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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116340

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116340

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés, sous le n° 2116339, le 29 décembre 2021 et le 2 septembre 2022, M. B Bentaj, représenté par Me Sevaux et Me Mathonnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 8 décembre 2021 par lequel A de la commune de Villeneuve-la-Garenne a abrogé l'arrêté du 13 novembre 2020 portant délégations de fonctions ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-la-Garenne la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. Bentaj soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors qu'il n'est pas motivé par une rupture de confiance due à un comportement se rapportant à la bonne marche des affaires communales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les faits reprochés n'ont pas nui à la bonne administration communale et ne caractérisent pas un manque de loyauté ;

- il est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il indique à tort qu'il n'aurait pas avisé A de la commune de son intention de se présenter comme candidat aux élections législatives.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2023, la commune de Villeneuve-la-Garenne, représentée par Me Seban, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. Bentaj la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Villeneuve-la-Garenne fait valoir que les moyens invoqués par M. Bentaj ne sont pas fondés.

II. Par une requête et deux mémoires enregistrés, sous le n° 2116340, le 29 décembre 2021, le 2 septembre 2022 et le 23 juin 2023, M. B Bentaj, représenté par Me Sevaux et Me Mathonnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 16 décembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Villeneuve-la-Garenne lui a retiré sa qualité d'adjoint au maire ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-la-Garenne la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. Bentaj soutient que :

- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'a participé au vote un conseiller municipal intéressé à l'affaire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- elle est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne mentionne pas le nom des conseillers municipaux ayant participé au vote ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le conseil municipal a décidé, sur la base d'un arrêté lui-même entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, de faire application du dernier alinéa de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales et de ne pas le maintenir dans ses fonctions d'adjoint ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le conseil municipal a décidé de ne pas le maintenir dans ses fonctions d'adjoint tirant ici les conséquences d'un arrêté qui n'était pas fondé sur un motif relatif à la bonne marche de l'administration communale ;

- elle sera annulée par la voie de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel A de la commune de Villeneuve-la-Garenne a abrogé l'arrêté du 13 novembre 2020 portant délégations de fonctions.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 mars 2023 et le 24 juillet 2023, la commune de Villeneuve-la-Garenne, représentée par Me Seban, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. Bentaj la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Villeneuve-la-Garenne fait valoir que :

- la requête est irrecevable faut d'être accompagnée de la décision attaquée ;

- les moyens invoqués par M. Bentaj ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Richard, première conseillère ;

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public ;

- les observations de Me Schott, substituant Me Sevaux et Me Mathonnet, pour M. Bentaj ;

- et les observations de Me Mezine, pour la commune de Villeneuve-la-Garenne.

Considérant ce qui suit :

1. M. Bentaj, conseiller municipal de la commune de Villeneuve-la-Garenne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté en date en date du 8 décembre 2021 par lequel A de la commune a abrogé l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel il avait confié à M. Bentaj, deuxième adjoint, la responsabilité des fonctions relatives aux " finances, commandes publiques, gestion urbaine et sociale de proximité, médiation et prévention et amicales des locataires ". M. Bentaj demande également au tribunal d'annuler la délibération du conseil municipal de la commune de Villeneuve-la-Garenne en date du 16 décembre 2021 lui retirant ses fonctions d'adjoint au maire.

Sur la jonction :

2. Les deux demandes de M. Bentaj présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté par lequel A a mis fin aux délégations consenties :

3. En premier lieu, la décision par laquelle A rapporte la délégation qu'il a consentie à l'un de ses adjoints est une décision à caractère réglementaire qui a pour objet la répartition des compétences entre les différentes autorités municipales.

4. Il en résulte que l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui prévoit qu'exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 de ce code, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable, ne s'applique pas à la décision par laquelle A rapporte la délégation qu'il a consentie à l'un de ses adjoints. Le moyen tiré de ce qu'en l'absence d'une telle procédure, l'arrêté attaqué serait entaché d'irrégularité est donc inopérant.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " A est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. / () / Lorsque A a retiré les délégations qu'il avait données à un adjoint, le conseil municipal doit se prononcer sur le maintien de celui-ci dans ses fonctions. ". Aux termes de l'article L. 2122-20 du même code : " Les délégations données par A en application des articles L. 2122-18 et L. 2122-19 subsistent tant qu'elles ne sont pas rapportées ". Il ressort de ces dispositions que A peut, à tout moment, mettre fin aux délégations qu'il a consenties, sous réserve que sa décision ne soit pas inspirée par des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration communale.

