Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200067
mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2200067 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | KALIANS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Yannis John, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Garges-lès-Gonesse a refusé sa demande de permis de construire présentée le 28 mai 2021 ;
2°) d'enjoindre au maire de Garges-lès-Gonesse de lui délivrer le permis de construire sollicité dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Garges-lès-Gonesse la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que sa demande de permis de construire était complète.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2023, la commune de Garges-lès-Gonesse, représentée par Me Emilie Grzelczyk, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, le projet méconnaît les règles de sécurité et les dispositions de la zone UA du règlement du plan local d'urbanisme.
Par une ordonnance du 20 juillet 2023, l'instruction a été close le jour même en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Stéphane Eustache, premier conseiller,
- et les conclusions de M. Arnaud Boriès, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a déposé le 28 mai 2021 une demande de permis de construire aux fins de modifier une construction existante et son affectation aux fins de créer un établissement recevant du public de type " PO " et de la 5e catégorie.
Sur le cadre juridique :
2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'État. / Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret ".
3. Aux termes de l'article R. 423-38 du même code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis ou d'une décision tacite d'opposition en cas de déclaration ; / c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ".
4. Aux termes de l'article R. 423-41-1 du même code : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux demandes de pièces manquantes portant sur : / a) Le dossier prévu par les articles R. 111-19-18 et R. 111-19-19 du code de la construction et de l'habitation permettant de vérifier la conformité d'un établissement recevant du public avec les règles d'accessibilité aux personnes handicapées ; / b) Le dossier prévu par l'article R. 123-22 du même code permettant de vérifier la conformité d'un établissement recevant du public avec les règles de sécurité ; / c) Le dossier prévu par l'article R. 122-11-3 du même code permettant de vérifier la conformité du projet d'immeuble de grande hauteur avec les règles de sécurité ".
5. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'un dossier de demande de permis de construire est incomplet, l'administration doit inviter le demandeur, dans un délai d'un mois à compter de son dépôt, à compléter sa demande dans un délai de trois mois en lui indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes.
6. Si le demandeur produit, dans ce délai de trois mois à compter de la réception du courrier l'invitant à compléter sa demande, l'ensemble des pièces manquantes répondant aux exigences du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme, le délai d'instruction commence à courir à la date à laquelle l'administration les reçoit et, si aucune décision n'est notifiée à l'issue du délai d'instruction, un permis de construire est tacitement accordé.
7. A l'inverse, si le demandeur ne fait pas parvenir l'ensemble des pièces manquantes répondant aux exigences du livre IV dans le délai de trois mois, une décision tacite de rejet naît à l'expiration de ce délai. Lorsque l'administration estime, au vu des nouvelles pièces ainsi reçues dans ce délai de trois mois, que le dossier reste incomplet, elle peut inviter à nouveau le pétitionnaire à le compléter, cette demande étant toutefois sans incidence sur le cours du délai et la naissance d'une décision tacite de rejet si le pétitionnaire n'a pas régularisé son dossier au terme de ce délai.
8. Enfin, le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.
Sur la légalité de la décision attaquée :
9. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 19 juin 2021, les services de la direction du développement, de l'aménagement et de l'habitat de Garges-lès-Gonesse ont demandé à M. A de compléter sa demande en fournissant dix-huit pièces manquantes, notamment " le formulaire de demande dûment complété et signé ", " le formulaire de déclaration des éléments nécessaires au calcul des impositions dûment complété et signé ", " le formulaire du dossier spécifique permettant de vérifier la conformité des établissements recevant du public aux règles d'accessibilité et de sécurité contre l'incendie et la panique dûment complété ", " le dossier de demande de travaux conduisant à la création de locaux à usage d'habitation dans un bâtiment existant ".
10. Si le requérant soutient que cette demande de complément ne portait pas sur des pièces requises en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme, il ne produit aucun élément précis et circonstancié à l'appui de ces allégations. Ce moyen doit ainsi être écarté.
11. En deuxième lieu, si M. A a fourni le 9 août 2021 certaines des pièces manquantes, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas fourni dans le délai imparti l'intégralité des informations ou des pièces légalement réclamées par le courrier du 19 juin 2021 mentionné ci-dessus. A ce titre, il ressort des termes non sérieusement contestés de ce courrier que M. A a fourni " le formulaire de demande dûment complété mais non signé ", " le formulaire de déclaration des éléments nécessaires au calcul des impositions dûment complété mais incohérent au niveau du champ concernant le terrassement ", " le formulaire du dossier spécifique permettant de vérifier la conformité des établissements recevant du public aux règles d'accessibilité et de sécurité contre l'incendie et la panique dûment complété, mais incohérent avec le nombre de places dédiées aux personnes à mobilité réduite ". Il ressort également de ce courrier qu'en dépit de la demande qui lui a été faite, M. A n'a pas fourni " le dossier de demande de travaux conduisant à la création de locaux à usage d'habitation dans un bâtiment existant ".
12. Dans ces conditions, la demande de permis de construire litigieuse a pu être légalement rejetée par une décision implicite conformément aux dispositions b) de l'article R. 423-39 du code de l'urbanisme. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir qu'un permis de construire tacite lui aurait été délivré et que les dispositions précitées du code de l'urbanisme auraient été méconnues. Ces moyens doivent ainsi être écartés.
13. En troisième lieu, le requérant ne peut pas utilement soutenir pour contester la décision litigieuse que le courrier du 2 novembre 2021, par lequel le maire l'a informé du rejet implicite de sa demande de permis de construire, a été signé par une personne incompétente, dès lors que ce courrier n'est pas l'instrument de la décision attaquée et se borne à l'informer de la survenance de cette dernière. Ce moyen doit ainsi être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la demande ni les substitutions de motifs sollicitées, que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Garges-lès-Gonesse, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
16. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A le versement d'une somme de 1 500 euros à la commune de Garges-lès-Gonesse au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera une somme de 1 500 euros à la commune de Garges-lès-Gonesse en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Garges-lès-Gonesse.
Copie en sera transmise pour information au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience publique du 12 juin 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Thomas Bertoncini, président de chambre,
- Mme Zohra Saïh, première conseillère,
- M. Stéphane Eustache, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.
Le rapporteur,
signé
S. Eustache
Le président de la 8ème chambre,
signé
T. Bertoncini
La greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,