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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200015

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200015

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantNUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 1er et 28 janvier 2022, M. C A, représenté par Me Nunes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° CAB/DS/BSI n° 2021-1147 du 29 décembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine prescrit des mesures de police pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le département des Hauts-de-Seine ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil ou, à défaut, à lui-même au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du

10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- méconnaît l'article 2 § 1 du protocole additionnel n° 4 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui garantit la liberté d'aller et venir ;

- méconnaît l'article 1er de la loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 qui interdit la dissimulation du visage par le port d'un masque ;

- méconnaît les articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 qui garantissent la liberté personnelle ;

- n'établit pas que les mesures de police administrative qu'il adopte sont adaptées, nécessaires et proportionnées, ce qui n'est nullement le cas en l'espèce ;

- est disproportionné et inadapté ;

.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010 ;

- la loi n° 2021-689 du 31 mai 2021 ;

- le décret n°2021-699 du 1er juin 2021 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur,

- et les conclusions de M. Bories, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté CAB/DS/BSI n° 2021 1147 du 29 décembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rendu obligatoire le port du masque pour les personnes de onze ans et plus sur l'ensemble de la voie publique et dans tous les lieux ouverts au public à compter du 31 décembre 2021, à l'exception de certains lieux énumérés sur les communes de Vaucresson et de Marne-la-Coquette de même que dans les forêts de ce département. Cet arrêté prévoit en outre qu'il ne s'applique pas aux personnes circulant à vélo, aux usagers de deux-roues circulant avec un casque intégral fermé, aux personnes circulant dans un véhicule, à celles pratiquant une activité physique et sportive et aux personnes en situation de handicap munies d'un certificat médical justifiant de cette dérogation et enfin aux personnes dont l'état de santé, dûment justifié par un certificat médical, contre-indique le port du masque. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les circonstances et le cadre du litige :

2. Aux termes du I de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021 relative à la gestion de la sortie de la crise sanitaire, le Premier ministre peut " à compter du 2 juin 2021 et jusqu'au 31 juillet 2022 inclus, (), par décret pris sur le rapport du ministre chargé de la santé, dans l'intérêt de la santé publique et aux seules fins de lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19 () 1° Réglementer () la circulation des personnes ". Selon le III du même article, il peut, lorsqu'il a pris une mesure mentionnée au I, habiliter le représentant de l'Etat territorialement compétents à " à prendre toutes les mesures générales ou individuelles d'application de ces dispositions ". Lorsque ces dernières doivent s'appliquer dans un champ géographique qui n'excède pas le territoire d'un département, le représentant de l'Etat dans le département doit prendre ces mesures après avis du directeur général de l'agence régionale de santé, qui est rendu public, et après consultation des exécutifs locaux ainsi que des parlementaires concernés. Le IV du même article exige que toutes les " mesures prescrites en application [de cet article soient] strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu " et qu'il y soit " mis fin sans délai lorsqu'elles ne sont plus nécessaires ".

3. Selon l'article 1er du décret du 1er juin 2021 prescrivant les mesures générales nécessaires à la gestion de la sortie de la crise sanitaire : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance. II. - Les rassemblements, réunions, activités, accueils et déplacements ainsi que l'usage des moyens de transports qui ne sont pas interdits en vertu du présent décret sont organisés en veillant au strict respect de ces mesures. Dans les cas où le port du masque n'est pas prescrit par le présent décret, le préfet de département est habilité à le rendre obligatoire, sauf dans les locaux d'habitation, lorsque les circonstances locales l'exigent. III. - En l'absence de port du masque, et sans préjudice des règles qui le rendent obligatoire, la distanciation mentionnée au I est portée à deux mètres. "

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le virus de la covid-19 peut se transmettre par gouttelettes respiratoires, par contacts et par voie aéroportée et que les personnes peuvent être contagieuses sans le savoir, notamment pendant la phase pré-symptomatique de l'infection. Si le risque de contamination est, de façon générale, moins élevé en plein air, il ne ressort pas des pièces du dossier que, au regard des données et recommandations scientifiques disponibles à la date de la décision attaquée, puisse être exclue la possibilité qu'un aérosol contenant le virus soit inhalé avec une charge infectante suffisante ou qu'une transmission par gouttelettes puisse avoir lieu en cas de forte concentration de population dans un lieu de plein air, le port du masque pouvant alors contribuer à réduire le risque de contamination. Dans ce contexte, une obligation de porter le masque à l'extérieur, lorsque la situation épidémiologique localement constatée le justifie, en cas de regroupement ou dans les lieux et aux heures de forte circulation de population ne permettant pas le respect de la distanciation physique, n'apparaît pas, à la date de la décision contestée, dénuée de nécessité.