6. Il ressort des termes de l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel A de la commune de Villeneuve-la-Garenne a mis fin aux délégations consenties à M. Bentaj, deuxième adjoint, que celui-ci a été pris aux motifs que ce dernier " s'est porté candidat en vue des prochaines élections législatives () sans en informer Monsieur A au préalable " et qu'il a " adopté une position contraire à l'ensemble des autres représentants de la commune à l'occasion d'un vote au conseil territorial de l'Etablissement public territorial Boucle Nord de Seine lors de la séance du 23 septembre 2021 ". Par ailleurs, la commune de Villeneuve-la-Garenne fait également valoir en défense que M. Bentaj, a publié sur son profil Facebook, le 9 septembre 2020, un message où il indiquait " redevenir un conseiller municipal libre " après avoir adressé un courrier de démission de ses délégations au maire.

7. D'une part, il n'est pas contesté que M. Bentaj a publié un tel message sur les réseaux sociaux, ce qui a été de nature à altérer le lien de confiance avec A de la commune de Villeneuve-la-Garenne, lequel, à la suite de cet évènement, a d'ailleurs réduit le périmètre de la délégation consentie à l'intéressé. D'autre part, il est constant que M. Bentaj a voté contre une délibération du conseil territorial de l'établissement public territorial Boucle Nord de Seine le 23 septembre 2021, se démarquant des autres représentants de la commune de Villeneuve-la-Garenne. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. Bentaj a été investi pour se présenter aux élections législatives et n'en a informé par un courriel A de la commune de Villeneuve-la-Garenne que le 27 novembre 2021 alors que la presse en avait déjà fait état la veille. S'il fait valoir qu'il avait antérieurement évoqué sa candidature à l'investiture avec A, cette circonstance ne ressort pas des éléments versés au débat. Dans ces conditions, A, qui n'a pas commis d'erreur de fait à cet égard, a pu considérer que le requérant manifestait une attitude déloyale à l'égard de la majorité municipale. Cette dissension caractérise une rupture du lien de confiance dont A était fondé à considérer qu'elle ne pourrait rester sans conséquence sur le bon fonctionnement de l'administration communale. Par suite, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant été inspirée par des motifs étrangers à la bonne marche de l'administration communale et les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que M. Bentaj n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne la délibération portant sur le maintien de la qualité d'adjoint :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 que M. Bentaj n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 8 décembre 2021 par lequel A de la commune de Villeneuve-la-Garenne lui a retiré ses délégations contre la délibération litigieuse.

10. En deuxième lieu, si M. Bentaj soutient que la délibération contestée est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales, dès lors qu'un conseiller municipal intéressé à l'affaire aurait participé au vote, il n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. En troisième lieu, M. Bentaj soutient que la délibération litigieuse est irrégulière dans la mesure où elle n'a pas fait l'objet d'une procédure contradictoire préalable. Toutefois, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

12. En quatrième lieu, si le requérant soutient que la délibération attaquée est entachée d'un vice de forme dès lors qu'elle ne mentionne pas le nom des conseillers municipaux ayant voté contre le retrait de sa qualité d'adjoint, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit une telle exigence s'agissant des délibérations. En tout état de cause, il ressort du compte-rendu synthétique de la séance du conseil municipal du 16 décembre 2021, produit par le requérant, que les noms des quatre élus ayant voté contre la proposition de lui retirer la qualité d'adjoint sont mentionnés.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la délibération litigieuse ne pourront qu'être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Villeneuve-la-Garenne, que M. Bentaj n'est pas davantage fondé à demander l'annulation de la délibération litigieuse.

Sur les frais liés aux litiges :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villeneuve-la-Garenne, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. Bentaj demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. Bentaj la somme demandée par la commune de Villeneuve-la-Garenne au même titre.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. Bentaj sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Villeneuve-la-Garenne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B Bentaj et à la commune de Villeneuve-la-Garenne.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

signé

A. RICHARD

Le président,

signé

C. HUONLa greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2116339 et N° 2116340

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