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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200048

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200048

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantZOUBKOVA-ALLIEIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2022, Mme D A, représentée par Me Zoubkova-Allieis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation administrative en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ukrainienne née le 1er avril 1985, entrée en France en 2017 selon ses déclarations, a sollicité, le 24 mars 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 30 novembre 2021, dont Mme A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. E B, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté n° 2021-064 du préfet des Hauts-de-Seine en date du 13 octobre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 15 octobre 2021. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué du 30 novembre 2021 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

4. D'une part, l'arrêté en litige vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et mentionne les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels il a été pris. Il énonce que si Mme A dispose d'un contrat cerfa, établi le 6 octobre 2021 par un particulier, pour un emploi de garde d'enfant sous contrat à durée indéterminée à temps partiel de soixante-seize heures par mois et un salaire annuel de 9 120 euros, il en ressort qu'elle est payée en dessous du salaire minimum de croissance en vigueur pour l'année 2021. Il énonce également que l'intéressée, mariée avec un compatriote qui séjourne de manière irrégulière en France, est mère de deux enfants restés en Ukraine et ne justifie d'aucune circonstance faisant obstacle à ce que le couple poursuive leur vie familiale à l'étranger, où elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas se réinsérer, d'autant qu'elle conserve des attaches familiales fortes dans son pays d'origine, où résident ses deux enfants mineurs, ses parents ainsi que son frère et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans au moins. Il en conclut qu'au regard de l'ensemble de ces éléments, Mme A ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle ne peut bénéficier d'une mesure de régularisation à titre discrétionnaire. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. D'autre part, l'arrêté attaqué vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet d'assortir un refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire français contestée, qui, en vertu des termes mêmes de l'article L. 613-1 du même code, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est elle-même suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

6. Enfin, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de Mme A vise les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne notamment que l'intéressée ne justifie ni de circonstances humanitaires ni d'attaches familiales stables sur le territoire français et que, compte tenu, des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit donc être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".

8. D'une part, Mme A soutient que, depuis son entrée en France en 2017, elle a toujours travaillé pour le compte de particuliers en qualité de garde d'enfants et de femme de ménage et que, le 6 octobre 2021, elle a conclu un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel pour un emploi de garde d'enfants, qu'elle cumule avec d'autres emplois. Toutefois, l'intéressée ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'elle aurait exercé une activité professionnelle sur le territoire français. En outre, si, dans l'arrêté en litige, le préfet des Hauts-de-Seine ne conteste pas qu'elle a conclu un contrat de travail en tant que garde d'enfant le 6 octobre 2021, cette activité était très récente à date de la décision attaquée et ne permet pas de justifier d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, en refusant son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

9. D'autre part, si Mme A soutient qu'elle est présente en France depuis l'année 2017, elle n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de cette allégation. En tout état de cause, la circonstance qu'elle justifierait d'une telle durée de résidence sur le territoire français ne constitue pas un motif d'admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si elle fait également valoir que son époux réside en France, elle ne conteste pas que ce dernier séjourne de manière irrégulière sur le territoire français. En outre, la requérante, qui ne fournit aucune précision sur les liens de toute nature qu'elle aurait noués sur le territoire français, ne fait état d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'elle poursuive normalement sa vie privée et familiale à l'étranger et, en particulier, en Ukraine où vivent, selon les mentions non contestées de l'arrêté en litige, ses deux enfants mineurs, ses parents ainsi que son frère et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans. En outre, l'intéressée ne justifie d'aucune insertion sociale en France autre que l'insertion professionnelle dont elle se prévaut. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, en estimant que l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressée au titre de la vie privée et familiale ne répondait pas à des considérations humanitaires ou ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels, n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment aux points 8 et 9 du présent jugement, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et ainsi méconnu les stipulations et dispositions précitées.

12. En cinquième lieu, d'une part, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 9, compte tenu des éléments relatifs à la vie privée et familiale de l'intéressé et à son insertion professionnelle, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination sur la situation de la requérante.

13. D'autre part, eu égard à la situation de Mme A, rappelée aux points 8 et 9 du présent jugement, cette dernière ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière en France. Ainsi, en dépit de l'absence de toute précédente mesure d'éloignement, le préfet des Hauts-de-Seine, en fixant à une année la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcé à l'encontre de la requérante, n'a pas d'avantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation. Par suite ce moyen doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 30 novembre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. C et M. F, premiers conseillers,

assistés de Mme Magen, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

S. CLe président,

signé

R. FÉRALLa greffière,

signé

N. MAGEN

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation

Le Greffier

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