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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200481

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200481

vendredi 25 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200481
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSIMON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 janvier 2022 et 7 octobre 2022, Mme B C, représentée par Me Simon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai, et lui a fait obligation de remettre son passeport ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivé ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure faute d'avis préalable de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son admission exceptionnelle au séjour compte tenu, d'une part, de son expérience professionnelle, et d'autre part, de ses attaches personnelles en France.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de remettre son passeport :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Probert, premier conseiller ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante marocaine née le 31 décembre 1974, est entrée en France le 10 mars 2008, selon ses déclarations. Elle a sollicité le 1er octobre 2019 son admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 décembre 2021, dont Mme D demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office à l'expiration de ce délai, et lui a fait obligation de remettre son passeport.

Sur les moyens communs à l'encontre des décisions :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme A E, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux des étrangers, qui disposait d'une délégation consentie par un arrêté n°21-038 du 21 octobre 2021 du préfet du Val-d'Oise, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et de son adjointe. Il n'est pas établi que le directeur des migrations et de l'intégration et son adjointe n'auraient pas été absents ou empêchés. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 visé ci-dessus, ainsi que les dispositions des articles L. 435-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que l'intéressée ne peut être regardée comme justifiant de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires permettant son admission exceptionnelle au séjour, et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à comporter l'ensemble des éléments de fait portés par l'intéressée à la connaissance du préfet, est suffisamment motivé.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, pour les motifs indiqués au point 2, la décision n'est pas entachée d'un défaut d'examen particulier de la situation de Mme C.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, alors que l'arrêté attaqué vise l'avis défavorable émis le 5 novembre 2021 par la commission du titre de séjour, que cette commission n'aurait pas été préalablement consultée. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'un vice de procédure.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'appliquent sous réserve des conventions internationales. Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles () ".

7. Les stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-marocain régissent l'intégralité des conditions dans lesquelles un titre de séjour portant la mention " salarié " est délivré aux ressortissants marocains. Ces stipulations font, dès lors, obstacle à l'application, aux ressortissants marocains, des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelées au point 1, en tant qu'elles prévoient la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

8. Il ressort des bulletins de paye produits par l'intéressée qu'elle travaille depuis mars 2016 pour la société Servia Service en tant qu'agent de service à temps partiel, pour une quotité mensuelle de travail s'élevant entre un tiers et la moitié d'un temps complet. L'intéressée a travaillé également, depuis juin 2017, pour la société SNEP en tant qu'agent de service à temps partiel, pour une quotité de travail d'environ 43 heures mensuelles jusqu'à janvier 2020, quotité qui a été portée à plus de 75 heures, puis autour de 100 heures mensuelles, à compter de février 2020. L'intéressé avait en outre travaillé pour la société Anet et Services SARL, de février 2016 à juillet 2016, également en tant qu'agent de service à temps partiel, pour 18 heures hebdomadaires, et enfin, pour des quotités horaires mensuelles allant de 35 à 103 heures pour la société Pulita, de juin 2016 à août 2017. Enfin, l'intéressée justifie également d'un emploi au domicile de particulier depuis avril 2021, pour un montant net mensuel d'environ 125 euros. Toutefois, au regard tant de la durée et des conditions d'emplois de Mme C que de son degré de qualification, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté, en tant qu'il lui refuse l'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, si les ressortissants marocains ne peuvent pas se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", ils peuvent, en revanche, se prévaloir des dispositions de cet article à l'appui d'une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Si l'intéressée fait valoir qu'elle est entrée en France en 2008, il ressort des pièces du dossier qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 33 ans au Maroc, pays dans lequel résident aussi ses deux enfants majeurs ainsi que sa mère et son frère. En outre, si le père de la requérante réside en France, il n'est pas établi qu'elle entretiendrait avec ce dernier des relations régulières. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que l'autorité préfectorale a estimé que l'admission au séjour en France de Mme C ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas davantage par des motifs exceptionnels.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que le moyen tiré de l'illégalité de la décision d'éloignement par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 9, la décision d'éloignement ne porte pas à la vie privée et familiale de Mme C une atteinte excessive au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'éloignement doit être écarté.

13. Pour les motifs indiqués au point 9, la décision ne porte pas à la vie privée et familiale de Mme C une atteinte excessive au regard des buts qu'elle poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision de remise de passeport :

14. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision du fait de l'illégalité de la décision d'éloignement doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter les conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Buisson, président ;

- M. Probert, premier conseiller ;

- Mme Garona, conseillère ;

assistés de Mme Duroux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

L. Probert Le président,

signé

L. BuissonLa greffière,

signé

C. Duroux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2200481

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