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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200322

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200322

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET SAMSON ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2022, M. B, représenté par Me Samson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " en date du 20 novembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 23 décembre 2019, 30 mai 2020, 24 juillet 2020 et 30 janvier 2021.

Il soutient qu'il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points contestées ; qu'il a formé une réclamation à l'encontre de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction constatée le 23 décembre 2019 ; qu'ainsi la réalité de l'infraction ne peut être regardée comme établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la décision de retrait de point suite à l'infraction relevée le 30 janvier 2021, le point retiré ayant été restitué le 19 janvier 2022, sur la décision de retrait de point consécutive à l'infraction commise le 23 décembre 2019 dès lors que le relevé d'information intégral du requérant ne la mentionne plus et sur la décision " 48 SI " du 20 novembre 2021 dès lors que le solde de points du permis de conduire du requérant est redevenu positif ; que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés s'agissant des autres décisions de retrait de point.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 22 mars 2022, M. B indique au tribunal se désister de ses conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées 23 décembre 2019 et 30 janvier 2021 et de la décision " 48 SI " du 30 novembre 2021 en tant qu'elle invalide son permis de conduire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Drevon-Coblence a été entendu au cours de l'audience publique .

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. B. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur a, par décision du 20 novembre 2021, prononcé l'invalidation de ce permis et ordonné à M. B de restituer son titre de conduite. M. B demande l'annulation des retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 23 décembre 2019, 30 mai 2020, 24 juillet 2020 et 30 janvier 2021 et de la décision du 20 novembre 2021 susmentionnée.

Sur le désistement partiel :

2. Si, dans sa requête, M. B avait demandé l'annulation des décisions de retrait de point consécutives aux infractions constatées les 23 décembre 2019 et 30 janvier 2021, ainsi que l'annulation de la décision " 48 SI " du 20 novembre 2021, il a, dans son mémoire enregistré le 22 mars 2022, expressément abandonné ces conclusions. Dès lors, il y a lieu pour le tribunal de donner acte du désistement de M. B de ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

En ce qui concerne la légalité de la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction constatée le 30 mai 2020 :

4. Il résulte de l'instruction que l'infraction concernée a été relevée sans interception du véhicule à l'aide d'un système de contrôle automatisé. Il résulte du relevé d'information intégral de M. B que celui-ci ne s'est pas acquitté de l'amende forfaitaire relative à cette infraction et qu'un titre exécutoire a été émis. M. B, qui n'a donc pas payé l'amende forfaitaire afférente à cette infraction, et dont il n'est pas établi qu'il se soit acquitté de l'amende forfaitaire majorée, ne peut être regardé comme ayant nécessairement reçu les avis de contravention correspondant ni même les avis d'amende forfaitaire. Il n'est dès lors pas établi que les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été régulièrement délivrées à l'intéressé. Par suite, l'administration n'apporte pas la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information et le retrait de point correspondant à cette infraction doit être annulé.

En ce qui concerne la légalité de la décision de retrait de trois points consécutive à l'infraction constatée le 24 juillet 2020 :

5. Lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation et le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. Si l'infraction en litige a donné lieu, en application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire ou du dépôt régulier d'une requête en exonération, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance qui établit la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code la route, n'est toutefois pas de nature à établir que M. B aurait reçu l'information prévue à l'article L. 223-3 du même code. Dans ces conditions, le ministre ne rapporte pas la preuve, dont la charge lui incombe, que le requérant a effectivement reçu l'avis de contravention lié à l'infraction contestée et qu'il aurait, dès lors, pris connaissance des informations que ces documents comportent sur les conséquences du paiement de l'amende forfaitaire sur le capital de points affecté à son permis. Dès lors, le retrait de trois points correspondant à cette infraction doit être annulé.

6. Il résulte de ce qui précède que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 30 mai 2020 (un point) et 24 juillet 2020 (trois points) doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à l'intéressé le bénéfice des quatre points irrégulièrement retirés et de réexaminer la situation de M. B dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Le surplus des conclusions à fin d'injonction de M. B doit être rejeté.

DECIDE :

Article 1er : Il est donné acte du désistement de M. B de ses conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 23 décembre 2019 et 30 janvier 2021 ainsi que de la décision " 48 SI " du 20 novembre 2021.

Article 2 : Les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points du permis de conduire de M. B à la suite des infractions constatées les 30 mai 2020 (un point) et 24 juillet 2020 (trois points) sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. B le bénéfice des points retirés à la suite des infractions mentionnées à l'article 2 ci-dessus, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation du requérant pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

La magistrate désignée,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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