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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116272

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116272

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116272
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMALTERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 31 décembre 2021, M. D, représenté par Me Malterre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2021, notifié le 14 décembre 2021, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit, l'a informé du signalement dont il fait l'objet au système d'information " Schengen " et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de cents euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, en application de l'article L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de séjour méconnait les dispositions des articles L. 412-5 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le trouble à l'ordre public ne saurait être constitué ;

- la décision portant interdiction de retour méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de ses attaches sur le territoire français ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale alors qu'il n'est admissible dans aucun autre pays et qu'il réside sur le territoire français depuis treize ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, a dispensé ce dernier de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bailly, vice-présidente,

- et les observations de Me Malterre pour M. D

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant malgache, né le 8 avril 1979, entré en France en 2008 muni d'un visa touristique, a sollicité le 1er avril 2021 le renouvellement de son titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 décembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé le renouvellement sollicité, au motif que la présence en France de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ".

3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. D, le préfet des Hauts-de-Seine s'est essentiellement fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé, qui avait été pénalement condamné, représentait une menace pour l'ordre public. Il ressort cependant des pièces du dossier que le requérant a uniquement été condamné le 20 juin 2019 par le tribunal de grande instance de Paris à une peine de deux cents euros d'amende pour des faits de " conduite d'un véhicule sans permis ". En se fondant sur cette seule condamnation à une peine d'amende pour des faits isolés et non réitérés, alors au surplus que le requérant fait valoir qu'il avait déposé une demande d'échange de son permis de conduire malgache, qui était en cours d'instruction et qu'il a ensuite passé et obtenu le permis de conduire français, pour considérer que M. D constituait une menace à l'ordre public, le préfet des Hauts-de-Seine a fait une inexacte appréciation des dispositions de l'article L. 412-5 précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être accueilli.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. D fait valoir qu'il réside en France depuis 2008, que sa conjointe, avec laquelle il vit depuis 2009 et qu'il a épousée en 2017, aide-soignante de profession, vit régulièrement sur le territoire, sous couvert d'une carte de résident et que leurs deux enfants, C et B D, sont nés en France en 2014 et 2020. M. D, qui résidait régulièrement sur le territoire français, sous couvert d'une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " depuis juillet 2019 et en avait sollicité le renouvellement, justifie, par ailleurs, de son insertion professionnelle par la production de très nombreux bulletins de paie. Au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, de son insertion sociale et professionnelle et de l'intensité et la stabilité de ses liens familiaux sur le territoire français, où il a fixé le centre de ses attaches, M. D est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris et qu'il a ainsi méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il y a lieu d'annuler l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 5 décembre 2021 pris à l'encontre de M. D en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. " Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".

8. Eu égard à ces motifs, l'exécution du présent jugement, implique nécessairement la délivrance à M. D d'une carte de séjour mention " vie privée et familiale. Il y a lieu dès lors d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence du requérant, d'y procéder, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du litige :

9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 5 décembre 2021 du préfet des Hauts-de-Seine rejetant la demande de renouvellement de titre de séjour de M. D, l'obligeant à quitter le territoire français et lui faisant interdiction de retour pendant une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent au regard du domicile du requérant, de délivrer à M. D une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D une somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A E D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Bailly présidente,

Mme Coblence, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère

Assistées de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

P. BaillyL'assesseure la plus ancienne,

Signé

E. Coblence

La greffière,

Signé

V. Ricaud

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

No 21162722

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