vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2200555 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SADOUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 janvier 2022, Mme C F épouse D, représentée par Me Sadoun, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 21 décembre 2021 en tant que, par cet arrêté, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée dès lors que le préfet ne mentionne pas expressément les motifs exceptionnels qu'elle a pourtant portés à sa connaissance par courrier recommandé adressé à la sous-préfecture de Sarcelles le 23 avril 2021 ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors que le préfet a instruit sa demande de titre de séjour au regard de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et n'a pas pris en compte les motifs exceptionnels qu'elle invoquait et qui auraient dû lui permettre d'obtenir son admission au séjour dans le cadre du pouvoir de régularisation que détient le préfet sans texte ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par une ordonnance du 24 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 février 2022 à 12 heures.
Un mémoire en défense, enregistré le 7 juillet 2022, a été présenté par le préfet du Val-d'Oise postérieurement à la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère ;
- et les observations de Me Sadoun, représentant Mme F, épouse D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F, épouse D, ressortissante algérienne, est entrée en France le 25 septembre 2019 munie d'un visa Schengen valable du 10 septembre 2019 au 10 décembre 2019. Elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " le 7 juin 2021. Par un arrêté du 21 décembre 2021, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, Mme F, épouse D, demande l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français.
Sur le moyen commun aux décisions contestées :
2. Les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ont été signées par Mme B E, cheffe du bureau du contentieux des étrangers à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait, par arrêté n° 2021-044 du 31 mars 2021, régulièrement publié le 1er avril suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature du préfet du Val-d'Oise, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. En l'espèce, il ressort des mentions de la décision de refus de titre de séjour contestée que le préfet du Val-d'Oise a visé les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme F, épouse D, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de l'intéressée, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'elle sollicitait. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation personnelle, l'exigence de motivation n'impliquant pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de sa situation. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et, en particulier de la motivation de la décision contestée, qu'après avoir apprécié les droits au séjour de Mme F, épouse D, au regard des stipulations de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien susvisé, le préfet du Val-d'Oise a ensuite examiné sa situation dans le cadre de son pouvoir général de régularisation sans texte, en relevant en particulier que la durée et les conditions de son séjour en France ne caractérisaient pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre sa régularisation au titre de la vie privée et familiale. Dans ces conditions, Mme F, épouse D, n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux de sa situation.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Mme F, épouse D, soutient être entrée en France au cours de l'année 2019, pour assister sa fille, mère de deux enfants, qui séjourne en France sous couvert d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans en qualité d'épouse d'un ressortissant français et qui souffre d'une maladie inflammatoire rhumatologique et digestive. Elle fait en particulier valoir que sa présence est indispensable auprès de sa fille à laquelle la maison départementale des personnes handicapées a reconnu un taux d'incapacité compris entre 50 et 80% et qui perçoit, à ce titre, l'allocation pour adultes handicapés et la prestation de compensation du handicap, cette dernière aide lui permettant de rémunérer Mme F, épouse D, comme aidant familial depuis le mois de mars 2020. Toutefois, s'il est constant que la fille de la requérante souffre d'une pathologie chronique lui occasionnant une perte d'autonomie, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des certificats médicaux produits, rédigés dans des termes généraux, que l'assistance dont celle-ci a besoin ne pourrait pas être fournie par une autre personne que sa mère, alors qu'il ressort de la décision de la MDPH rendue le 14 mai 2018 qu'elle bénéficiait, dès le 11 février 2016, soit bien avant l'arrivée de Mme F, épouse D, en France, de la prestation de compensation du handicap " aidant familial ". Par ailleurs, Mme F, épouse D, n'est pas isolée dans son pays d'origine où résident son époux et ses deux fils et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 48 ans. Enfin, elle ne justifie pas d'une intégration particulière. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée du séjour de Mme F, épouse D, en France, le préfet du Val-d'Oise, en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions concernant les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
9. La requérante n'établit pas que la seule circonstance qu'elle ne vive pas au côté de sa fille serait susceptible de porter atteinte à l'intérêt supérieur de ses petites-filles. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'établit pas que la décision de refus de titre de séjour est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste commise par le préfet du Val-d'Oise dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de Mme F, épouse D, doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F, épouse D, n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 21 décembre 2021 par lesquelles le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " et l'a obligée à quitter le territoire français. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, épouse D, et au préfet du Val-d'Oise.,
Délibéré après l'audience du 8 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente ;
Mme Zaccaron Guérin, conseillère ;
M. Rossi, conseiller ;
Assistés de Mme Galan, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.
La rapporteure
Signé
C. Zaccaron Guérin
La présidente,
Signé
V. Poupineau
La greffière,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La Greffière
N°2200555
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026