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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116224

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116224

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET MONCONDUIT ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2021, Mme B A, représentée par Me Christelle Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour refuser, sur le seul fondement de l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, la demande d'admission exceptionnelle au séjour de la requérante ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que sa rémunération est supérieure au salaire minimum interprofessionnel de croissance horaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 42 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires, dès lors qu'elle disposait d'un contrat de travail portant sur l'emploi d'agent d'entretien, lequel est visé à l'annexe IV dudit accord ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux,

- et les observations de Me Cabral De Brito, substituant Me Monconduit, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 9 octobre 1981, est entrée en France le 17 septembre 2015 munie d'un visa Schengen valable du 28 août 2015 au 24 septembre 2015 selon ses déclarations. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour salarié sur le fondement des stipulations de l'article 4 paragraphe 42 de l'accord franco-sénégalais. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de l'arrêté en date du 26 novembre 2021, par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, en particulier les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision mentionne également différents éléments de la situation personnelle et familiale de Mme A. Elle contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet du Val-d'Oise pour refuser sa demande de titre de séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision attaquée. Par suite, les moyens invoqués par Mme A tirés de l'absence d'examen de sa situation personnelle et de l'insuffisance de motivation de cette décision doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme A, le préfet du Val-d'Oise ne s'est pas uniquement fondé sur l'avis de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère en date du 18 novembre 2021, produite à l'instance, mais sur l'insuffisance de la durée de séjour comme de l'ancienneté professionnelle de la requérante. Ainsi, il ne ressort ni de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Val-d'Oise se serait cru lié par cet avis.

4. En troisième lieu, la requérante soutient que le préfet aurait commis une erreur de fait dès lors que l'ensemble de ses contrats respectaient le montant horaire du salaire minimum de croissance. D'une part, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet se réfère au montant mensuel et non horaire de rémunération. D'autre part, la demande d'autorisation de travail a été faite au titre d'un contrat de travail à temps partiel pour un revenu mensuel d'un montant de 1 339 euros bruts, inférieur au montant mensuel du salaire minimum de croissance qui s'établissait, pour la même période, à 1 589,47 euros bruts. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur de fait doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008 : " Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : / -soit la mention "salarié" s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail. / -soit la mention "vie privée et familiale" s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Les stipulations du paragraphe 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008, renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de cet article L. 435-1.

6. D'une part, la requérante doit être regardée comme soutenant que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 42 de l'accord franco-sénégalais dès lors que l'emploi qu'elle exerce est inscrit dans la liste figurant à l'annexe IV de cet accord. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si Mme A est employée comme agent d'entretien dans une société de nettoyage, ce métier, qui ne doit pas être confondu avec le métier d'agent d'entretien et de nettoyage urbain, ne figure pas sur la liste des métiers de l'annexe IV à l'accord franco-sénégalais visé ci-dessus. D'autre part, si Mme A établit séjourner de manière continue en France depuis septembre 2015 et travailler depuis juin 2018, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a jamais été titulaire d'un emploi à temps complet et que les postes occupés, à savoir ceux de tresseuse et d'agent d'entretien, ne requièrent pas de qualifications ou de compétences particulières. Par ailleurs, sur la période de juin 2018 à novembre 2021, Mme A n'a disposé qu'à cinq reprises d'une rémunération supérieure au salaire minimum de croissance mensuel, du fait notamment d'un cumul d'emplois. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait manifestement mal apprécié sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnu les stipulations de l'accord franco-sénégalais précitées.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

8. Mme A soutient qu'elle réside habituellement en France depuis septembre 2015, qu'elle est parfaitement intégrée professionnellement, socialement et personnellement et qu'elle a tissé des liens personnels et affectifs forts. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche de salle, que la requérante, célibataire et sans charge de famille en France, ne justifie d'aucun lien particulier qu'elle y aurait noué, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son enfant mineur, sa mère et sa fratrie et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet du Val-d'Oise n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme A ne peut se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Il n'y a pas lieu, eu égard au rejet des conclusions d'annulation de la requête, de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative.

Sur les frais non compris dans les dépens :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par Mme A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

E. Chaufaux

La présidente,

signé

S. Edert

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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