mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2116062 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ATGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Atger, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 3 novembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Cergy a décidé de sa sortie du lieu d'hébergement Huda France Horizon sis à Montmorency (95) ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de rétablir rétroactivement ses conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, de décider que cette somme sera versée à son profit.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée;
- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissances des dispositions des articles L. 522-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que l'administration n'a pas pris en compte sa particulière vulnérabilité liée à ses problèmes psychologiques ;
- elle est entachée d'erreur de fait ;
- elle est entaché d'une erreur manifeste de sa situation au regard de sa situation psychologique.
Par un mémoire enregistré le 15 avril 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête, comme mal fondée.
Par une décision du 23 janvier 2023 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant afghan né le 19 janvier 1999, déclare être entré en France en 2018. Sa demande d'asile a été enregistrée en procédure normale le 9 octobre 2018. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII puis a été admis au centre d'hébergement Huda France Horizon à Montmorency (95). Par un courrier du 4 octobre 2021, le directeur territorial de l'OFII de Cergy-Pontoise l'a informé de son intention de mettre fin à cet hébergement, au motif que l'intéressé a fait l'objet de deux avertissements écrits pour avoir eu, à plusieurs reprises, un comportement inapproprié et agressif vis-à-vis d'un autre résident. M. A a présenté ses observations par courrier du 7 octobre 2021. Par une décision du 3 novembre 2021, notifiée le 7 novembre 2021, dont M. A demande l'annulation, le directeur territorial de l'OFII de Cergy a prononcé sa sortie du lieu d'hébergement de Montmorency.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Il ressort des pièces du dossier que par décision du 23 janvier2023, postérieure à la date d'introduction de la présente requête, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.
Sur le cadre juridique du litige :
3. Aux termes de l'article L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction résultant de la loi du 29 juillet 2015 relative à la réforme du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : () / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; () ". Si les termes de ce article ont été modifiés par différentes dispositions du I de l'article 13 de la loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie, il résulte du III de l'article 71 de cette loi que ces modifications, compte tenu de leur portée et du lien qui les unit, ne sont entrées en vigueur ensemble qu'à compter du 1er janvier 2019 et ne s'appliquent qu'aux décisions initiales, prises à compter de cette date, relatives au bénéfice des conditions matérielles d'accueil proposées et acceptées après l'enregistrement de la demande d'asile. Les décisions relatives à la suspension et au rétablissement de conditions matérielles d'accueil accordées avant le 1er janvier 2019, comme c'est le cas en l'espèce, restent régies par les dispositions antérieures à la loi du 10 septembre 2018.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application et mentionne que M. A, qui a reçu deux avertissements écrits, a eu, à plusieurs reprises, un comportement inapproprié qui remet en cause le bon fonctionnement du centre d'accueil et a adopté, de nombreuses fois, un comportement agressif vis-à-vis d'un autre résident. Elle ajoute que compte tenu de ces faits et des besoins de l'intéressé, il y a lieu de mettre fin à son hébergement. Ladite décision comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par conséquent suffisamment motivée au regard des exigences posées par les dispositions de l'article L 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, repris désormais, en substance à l'article L. 522-1 de ce code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. ".
6. Il résulte de ces dispositions que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, elles n'imposent pas qu'un tel entretien soit mené à chaque étape de la procédure et, notamment en cas de retrait partiel des conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen soulevé par M. A et tiré de ce qu'il a été irrégulièrement privé d'un entretien de vulnérabilité avant l'édiction de la mesure litigieuse ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, la décision attaquée s'appuie sur le rapport circonstancié établi par le gestionnaire du centre Huda France Horizon témoignant de ce que M. A a, à quatre reprises, enfreint le règlement de la structure en ayant créé des troubles en état d'ébriété et en ayant fait preuve d'agressivité envers un autre résident du centre d'hébergement. En particulier, en dépit d'une décision d'exclusion temporaire de trois jours qui lui a été signifiée le 23 avril 2021 et qui l'informait que tout nouvel incident entraînerait une exclusion définitive, M. A est rentré au centre, le 18 septembre 2021, dans un état d'ébriété et a eu des échanges verbaux virulents puis a engagé une bagarre avec un autre résident, que les responsables du centre ne sont parvenus à faire cesser qu'avec difficulté. Dès lors et contrairement à ce que soutient le requérant, lequel au demeurant, dans le cadre de la procédure contradictoire, n'a pas nié la rixe mais a déclaré s'être simplement défendu, ce qui n'est pas établi par les pièces du dossier, et regretter cet évènement, les faits sur lesquels s'est fondé le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy ne sont pas entachés d'inexactitude matérielle.
8. En quatrième lieu, M. A fait valoir qu'il présente un profil suicidaire incompatible avec une expulsion du centre d'hébergement qui aurait pour conséquence immédiate une aggravation de sa situation du fait d'un isolement accru et de l'absence de suivi socio-médical. Toutefois, si l'intéressé souffre de troubles du comportement liés à un état de stress post-traumatique, il ne ressort pas du dossier que son exclusion du centre d'hébergement, motivé par son comportement dangereux envers les autres résidents et le personnel de la structure, aurait pour effet d'interrompre le traitement dont il bénéficie ou de faire obstacle à une prise en charge spécialisée. A cet égard, le requérant fait d'ailleurs lui-même valoir qu'il a pu être hospitalisé du 8 au 10 décembre 2021 au sein de l'établissement public de santé de Ville-Evrard et n'allègue pas ne pas avoir accès aux médicaments qui lui ont été prescrits. Dans ces conditions et alors que M. A continue de bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile et dispose de la possibilité de solliciter un autre hébergement, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de son état de vulnérabilité.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquences, les conclusions d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Atger, conseil de M. A, et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président,
Mme Richard, première conseillère,
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
L'assesseure la plus ancienne
signé
A. RICHARD
Le président
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026