mercredi 12 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2200173 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème Chambre |
| Avocat requérant | MARCEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 6 janvier 2022, 26 avril 2022, 2 décembre 2024 et 3 décembre 2024, M. A, représenté par Me Marcel, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 14 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 30 juin 2021 l'affectant au sein du groupement de gendarmerie départementale du Val-d'Oise ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée de vices de procédure dès lors que l'intégralité du dossier ayant servi au prononcé de sa mutation d'office ne lui a pas été communiqué en méconnaissance de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 et qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien préalable comme le prévoient l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et le point 2.1 de la circulaire n° 90000 du 20 novembre 2012 relative à la mutation d'office d'un militaire dans l'intérêt du service pour des motifs tenant à la personne de l'intéressé ;
- elle ne se fonde pas sur l'intérêt du service et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget et des recettes de l'exercice 1905 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Louvel ;
- les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public ;
- et les observations de Me Marcel, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, chef d'escadron de la gendarmerie nationale, a été affecté comme commandant de la compagnie de gendarmerie départementale de Saint-Martin-Saint-Barthélemy à compter du 1er août 2019. Après avoir constaté des défaillances dans le fonctionnement de cette compagnie, le commandant de la gendarmerie d'outre-mer a demandé, le 21 avril 2021, l'ouverture d'une enquête administrative. Les conclusions de cette enquête ont donné lieu à la rédaction d'un rapport, le 15 mai 2021, faisant état notamment d'un comportement inapproprié de M. A à l'égard de ses subordonnés et avec les autorités judiciaires. Par décision du 30 juin 2021, M. A a fait l'objet d'une mutation d'office dans l'intérêt du service au groupement de gendarmerie départementale du Val-d'Oise (95), à compter du 16 août 2021. L'intéressé demande l'annulation de la décision du 14 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur, après avis de la commission des recours des militaires, a rejeté son recours préalable tendant à l'annulation de la décision du 16 août 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté NOR INTK2203623A du 22 février 2022, portant délégation de signature (cabinet du ministre), régulièrement publié au Journal officiel de la République française le 23 février 2022, le ministre de l'intérieur a donné délégation à
M. D B, directeur adjoint de cabinet, à l'effet de signer tous actes, arrêtés ou décisions, à l'exclusion des décrets. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 14 avril 2022 manque en fait et doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 : " Tous les militaires () ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé, par lettre du ministre de l'intérieur en date du 1er juin 2021, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure de mutation d'office dans l'intérêt du service pour des motifs tenant à sa personne, exposés dans un rapport daté du 27 mai 2021 dont la copie était jointe. La même lettre informait le requérant qu'il avait la faculté, notamment, de prendre connaissance de son dossier individuel et de son livret médical, ce que M. A a indiqué ne pas souhaiter, ainsi qu'en atteste le récépissé qu'il a signé le 4 juin 2021. Ainsi, l'administration a mis à-même M. A de pouvoir prendre connaissance des éléments composant son dossier et de présenter des observations écrites en temps utile, avant que sa mutation d'office ne soit prononcée. Si le requérant fait valoir, par ailleurs, que le dossier qui lui a été communiqué était incomplet, faute de comporter le rapport d'audit établi par la direction générale de la gendarmerie nationale au mois de mars 2021 et le compte-rendu du 9 novembre 2020 relatif au déplacement effectué en octobre 2020 par le général Descoux, commandant la gendarmerie d'outre-mer, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces deux documents, dont le contenu a simplement conduit le commandement à décider de diligenter une enquête administrative, auraient été utiles à la défense de M. A, ce dernier ayant reçu communication de l'enquête administrative sur laquelle repose sa mutation d'office. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905, doit être écarté.