5. D'autre part, il résulte des dispositions citées au point 2, notamment du IV de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021, que les mesures générales ou individuelles que le représentant de l'Etat territorialement compétent peut prendre, en application du II de l'article 1er du décret du 1er juin 2021, pour réglementer la circulation des personnes aux fins de lutter contre la propagation de l'épidémie de covid-19 doivent être strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu. Par suite, des dispositions rendant obligatoire le port du masque en extérieur doivent être justifiées par la situation épidémiologique constatée sur le territoire concerné. Elles ne peuvent être proportionnées que si elles sont limitées aux lieux et aux heures de forte circulation de population ne permettant pas d'assurer la distanciation physique et aux lieux où les personnes peuvent se regrouper, tels que les marchés, les rassemblements sur la voie publique ou les centres-villes commerçants, les périodes horaires devant être appropriées aux risques identifiés. Le préfet, lorsqu'il détermine, pour ces motifs, les lieux et les horaires de port obligatoire du masque en plein air, est en droit de délimiter des zones suffisamment larges pour que la règle soit compréhensible et son application cohérente.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, M. A fait valoir que l'obligation de porter le masque, imposée par le préfet des Hauts-de-Seine dans les circonstances mentionnées au point 1, méconnait la liberté d'aller et venir et la liberté personnelle, sans que le préfet ne démontre que ces atteintes graves seraient nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif de protection de la santé publique, alors, d'une part, que l'efficacité du port du masque en extérieur contre les risques de contamination n'est pas scientifiquement prouvée et, d'autre part, qu'il lui appartenait en tout état de cause de limiter cette obligation aux seuls lieux et moments où les règles de distanciation physique ne pourraient être respectées.

7. Il ressort des pièces du dossier que, à la date de la décision querellée, le taux d'incidence du virus dans le département des Hauts-de-Seine était en très nette augmentation, passant de 1,4% habitants le 25 décembre 2021, à 3,83% le 8 janvier 2022, au cours de cette même période, le taux de positivité étant passé de 8,2% à 20,4%, alors que le taux d'occupation des lits en réanimation en Ile-de-France était de 56,5% le 28 décembre 2021 et orienté à la hausse. Ainsi, eu égard à ce qui a été dit au point 4, une obligation de porter le masque à l'extérieur n'apparaît pas, à la date de l'arrêté contesté dénuée de nécessité en l'état des connaissances et notamment eu égard au risque de contamination par le variant Omicron, qui est très supérieur aux autres variants connus et sur lesquels portent les études scientifiques disponibles.

8. L'appréciation du caractère adapté et proportionné d'une mesure de police telle que celle en litige doit aussi prendre en compte les caractéristiques géographiques du département des Hauts-de-Seine, qui est un territoire homogène et urbanisé sur 99% de son espace, où la densité moyenne de la population atteint plus de 9 000 habitants par kilomètre carré et où notamment la densité du maillage des moyens de transports publics de personnes représente une offre de 0,76 station par kilomètre carré sur l'ensemble du territoire et sur des plages horaires quotidiennes très étendues.

9. Ainsi, eu égard, d'une part, à la situation épidémiologique du département, à la forte densité urbaine et à l'importance des volumes et des mouvements quotidiens de populations permis par une offre de transports couvrant l'ensemble du territoire départemental sur des amplitudes horaires très larges et à la nécessité de garantir l'application cohérente et effective de la mesure prise dans ce contexte de continuité urbaine, et d'autre part, à la circonstance que cet arrêté prévoit que l'obligation de port du masque ne s'applique pas pour les déplacements à vélo ou en deux-roues avec casque, ou lors des activités physiques et sportives, ou dans les zones peu urbanisées et les espaces verts, à l'exception des jours de forte affluence, l'arrêté contesté n'est ni général ni absolu. En outre, et pour les mêmes motifs, justifiés par la situation épidémiologique du département des Hauts-de-Seine, la décision en litige apparaît adaptée, proportionnée et appropriée aux risques sanitaires encourus, étant limitée aux lieux et aux heures de forte circulation de population ne permettant pas d'assurer la distanciation physique, et aux lieux où les personnes peuvent se regrouper, sur des périodes horaires appropriées aux risques identifiés. Les moyens tirés de l'absence de prise en compte des circonstances locales, de l'atteinte à la liberté d'aller et venir ou à la liberté de circulation énoncée à l'article 2 paragraphe 3 du protocole additionnel n°4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950, ou de la méconnaissance des articles 2 et 4 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 qui garantissent la liberté personnelle, doivent également être écartés.

10. En deuxième lieu, si M. A fait valoir que l'obligation du port du masque méconnaît la loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public, le moyen soulevé est inopérant, dès lors qu'il résulte de l'article 2 de cette loi que cette interdiction ne s'applique pas lorsque cette dissimulation est prescrite ou autorisée par des dispositions législatives ou réglementaires.

11. En troisième lieu, il résulte que ce qui a été dit au point 2, qu'en vertu de l'article 1er de la loi du 31 mai 2021, le Premier ministre peut, par décret, habiliter le représentant de l'Etat territorialement compétents à " à prendre toutes les mesures générales ou individuelles d'application de ces dispositions ". Par suite, le moyen tiré, par la voie de l'exception d'illégalité de l'article 1er du décret du 1er juin 2021, de ce que le préfet des Hauts-de-Seine ne serait pas compétent pour prendre une décision imposant le port du masque lorsque les circonstances locales l'exigent ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions liées aux frais du litige.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

13. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Et, aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection./ L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué".

14. Dès lors que l'action est manifestement mal fondée, il n'y a pas lieu d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

D E C I D E :

Article 1er : la requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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