mercredi 4 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2116286 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2021, M. F C, représenté par Me Niakate, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise médicale, confiée à un collège d'experts composé d'un chirurgien orthopédiste et d'un infectiologue, avec la rédaction d'un pré-rapport, en présence du centre hospitalier René Dubos, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-d'Oise en vue de déterminer si les soins qui lui ont été prodigués lors de sa prise en charge par le centre hospitalier René Dubos le 16 juillet 2017 ont été conformes aux données acquises de la science ou si des erreurs et des négligences ont été commises ou s'il a été victime d'une infection nosocomiale, d'évaluer les préjudices subis, d'apprécier la ou les origines du dommage, d'apporter tous les éléments sur les responsabilités encourues, de fixer la date de consolidation et de procéder à l'évaluation définitive du montant des préjudices qu'il a subi ;
2°) de condamner solidairement le centre hospitalier René Dubos et l'ONIAM au versement de la somme 10 000 euros à titre de provision ;
3°) de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier René Dubos et de l'ONIAM la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le rapport d'expertise du 7 décembre 2020 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ; les experts n'ont pas tiré de leurs propres constatations les conséquences qui s'imposaient à eux, notamment eu égard au fait que l'infection intervienne secondairement au cours de l'hospitalisation pendant laquelle l'acte chirurgical a eu lieu ; cela ne constitue pas la démonstration d'une cause étrangère ;
- le rapport ne comporte pas les éléments nécessaires au juge du fond pour apprécier le bien-fondé de sa demande dans le cadre d'un litige principal en indemnisation ;
- une nouvelle expertise apparaît utile ;
- le rapport ne comporte pas de chiffrage de son préjudice ;
- l'existence de son préjudice est établi avec un degré suffisant de certitude ; sa demande de provision ne peut être considérée comme sérieusement contestable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2022, l'ONIAM, représenté par la SCP Saidji et Moreau, demande au juge des référés :
1°) de le mettre hors de cause ;
2°) de prendre acte de ses protestations et réserves d'usage ;
3°) d'étendre la mission de l'expert ;
4°) de rejeter l'ensemble des demandes de paiement à son encontre.
Il soutient que :
- au regard du dommage subi par M. C, il apparaît que
les seuils de gravité exigés par l'article D. 1142-1 du code de la santé publique et
fondant l'intervention de l'ONIAM ne sont pas atteints ;
- le déficit fonctionnel permanent entraîné par l'infection est de 11% ; le taux de déficit fonctionnel permanent exigé au taux de 24% par l'article D. 1142-1 du code de la santé publique n'est donc pas atteint ;
- le requérant a subi un déficit fonctionnel temporaire au taux
égal ou supérieur à 50% pendant une période de 4 mois et 9 jours ; il ne justifie pas d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à 50% sur une durée de 6 mois consécutive ou non consécutive sur une période de 12 mois ;
- il ne démontre donc ni avoir subi une inaptitude définitive à l'activité
professionnelle exercée avant la survenue de l'infection ni avoir subi des arrêts de
travail durant 6 mois conformément aux critères exigés pour justifier son intervention ;
- la demande de provision est sérieusement contestable ; il ne produit aucune pièce permettant de démontrer que le dommage subi relèvera de son champ d'intervention.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2022, le centre hospitalier René Dubos, représenté par le cabinet Apex Avocats, demande au juge des référés de rejeter la requête.
Il soutient que :
- une expertise n'est pas utile :
- une première expertise, réalisée par la CCI, a déjà eu lieu ; la requête du requérant reprend une mission d'expertise dont la teneur est parfaitement équivalente à celle de la CCI ;
- il n'appartient pas aux experts désignés d'émettre leur avis sur la compensation indemnitaire du préjudice, mais uniquement de déterminer et d'évaluer, poste par poste, les préjudices imputables au dommage ;
- le rapport de la CCI comprend l'évaluation du dommage corporel du requérant ;
- la demande de provision est irrecevable : l'octroi d'une provision doit être présentée par une requête distincte ;
- la demande de provision se heurte à une contestation sérieuse.
La requête a été communiquée à la CPAM du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire.
Par une décision du 12 septembre 2022, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'expertise :