5. En troisième lieu, ni l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ", ni la circulaire du ministre de l'intérieur n° 90000/GEND/DPMGN/SDAP/BCPJ du 20 novembre 2012 relative à la mutation d'office d'un militaire dans l'intérêt du service pour des motifs tenant à la personne de l'intéressé, à supposer que le requérant puisse utilement l'invoquer, ne subordonnent la légalité de la décision de mutation d'office d'un militaire à un entretien préalable avec le commandement. Au surplus, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait formulé une demande d'entretien ou qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'autorité décisionnaire des éléments susceptibles d'influencer sa décision. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure lié au défaut d'entretien préalable doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 4121-5 du code de la défense : " Les militaires peuvent être appelés à servir en tout temps et en tout lieu () ". Il appartient dès lors à l'autorité administrative compétente d'apprécier l'intérêt du service pour prononcer les mutations et affectations de personnels. Si l'intérêt du service ne s'y oppose pas, l'autorité administrative doit également prendre en compte la situation familiale des militaires. Le ministre de l'intérieur peut à tout moment donner, dans l'intérêt du service, une nouvelle affectation à un militaire, sans que celui-ci puisse invoquer des droits acquis à sa précédente affectation.
7. La mutation dans l'intérêt du service constitue une sanction déguisée dès lors qu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté atteinte à la situation professionnelle de ce dernier.
8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision du 14 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur, après avis de la commission des recours des militaires, a rejeté le recours préalable du requérant, que la décision de mutation d'office de M. A a été prise afin de mettre un terme à une situation difficile au sein de la compagnie de gendarmerie départementale de Saint-Martin-Saint-Barthélémy dont l'intéressé s'était vu confier le commandement à l'été 2019. Le rapport de synthèse du 15 mai 2021 rédigé à l'issue de l'enquête administrative diligentée à la demande du commandant de la gendarmerie outre-mer, après avoir noté que l'environnement professionnel dans lequel le requérant a exercé son commandement était compliqué, compte tenu notamment d'un contexte de délinquance très violente, de la déloyauté de plusieurs de ses subordonnés et de relations ambivalentes avec les partenaires institutionnels, indique que M. A s'est révélé, dans son commandement, " froid, distant, agressif dans ses paroles quand il est sous pression, antipathique et caractériel, voire méchant et insultant, ou encore inaccessible pour ses personnels ", ce qui a conduit à une rupture du dialogue avec ses subordonnés directs et est à l'origine de dysfonctionnements du service. Des difficultés dans les relations avec les autorités administratives et partenaires institutionnels ont également été constatées à l'occasion de cette enquête, M. A s'étant vu reprocher notamment d'avoir proféré une injure publique à l'endroit de la préfète déléguée de Saint-Barthélemy et Saint-Martin et d'entretenir des relations tendues avec le vice-procureur de Basse-Terre. Outre un commandement rigide, l'autorité hiérarchique reproche à M. A de ne pas être fédérateur, ainsi qu'un manque de présence et de réaction dans les phases opérationnelles. Si M. A invoque, outre la déloyauté de certains de ses subordonnés, la qualité de ses notations annuelles des années 1995, 2004, 2008, 2013 et 2015, le fait qu'il ait été décoré de l'Ordre national du mérite et félicité à plusieurs reprises par sa hiérarchie, ces éléments, pour la plupart antérieurs à son arrivée à la tête de la compagnie de gendarmerie départementale de Saint-Martin-Saint-Barthélémy, ne sont pas de nature à remettre en cause sa responsabilité, fut-elle partagée avec d'autres acteurs localement, dans les dysfonctionnements constatés au sein de la compagnie de gendarmerie départementale de Saint-Martin-Saint-Barthélemy à partir du mois d'octobre 2020. Il ressort ainsi des pièces du dossier que la mutation de l'intéressé, décidée dans le seul but de remédier à une situation professionnelle particulièrement dégradée, est justifiée par l'intérêt du service et ne constitue pas une sanction déguisée. Par suite, en décidant de muter M. A d'office dans l'intérêt du service au groupement de gendarmerie départementale du Val-d'Oise à compter du 16 août 2021 et en rejetant le recours préalable formé par l'intéressé contre cette mutation, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 29 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Louvel, premier conseiller,
Mme Colin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.
Le rapporteur,
Signé
T. Louvel
Le président,
Signé
S. Ouillon
La greffière,
Signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026