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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200376

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200376

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGORALCZYK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2022, Mme A C, représentée par Me Goralczyk, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 décembre 2021 en tant que, par cet arrêté, le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de produire son entier dossier ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait dès lors que son futur employeur, la société MN SERVICES, a bien répondu à la demande d'authentification de la promesse d'embauche qu'elle avait rédigée, par lettre recommandée avec accusé de réception du 21 octobre 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle n'a pas déposé une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle n'avait donc pas à justifier d'un visa long séjour et d'un contrat de travail visé ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 février 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère ;

- et les observations de Me Goralczyk, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante de la République Démocratique du Congo, est entrée en France le 29 juillet 2010 et a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", le 25 juin 2019. Par un arrêté du 3 décembre 2021, et après saisine de la commission du titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. En premier lieu, pour refuser de délivrer le titre de séjour que Mme C sollicitait, le préfet du Val-d'Oise s'est notamment fondé sur la circonstance que la commission du titre de séjour, qu'il avait saisie conformément à l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avait émis un avis défavorable le 18 juin 2021 et que le futur employeur de Mme C, la société " MN SERVICES ", n'avait pas répondu à la demande d'authentification de la promesse d'embauche qui lui avait été adressée. Si Mme C fait valoir que le préfet du Val-d'Oise n'a pas pris en compte le courrier recommandé que son futur employeur a adressé à la préfecture du Val-d'Oise le 21 octobre 2021, en vue d'authentifier la promesse d'embauche qu'il avait rédigée à son bénéfice, elle ne l'établit pas par la seule production de la copie de la preuve de dépôt d'un recommandé avec accusé de réception adressé à la préfecture du Val-d'Oise, qui ne permet pas de justifier du contenu de cet envoi. Il s'ensuit que le préfet a pu, sans commettre d'erreur de fait, constater dans sa décision que le futur employeur de Mme C s'était abstenu d'authentifier la promesse d'embauche dont la requérante s'était prévalue à l'appui de sa demande de titre de séjour.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". L'article L. 412-1 de ce code dispose : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

4. Il ressort des motifs de la décision contestée que le préfet du Val-d'Oise a relevé que la requérante avait sollicité " son admission au séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ". Il ressort des mentions de la fiche de renseignements, complétée par Mme C et produite en défense, que la requérante a coché, dans la rubrique " motif de la demande ", la case " exercice d'une activité professionnelle salariée ", sans cocher la case prévue pour les demandes d'admission exceptionnelle au séjour. Il s'ensuit que le préfet du Val-d'Oise a pu, sans commettre d'erreur de droit, considérer que la demande de la requérante était présentée sur le fondement de l'article L. 421-1 précité et lui opposer l'absence de production d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Lorsque l'autorité administrative procède à l'examen d'une demande de régularisation, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il lui appartient de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que, par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Il résulte enfin des dispositions de cet article que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir et que, dans ces conditions, il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

7. En l'espèce, après avoir examiné les droits au séjour de Mme C au regard des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et constaté que l'intéressée ne justifiait ni d'un visa de long séjour, ni d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative, le préfet du Val-d'Oise a examiné la possibilité de régulariser sa situation sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. À cet égard, si Mme C, qui est entrée en France le 29 juillet 2010, justifiait d'un séjour continu de plus de onze ans sur le territoire français à la date de l'arrêté en litige, il ressort de la fiche de renseignements, complétée par ses soins, qu'elle était célibataire et disposait d'importantes attaches dans son pays d'origine où résidaient ses trois enfants, ses parents, ainsi qu'une partie de sa fratrie et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de quarante ans. Par ailleurs, la requérante n'allègue pas avoir noué d'attaches personnelles sur le territoire français. Elle n'a pas exercé d'activité professionnelle depuis son arrivée en France et la promesse d'embauche dont elle se prévaut en vue d'un emploi de femme de ménage n'a pas été authentifiée par son futur employeur, la société MN SERVICES. Enfin, les pièces produites ne témoignent pas d'une intégration particulière de Mme C, qui est pourtant présente sur le territoire français depuis 2010. Dans ces conditions, en estimant que l'admission au séjour de la requérante ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas davantage au regard de motifs exceptionnels, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7, Mme C n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le préfet du Val-d'Oise a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du préfet du Val-d'Oise en date du 3 décembre 2021 rejetant sa demande de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente ;

Mme Zaccaron Guérin, conseillère ;

M. Rossi, conseiller ;

Assistés de Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

C. Zaccaron Guérin

La présidente,

Signé

V. Poupineau

La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La Greffière

N°2200376

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