1. D'une part, aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction () ".
2. D'autre part, aux termes de l'article L. 1142-12 du code de la santé publique : " La commission régionale désigne aux fins d'expertise un collège d'experts choisis sur la liste nationale des experts en accidents médicaux, en s'assurant que ces experts remplissent toutes les conditions propres à garantir leur indépendance vis-à-vis des parties en présence. () La commission régionale fixe la mission du collège d'experts ou de l'expert, s'assure de leur acceptation et détermine le délai dans lequel le rapport doit être déposé. Lorsque l'expertise est collégiale, le rapport est établi conjointement par les membres du collège d'experts. () / Dans le cadre de sa mission, le collège d'experts ou l'expert peut effectuer toute investigation et demander aux parties et aux tiers la communication de tout document sans que puisse lui être opposé le secret médical ou professionnel, s'agissant de professionnels de santé ou de personnels d'établissements, de services de santé ou d'autres organismes visés à l'article L. 1142-1. Les experts qui ont à connaître ces documents sont tenus au secret professionnel, dans les conditions et sous les peines prévues aux articles 226-13 et 226-14 du code pénal. / En cas de carence des parties dans la transmission des documents demandés, la commission régionale peut autoriser le collège d'experts ou l'expert à déposer son rapport en l'état. La commission peut tirer toute conséquence du défaut de communication des documents. / Le collège d'experts ou l'expert s'assure du caractère contradictoire des opérations d'expertise, qui se déroulent en présence des parties ou celles-ci dûment appelées. Ces dernières peuvent se faire assister d'une ou des personnes de leur choix. Le collège d'experts ou l'expert prend en considération les observations des parties et joint, sur leur demande, à son rapport tous documents y afférents. Il peut prendre l'initiative de recueillir l'avis d'un autre professionnel. / L'Office national d'indemnisation prend en charge le coût des missions d'expertise, sous réserve du remboursement prévu aux articles L. 1142-14 et L. 1142-15. ". Il résulte de ces dispositions que le collège d'experts ou l'expert désigné par la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux présente les mêmes garanties d'indépendance et d'impartialité qu'un expert désigné par le juge des référés et effectue contradictoirement la mission qui lui est confiée.
3. La prescription d'une mesure d'expertise en application des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande d'expertise dans le cadre d'une action en responsabilité du fait des conséquences dommageables d'un acte médical, d'apprécier son utilité au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée et au vu des pièces du dossier, notamment du rapport de l'expertise prescrite par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux s'il existe. Si la nouvelle demande a en réalité pour objet de contester la manière dont l'expert désigné par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux a rempli sa mission ou les conclusions de son rapport, elle ne relève pas des dispositions rappelées au point 1 de la présente ordonnance, une telle contestation étant du ressort du tribunal administratif saisi du fond du litige, à qui il reste loisible d'ordonner, s'il l'estime nécessaire, toute mesure d'instruction.
4. En l'espèce, M. C demande que soit prescrite une expertise médicale portant sur la prise en charge et les soins qui lui ont été prodigués par le centre hospitalier René Dubos pour une intervention chirurgicale réalisée le 16 juillet 2017, sur une fracture complexe du pilon tibial droit ouverte et une fracture articulaire du pilon tibial gauche fermée.
5. Il résulte de l'instruction que, saisie par M. C pour les mêmes faits que ceux évoqués dans le cadre de la présente instance, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux d'Ile-de-France a, par une décision 30 juillet 2020, confié au professeur D E, infectiologue et au docteur B A chirurgien orthopédiste, une mission d'expertise. Les experts ont remis leur rapport le 7 décembre 2020 à l'issue d'une procédure présentant les mêmes garanties procédurales qu'une expertise juridictionnelle, en précisant les conditions de l'intervention subie par le requérant, la nature et les causes du dommage dont il est demandé réparation ainsi que les préjudices subis par le requérant. La commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, réunie le 30 décembre 2020, a rendu une décision d'incompétence au motif que le dommage subi par M. C n'atteignait pas l'un quelconque des seuils de gravité fixés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique. La procédure de conciliation mise en œuvre ultérieurement n'a pas aboutie et M. C demande une nouvelle expertise.
6. Toutefois, pour demander cette nouvelle expertise, M. C se borne à contester, sans produire d'éléments nouveaux, notamment médicaux, les conclusions du rapport d'expertise en faisant valoir que le fait que l'infection soit intervenue secondairement au cours de l'hospitalisation pendant laquelle l'acte chirurgical a eu lieu, ne constitue pas la démonstration d'une cause étrangère.
7. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport du 7 décembre 2020, étayé et circonstancié, que les experts ont considéré que, si la date de l'infection est difficile à préciser, elle survient à distance du geste chirurgical et de l'hospitalisation et qu'également l'état antérieur du patient l'exposait particulièrement à la survenue de cette infection dans la mesure ou le tabagisme actif majore par facteur 3 le risque de retard de cicatrisation.
8. Dans ces circonstances, M. C, dont la demande d'expertise, qui s'analyse comme une critique des conclusions du premier rapport, et a le même objet que celle effectuée à la demande de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux d'Ile-de-France, dispose d'ores et déjà des éléments de fait lui permettant de soumettre au juge du fond, qui conserve l'opportunité d'ordonner toute mesure d'instruction utile, ses observations sur l'expertise réalisée. Ainsi, la mesure d'expertise sollicitée en référé ne présente pas un caractère d'utilité au sens de l'article R. 532-1 du code de justice administrative.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'expertise présentées par
M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin de provision, en l'absence d'existence d'une obligation non sérieusement contestable, doivent être également rejetées.
Sur les frais d'instance :
10. L'article L. 761-1 du code de justice administrative fait obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du centre hospitalier René Dubos et de l'ONIAM, qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Dès lors, il y a lieu de rejeter ces conclusions.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F C, au centre hospitalier René Dubos, à l'ONIAM et à la CPAM du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 4 janvier 2023.
Le premier vice-président, juge des référés
Signé
F. Beaufaÿs
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026