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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200229

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200229

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 janvier 2022, M. B C, représenté par Me Hug, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 août 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et dans cette attente de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il n'est pas établi que les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui ont rendu l'avis préalable à la décision litigieuse étaient régulièrement désignés, ni que le médecin rapporteur n'aurait pas participé à la délibération ;

- il n'est pas établi que cet avis ait été signé dans des conditions conformes aux dispositions de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration relatives à la signature électronique ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle et a commis une erreur d'appréciation en faisant application du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- la décision méconnaît les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, qui constitue son fondement ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, qui constituent son fondement ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une décision du 15 novembre 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 7 novembre 1988, demande l'annulation de l'arrêté du 12 août 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français durant un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à l'instruction des demandes présentées sur ce fondement, la décision est précédée d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui " est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". L'article R. 425-12 du même code dispose que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. " et son article R. 425-13 prévoit que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ".

3. D'une part, pour l'application de ces dispositions, le directeur général de l'OFII a adopté le 17 janvier 2017 deux décisions librement accessibles sur le site Internet de l'Office, relatives respectivement à la composition et au fonctionnement du collège de médecins à compétence nationale de l'OFII et portant désignation au sein de ce collège national, l'annexe de cette dernière ayant été modifiée en dernier lieu, à la date de la décision attaquée, par une décision du 7 juin 2021. Par ailleurs, il ressort des mentions portées sur l'avis du collège des médecins de l'OFII, non utilement contestées, que d'une part les trois médecins l'ayant adopté ainsi que le médecin rapporteur avaient ainsi été régulièrement désignés, et que d'autre part le médecin rapporteur, n'a pas participé à la délibération. Le moyen tiré de l'irrégularité de cet avis doit ainsi être écarté.

4. D'autre part, dès lors que l'avis du collège des médecins de l'OFII ne constitue pas une décision administrative, mais un simple acte préparatoire, les dispositions de l'article

L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ne lui sont pas applicables. Le moyen tiré de leur méconnaissance est dès lors inopérant.

5. Enfin, en se bornant à produire un certificat médical peu circonstancié, qui n'indique ni la nature de la pathologie dont il souffre, ni celle de la prise en charge dont il a besoin, M. C n'établit pas que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ou aurait commis une erreur d'appréciation en retenant que l'absence des soins rendus nécessaires par son état de santé n'était pas de nature à entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

7. M. C se prévaut de sa présence en France depuis 2018, de sa participation à des activités associatives, d'une promesse d'embauche par une société de restauration, et d'un cours d'initiation à l'informatique suivi durant trente heures. Toutefois, ces éléments ne sont pas de nature à établir que le centre de ses intérêts privés et familiaux se trouverait en France ni, par suite, que le préfet des Hauts-de-Seine aurait méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par ailleurs, dès lors que M. C n'a pas formé de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet n'a pas examiné d'office sa demande sur ce fondement, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'arrêté PCI n° 2021-039 du 14 juin 2021, régulièrement publié, M. A, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt et signataire de la décision attaquée, s'est vu déléguer la signature du préfet des Hauts-de-Seine aux fins de signer les obligations de quitter le territoire français et les interdictions de retour sur le territoire français, de sorte que le moyen tiré de son incompétence doit être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ". En l'espèce, l'obligation de quitter le territoire français litigieuse a été prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'elle n'avait pas à faire l'objet d'une motivation différente de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, elle-même suffisamment motivée au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 2 à 7, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

11. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 8, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ".

14. S'il ressort des pièces du dossier que M. C est présent en France depuis 2018, qu'il y a des activités associatives, y reçoit des soins, y a suivi des formations et y dispose d'une promesse d'embauche, il est toutefois constant que, ainsi que l'a relevé le préfet dans les motifs de l'arrêté attaqué, il est célibataire et sans charge de famille, il ne travaille pas et il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français en 2019. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dont serait entachée l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an, qui est par ailleurs suffisamment motivée, n'est pas fondé.

Sur les conclusions accessoires :

15. Par voie de conséquence du rejet des conclusions de M. C à fin d'annulation, ses conclusions à fin d'injonction et tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet des Hauts-de-Seine et à Me Hug.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient

Mme Van Muylder, présidente,

M. E et M. D, premiers conseillers,

assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

G. ELa présidente,

signé

C. Van MuylderLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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