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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200449

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200449

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200449
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNOUEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 janvier 2022, la société Coiffure Masculine, représentée par Me Nouel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 7 300 euros et la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 2 124 euros, ensemble la décision du 21 décembre 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'annuler les titres de perception émis le 8 novembre 2021 en vue du recouvrement de la contribution spéciale et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement mises à sa charge ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 31 août 2021 est entachée d'un vice de compétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 8253-1 du code de travail.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2022, le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La requête a été communiquée au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénal ;

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, rapporteure ;

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public ;

- et les observations de Me Lenouvel-Alvarez représentant la société requérante.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'un contrôle réalisé par les services de police le 10 mai 2021 dans le salon de coiffure " Coiffure Masculine " à Colombes, dans les Hauts-de-Seine, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, au vu du procès-verbal établi lors de cette opération de contrôle établissant l'emploi d'un ressortissant étranger dépourvu de titre de séjour l'autorisant à travailler en France, avisé la société Coiffure Masculine, par lettre du 21 juin 2021, qu'indépendamment des poursuites pénales susceptibles d'être engagées, il envisageait de la rendre redevable de la contribution spéciale, sur le fondement des dispositions de l'article L. 8253-1 du code du travail et de la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 31 août 2021, l'OFII a mis à la charge de cette société la somme totale de 9 424 euros au titre de ces deux contributions. Par une décision du 21 décembre 2021 le directeur général de l'OFII a rejeté le recours gracieux présenté le 2 novembre 2021 par la société requérante. Le 8 novembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de l'Essonne a émis deux titres de perception à son encontre afin de recouvrer les sommes litigieuses Par la présente requête, la société Coiffure Masculine demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

2. En premier lieu, par une décision du 19 décembre 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur le même jour, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme B A, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général de l'OFII pour signer, notamment, les décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de la décision litigieuse. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat () ". Aux termes de l'article R. 8253-1 du même code : "I.- Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. ()". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. ".

4. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 3 ou en décharger l'employeur.

5. Pour fonder les contributions en litiges le directeur général de l'OFII s'est fondé sur l'emploi d'un salarié tunisien dépourvu de titre l'autorisant à travailler. Il ressort du procès-verbal d'infraction, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que, lors du contrôle de police opéré le 10 mai 2021, ce ressortissant tunisien se trouvait en action de travail dans le salon de coiffure exploitée par la société requérante. Il résulte de l'instruction que si le salarié tunisien lui a présenté l'original d'une carte d'identité italienne, ce document, qui n'est pas délivré qu'aux seuls ressortissants italiens, mentionne la nationalité tunisienne de ce dernier. Par ailleurs, si la société requérante produit un titre de séjour autorisant l'intéressé à travailler en France, ce titre a été délivré par le préfet des Hauts-de-Seine le 18 janvier 2023, soit après les décisions attaquées. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'OFII a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de décharge présentées par la société Coiffure Masculine doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de la société Coiffure Masculine est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Coiffure Masculine, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et au directeur départemental des finances publiques de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

C. GoudenècheLa présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2200449

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