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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116100

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116100

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116100
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantAKUESSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 28 décembre 2021 et 8 janvier 2022, Mme C A, représentée par Me Akuesson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation au regard des dispositions des articles L. 422-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière faute de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnaît l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle aurait dû bénéficier d'un délai de départ supérieur.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires du 23 septembre 2006 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Bellity, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 6 mars 1995, est entrée en France le 17 août 2010 munie d'un passeport revêtu d'un visa court séjour. Elle s'est vue délivrer un titre de séjour en qualité d'étudiante en 2014 renouvelé en dernier lieu jusqu'au 26 novembre 2021. Le 13 octobre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 1er décembre 2021 attaqué, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme B D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise qui bénéficiait d'une délégation de signature en vertu d'un arrêté n° 21-038 du 21 octobre 2021 publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département du Val-d'Oise le même jour, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision litigieuse du 1er décembre 2021 vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont il est fait application. Le préfet du Val-d'Oise a rappelé les conditions d'entrée et de séjour en France de la requérante, ainsi que sa situation administrative et familiale, et précise les motifs pour lesquels le préfet lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. En outre, si Mme A soutient que le préfet a mentionné à tort dans son arrêté qu'elle était entrée en France le 17 août 2010 munie d'un visa long séjour valant titre de séjour " étudiant " alors qu'elle n'a obtenu son premier titre de séjour qu'à compter de l'année 2014, cette circonstance n'entache pas l'arrêté d'une insuffisance de motivation. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision critiquée manque en fait et doit, en conséquence, être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle et familiale de Mme A. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ".

7. Pour rejeter la demande de renouvellement du titre de séjour mention " étudiant " de Mme A, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que la requérante a poursuivi une formation à distance " bachelor digital RH " au titre de l'année 2021/2022.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a obtenu en France un baccalauréat technologique série sciences et technologies du management et de la gestion en juillet 2014. L'intéressée a ensuite obtenu un brevet de technicien supérieur (BTS) " assistant de manager " en juillet 2017. Elle s'est ensuite inscrite au titre des années universitaires 2017/2018 et 2018/2019 en cursus bachelor puis master " ressources humaines " - et il n'est pas soutenu que ces formations auraient abouti à la délivrance du diplôme préparé - avant de suivre d'août 2019 à avril 2020 une formation à distance visant à la préparation au concours d'admission à l'institut de formation d'aide-soignant. Mme A s'est ensuite réorientée et inscrite du 7 décembre 2020 au 6 mai 2022 en cursus " bachelor digital RH " au sein de Studi, qui constitue une formation entièrement réalisée à distance. Mme A ne démontre pas ni même n'allègue que le suivi des enseignements de sa formation à distance au titre de l'année 2021/2022 nécessite sa présence en France. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou commis une erreur d'appréciation en lui refusant au motif d'une inscription de formation dans un centre de téléenseignement le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14.3 ".

10. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas davantage de la décision portant refus de titre de séjour attaquée que le préfet du Val-d'Oise a examiné d'office si l'intéressée était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions. Par suite, Mme A ne peut utilement se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Mme A fait valoir sa durée de présence en France depuis 2010 et où se situe selon elle le centre de ses intérêts privés et familiaux et où résident ses grands-parents, oncles, frère et sœur. Toutefois, la requérante ne produit aucune pièce justificative attestant de l'ancienneté de sa résidence habituelle sur le territoire national dont elle se prévaut à compter de l'année 2010. Par ailleurs, l'intéressée, célibataire et sans enfant ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et l'un de ses frères. Si elle fait état de la présence en France en situation régulière de ses grands-parents, oncles, frère et sœur, elle ne justifie pas au dossier de l'intensité et de la stabilité des liens qu'elle entretiendrait avec eux depuis son arrivée sur le territoire national. Il n'est en outre ni établi ni même allégué qu'elle ne pourrait pas poursuivre ses études au Sénégal. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, en prenant la décision contestée, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, Mme A n'établit pas que la décision lui refusant un titre de séjour est entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 12, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée au droit au respect à la vie privée et familiale de Mme A, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas ".

16. La requérante, qui bénéficie du délai de trente jours pour exécuter la décision d'éloignement, ne se prévaut d'aucune circonstance exceptionnelle précise justifiant que lui soit accordé un délai supérieur. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

18. Les dispositions précitées font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 13 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Bellity, premier conseiller,

Mme Debourg, conseillère,

assistés de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2022.

Le rapporteur,

signé

C. BELLITY

La présidente,

signé

H. LE GRIELLa greffière,

signé

D. BONFANTI

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

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