lundi 29 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2200157 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | ZOUBKOVA-ALLIEIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 janvier 2022, M. B G, représenté par Me Zoubkova-Allieis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation administrative en vue de la délivrance d'un titre de séjour avec la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle au regard de ces dispositions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Par une décision en date du 14 février 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. E.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Féral, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. G, ressortissant ukrainien né le 29 mai 1984, a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 30 novembre 2021, dont il demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué été signé par M. F C, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté n° 2021-064 du préfet des Hauts-de-Seine du 13 octobre 2021, publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du 15 octobre 2021. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 30 novembre 2021 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () " Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
4. D'une part, la décision portant refus de titre de séjour en litige, qui vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. G ne remplit pas les conditions prévues par les article L. 423-23 de ce code pour se voir délivrer un titre de séjour dès lors qu'il ne justifie pas de la réalité de liens personnels et familiaux établis en France qui seraient anciens, stables et intenses. En outre, après avoir visé les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette décision énonce que l'intéressé ne justifie pas d'une expérience professionnelle et d'une ancienneté dans l'emploi suffisantes. Elle relève également que le requérant est marié avec une compatriote qui séjourne irrégulièrement sur le territoire français, qu'il est père de deux enfants mineurs restés en Ukraine. Elle énonce qu'au vu de l'ensemble de ces éléments, l'intéressé ne justifie d'aucune considération humanitaire, ni d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre la régularisation de sa situation que ce soit en qualité de salarié ou au titre de la vie privée et familiale. Enfin, la décision attaquée mentionne que M. G n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'eu égard à l'ensemble de sa situation privée et familiale, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie familiale normale. Ainsi, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à reprendre l'ensemble des éléments propres à la situation de l'intéressé, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
5. D'autre part, l'arrêté attaqué vise également l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet d'assortir un refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire français contestée, qui, en vertu des termes mêmes de l'article L. 613-1 du même code, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est elle-même suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a obligé l'intéressée à quitter le territoire français doit être écarté.
6. Enfin, la décision faisant interdiction à M. G de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an vise les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique notamment que M. G ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'il ne peut justifier d'une expérience professionnelle et d'une ancienneté dans l'emploi suffisante, que sa situation familiale ne fait pas état d'attaches stables sur le territoire français et que, compte tenu, des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision attaquée, qui comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisance de motivation doit donc être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à ''article L. 412-1 () ".
8. D'une part, M. G soutient que depuis 2017 il a toujours travaillé pour le compte de plusieurs entreprises du bâtiment et que depuis le 6 septembre 2021 il a signé un contrat de travail à durée indéterminée avec la société " Caporal " en qualité de chef de chantier. Toutefois, alors que l'intéressé ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il aurait exercé une activité professionnelle avant la conclusion de son contrat de travail avec la société " Caporal ", l'activité dont il se prévaut est très récente à date de la décision attaquée et ne permet pas de justifier d'une insertion professionnelle ancienne, stable et durable en France. Dans ces conditions, quand bien même le métier exercé par M. G serait un métier " sous tension ", le préfet des Hauts-de-Seine en refusant son admission exceptionnelle au séjour au regard du volet " salarié " de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a ni méconnu ces dispositions ni commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de l'intéressé au regard de ces dispositions.
9. D'autre part, si M. G soutient qu'il est présent en France depuis plus de dix ans et y réside de manière interrompue depuis 2017, il n'apporte aucun élément de preuve à l'appui de cette allégation. S'il fait également valoir que son épouse réside en France, il n'établit pas qu'elle séjournerait de manière régulière sur le territoire français. Ainsi, l'intéressé n'établit pas qu'il existerait un obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue ailleurs qu'en France et notamment en Ukraine où il a toujours vécu et où il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales. En outre, l'intéressé ne justifie d'aucune insertion sociale en France autre que l'insertion professionnelle dont il se prévaut. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, en estimant que l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé au titre de la vie privée et familiale ne répondait pas à des considérations humanitaires ou ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels, n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de l'intéressée au regard de ces dispositions
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés précédemment aux points 8 et 9 du présent jugement, M. G n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et ainsi méconnu les stipulations et dispositions précitées.
12. En cinquième lieu, d'une part, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 9, compte tenu des éléments relatifs à la vie privée et familiale de l'intéressé et à son insertion professionnelle, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences des décisions lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination sur la situation du requérant.
13. D'autre part, eu égard à la situation de M. G rappelée aux points 8 et 9 du présent jugement, ce dernier ne justifie d'aucune circonstance humanitaire et ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière en France. Ainsi, en dépit de l'absence de toute précédente mesure d'éloignement, le préfet des Hauts-de-Seine, en fixant à une année la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français infligée au requérant, n'a pas d'avantage entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite ce moyen doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. G doivent être rejetées. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B G et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, Mme A et M. D, premiers conseillers,
assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 août 2022.
Le président,
signé
R. FéralL'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
signé
C. ALa greffière,
signé
M. H
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation
Le Greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026