demande au tribunal : 1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'une année ; 2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : S'agissant de la décision portant refus d'un titre de séjour : - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation exceptionnelle dès lors qu'il a considéré à tort que l'admission exceptionnelle au séjour était conditionnée à la détention d'un visa de long séjour et qu'il ne présentait pas de contrat visé par les services du ministre chargé de l'emploi ; - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de son intégration en France par le travail ; S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire : - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation exceptionnelle dès lors qu'il a considéré à tort que l'admission exceptionnelle au séjour était conditionnée à la détention d'un visa de long séjour et qu'il ne présentait pas de contrat visé par les services du ministre chargé de l'emploi ; - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de son intégration en France par le travail ; S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire : - elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus de titre de séjour ; - elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. B n'est fondé. Par un courrier du 21 septembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible, en cas d'annulation de l'arrêté attaqué, d'enjoindre d'office à l'autorité préfectorale compétente de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative. La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique. Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 2 septembre 1976, entré pour la dernière fois en France en 2012 selon ses déclarations, a sollicité une admission exceptionnelle au séjour. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 22 novembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'une année. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié" ". L'article 11 du même accord précise que : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ". L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ". 3. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. 4. En l'espèce, M. B, dont il n'est pas contesté qu'il réside de manière habituelle sur le territoire français depuis 2012, fait valoir qu'il travaille depuis le 1er juin 2016 en qualité de gouvernant pour la société Hôtelière Tiquetonne. Il ressort à cet égard des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le requérant dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée établi par cette société à hauteur de 130 heures par mois. En outre, M. B verse aux débats 21 bulletins de salaire couvrant la période de janvier 2020 à septembre 2021, pour une rémunération mensuelle nette supérieure à 1 000 euros, qui confirment une entrée dans l'emploi le 1er juin 2016. Si le préfet des Hauts-de-Seine, dans ses écritures en défense, fait valoir que l'activité salariée de l'intéressé à compter de 2020 n'est pas justifiée, M. B produit son avis d'impôt établi en 2021 qui confirme qu'il a perçu 14 037 euros net au titre de l'année 2020. Si le préfet fait également valoir que le requérant a été embauché sur la base d'une carte nationale d'identité falsifiée, l'usage d'une fausse carte d'identité est sans incidence sur l'appréciation de la réalité de l'insertion professionnelle de l'intéressé. Enfin, si M. B a fait l'objet, en 2016, d'un signalement au traitement des antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits d'agression sexuelle, ces éléments sont insuffisants pour établir que le requérant constituait, à la date de l'arrêté attaqué, une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, compte tenu de l'expérience professionnelle de M. B et alors même qu'il est célibataire et sans charge de famille, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire de régularisation en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre du travail. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté attaqué doit être annulé dans toutes ses dispositions. Sur les conclusions à fin d'injonction : 5. Le motif d'annulation retenu implique nécessairement, en l'absence de changement de circonstances de droit ou de fait, d'enjoindre d'office au préfet des Hauts-de-Seine, ou à l'autorité préfectorale compétente, de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " salarié ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Sur les frais liés au litige : 6. Par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté attaqué, il y a lieu de mettre à la charge du préfet des Hauts-de-Seine la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.Par ces motifs, le tribunal décide :Article 1er : L'arrêté du 22 novembre 2021 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé. Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :Mme Coblence, présidente,Mme Fléjou, première conseillère,et M. Goupillier, conseiller, assistés de Mme Charleston, greffière.Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.Le rapporteur,signéC. CLa présidente,signéE. CoblenceLa greffière,signéD. CharlestonLa République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.- 2 -No 2116060

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